Les banques boudent le TLTRO de la BCE

 |   |  496  mots
La BCE n'a distribué que 83 milliards d'euros ce jeudi aux banques.
La BCE n'a distribué que 83 milliards d'euros ce jeudi aux banques. (Crédits : reuters.com)
La première allocation du système de prêt à long terme (4 ans) annoncé en juin par Mario Draghi n'a guère intéressé les banques. Preuve que la solution aux problèmes de la zone euro n'est pas seulement monétaire.

C'est une cuisante défaite que vient d'essuyer Mario Draghi. En juin, il avait annoncé une série de mesures pour lutter contre la déflation. Parmi elles, le TLTRO (Targeted Longer Term Refinancing Operations ou opérations de refinancement ciblées à long-terme), un système de prêt à long terme (4 ans) offert aux banques, portait beaucoup d'espoirs. La BCE ne cachait pas qu'elle espérait ainsi relancer les prêts aux PME de la zone euro et fournir aux banques jusqu'à 1.000 milliards d'euros de liquidités.

255 banques

Ce jeudi 18 novembre, une première offre a eu lieu et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'a guère déclenché l'enthousiasme. Certes, 255 banques de la zone euro sont venues contracter ces prêts à long terme auprès de la BCE sur les 382 qui pouvaient y avoir accès. En théorie, ces institutions pouvaient emprunter jusqu'à 7 % du total de leurs encours de prêts au secteur non financier - en excluant les ménages et les prêts immobiliers, soit 400 milliards d'euros.

Décevant

Le résultat est donc particulièrement décevant puisque seulement 82,6 milliards d'euros ont été alloués. Sur le marché, on estimait que la barre des 100 milliards d'euros était une limite basse pour parler d'un succès de l'opération. Du reste, pour réellement évaluer l'impact de cette opération, il faudra observer vendredi le montant des remboursements de la précédente opération qui s'est tenue en 2011 (le LTRO). Il n'est pas à exclure que certaines banques aient profité de l'occasion pour « prolonger » les prêts contractés lors du LTRO qui arrivent à échéance.

Un TLTRO pour rien ?

Il semble donc évident que le TLTRO ne permettra pas de relancer le crédit en zone euro, particulièrement dans le sud de cette dernière. C'est que, globalement, l'accès à la liquidité pour les banques n'est pas un problème majeur, sauf pour certaines banques en Grèce ou à Chypre qui n'ont plus guère accès au marché. Le problème fondamental de la distribution de crédits a deux explications majeures : la crainte des banques de prendre des risques et la faible demande des PME qui, faute de perspectives et de marchés, ne souhaitent ni investir ni prêter.

Un échec qui soutient la position de Mario Draghi

De ce point de vue, l'échec du TLTRO de ce jeudi n'est pas qu'une mauvaise nouvelle pour Mario Draghi : il renforce le discours qu'il a tenu depuis Jackson Hole, fin août. La politique monétaire ne peut pas tout, elle a besoin d'un appui des Etats. Sans vraie relance de la demande dans la zone euro, la BCE est condamnée à faire ce qu'elle peut, c'est-à-dire limiter la casse. Mais pas d'empêcher la déflation. Avec le résultat de cette opération, Mario Draghi va pouvoir encore une fois pointer du doigt la responsabilité des politiques et en particulier de l'Allemagne...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/09/2014 à 9:58 :
Moi je veux bien emprunter à 0,15% 1 ou 2 milliards si c'est pour aider la BCE, je veuxbien me sacrifier!
a écrit le 19/09/2014 à 2:17 :
Mario Draghi est irresposable. Il veut favoriser l'endettement des PME.
Mais il faut cesser cette fuite en avant ... l'endettement c'est comme le nucleaire, c'est bien a petite dose.

Le sur-endettement des menages aux US a provoque un schema de Ponzi qui a abouti la crise de 2008.
Vivre em permanence dans l'endettement c'est MAL !! Et seuls les hypocrites ou les incompetents la sanctuarisent
Réponse de le 19/09/2014 à 10:00 :
Tout dépend l'endettement pour quoi, effectivement, si c'est pour vivre au jour le jour au dessus de ses moyens c'est créer une bulle (en plus sur de la non valeur immobilière pour les crédit US) mais si c'est pour investir dans un parc machine, innover, ... c'est que du bonus pour tout le monde. Il faut juste les clients en face mais comme vous le savez, les clients, faut aller les chercher!
a écrit le 18/09/2014 à 21:48 :
C´est ahurissant de constater, une fois de plus que Mr. R. Godin est completement a cote de la plaque dans ses analyses economiques. Pourtant il est capable de faire mieux: recemment il a publie un article intitule
POURQUOI LES GRANDS DE CE MONDE ONT PEUR DE L'INDÉPENDANCE ÉCOSSAISE
ou il s´est montre perspicace et juste. Alors, quand il parle de l´economie, faut-il qu´il copie toujours ce Michel Santi? Ecrire que „Mario Draghi va pouvoir encore une fois pointer du doigt la responsabilité des politiques et en particulier de l'Allemagne...“ c´est aller vite en besogne. Draghi dans son discours de Jackson Hole a surtout insiste sur la necessite pour les Etats a adopter des reformes structurelles portant sur la legislation du travail et sur les impots. Je ne vois pas ou l´Allemagne, dans ces domaines, peche. Cela s´adressait plutot aux pays du Sud. Il est vrai que les entreprises n´investissent pas ( a part ce qui est necessaire pour maintenir l´outil en etat) et les particuliers non plus. Et cela pour deux raisons simples: l´inscertitude qui plane sur l´avenir et les marges trop faibles generees par le business actuel. On ne prend plus de risques qui ne sont plus rentables.
Réponse de le 19/09/2014 à 8:40 :
+1
a écrit le 18/09/2014 à 17:06 :
Il faut favoriser la demande en restaurant l'étanchéité du pneu crevé que sont nos économies livrées au libre échange mondialisé, selon la bonne remarque d' Alfred Sauvy en 1981 " Si on fait une politique de la demande, c'est comme si on gonflait un pneu crevé. La demande va s'en aller au dehors ! Un enfant sait cela !"
Ce n'était pas un spécialiste de l' Économie, mais il était d'une lucidité rare, ce que souligne cette semaine Antoine Delhommais dans un grand magazine.
Par contre Maurice Allais a bien mis le doigt sur l'erreur du libre échange mondialisé.
La solution, remplacer les cotisations sociales par la TVA, comme une sorte d'écluses entre pays à niveaux de vie différents.
Nous ne voulons pas revenir là-dessus ? Nous coulerons !
a écrit le 18/09/2014 à 16:25 :
Il ne faut pas exagérer la portée de ce résultat. Une grande partie des demandes proviendra du remboursement des LTRO 2015. Or ceux ci sont "facturés" 0.05% aux banques contre 0.15% pour ces nouveaux TLTRO. Donc pas la peine de se précipiter puisque l'opération sera réalisable en décembre !
a écrit le 18/09/2014 à 16:24 :
Les banques n'empruntent pas à la BCE car cela leur coute de l'argent. Mais elles savent très bien qu'en cas de souci, elles se mettront en faillite préventive pour se servir directement sur les comptes de ces clients anormaux qui ont l'idée saugrenue de ne pas être endetté.
a écrit le 18/09/2014 à 15:41 :
Je ne comprends pas comment les Bourses européennes peuvent être en hausse apres cet échec retentissant de la BCE a fournir de la liquidité aux banques de la zone euro.
a écrit le 18/09/2014 à 14:36 :
Comment peut-on parler de déflation quand tout le monde voit les prix augmenter ?...
Réponse de le 18/09/2014 à 16:29 :
Quels prix ? Moi je vois aussi beaucoup de promotions, soldes, et baisses structurelles qui me paraissent aussi importantes que les quelques hausses constatées.
Réponse de le 18/09/2014 à 21:59 :
Peut-être qu'il faut voir là un retour bienvenu à la réalité et au bon sens de la part des banques et des operateurs économiques
a écrit le 18/09/2014 à 13:22 :
Trappe à liquidité : pas de demande = pas d'investissement = pas de besoins de prêts...
Réponse de le 18/09/2014 à 16:35 :
l'objectif de la BCE n'est pas d'injecter des liquidités dont les banques n'ont globalement pas besoin et qui viendront augmenter les soldes des banques à la BCE en fin de journée (avec une rémunération de -0.20%), mais de faire baisser les taux moyen terme afin d'améliorer les conditions de crédit pour la clientèle non financière. Et je ne suis pas sûr qu'une injection de 250 mds€ aurait plus d'effet qu'une injection de 80 mds€, vu que ce n'est qu'une petite partie de ces injections qui va s'investir sur du moyen-terme et donc faire baisser les taux moyen-terme !
Réponse de le 18/09/2014 à 16:43 :
simple et clair, bravo picnic... apparemment, des andouilles n'ont pas compris.
On a beau proposer des prets tant et plus, si personne n'entreprend, ça pompe dans le vide.
C'est un peu comme cette piste d'atterrisage à Nantes qui est supposée faire venir les avions.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :