Contenu :

Actualités / Le procès Clearstream    Taille du texte : A | A | A

Justice

Procès Clearstream : sale quart d'heure en prévision pour le juge Van Ruymbeke

Boite à outils de l'article :

Partager cet article avec mon réseau professionnel sur VIADEO Partager sur FaceBook Partager sur Scoopeo Partager sur Technorati Partager sur Digg Partager sur del.icio.us Partager sur Google

Boite a outils de l'article :

Cité par un accusé et une victime, le médiatique magistrat devra répondre à des questions gênantes lors du procès Clearstream qui débute le 21 septembre. Déjà, ses collègues juges d'instruction de l'affaire Clearstream n'avaient pas été tendre avec lui.

Renaud Van Ruymbeke

Le juge Renaud Van Ruymbeke va certainement vivre des heures peu agréables dans les prochaines semaines. Ainsi que latribune.fr l'a indiqué hier dimanche, le médiatique magistrat est cité comme témoin au procès Clearstream, qui débute le 21 septembre, par deux parties. D'une part l'ancien dirigeant d'Airbus, Philippe Delmas, cité dans les listings falsifiés et premier à avoir déposé plainte. Et, d'autre part, Florian Bourges, le jeune auditeur accusé d'avoir volé les listings auprès de la chambre de compensation Clearstream.

Il devra répondre d'erreurs gravissimes. Pour comprendre comment ce juge, un des plus expérimentés du pôle financier, a pu les commettre, il faut se souvenir que celui-ci enquête sur les gigantesques commissions engendrées par la vente des frégates par Thomson à Taïwan. Une enquête devenue, pour lui, une obsession.

Philippe Delmas est légitimement furieux à l'égard du juge Van Ruymbeke. Celui-ci l'a fait arrêter, le 7 mai 2004, par la gendarmerie maritime juste après l'inauguration à grand spectacle de l'usine d'assemblage du futur A380 à Toulouse-Blagnac, quasiment devant tout le gratin politico-industriel. Philippe Delmas a ensuite été mis en garde-à-vue. Sa carrière a été brisée. Le 1er juillet 2004, Il déposera la première plainte pour dénonciation calomnieuse de l'affaire Clearstream, dont l'instruction sera confiée au juge d'Huy.

Sur quoi le juge Van Ruymbeke s'est-il appuyé pour arrêter Delmas ? Sur les listings falsifiés, remis par Jean-Louis Gergorin, un des dirigeants d'EADS, aujourd'hui accusé au procès Clearstream. Comment lui ont-ils été remis ? Lors de rencontres nocturnes, le juge Van Ruymbeke a demandé à Gergorin de les lui transmettre "anonymement".

Ces listings accusaient d'abord Alain Gomez. L'ancien patron de Thomson y est présenté comme grand maître d'un réseau de blanchiment, installé dans les comptes de la chambre de compensation Clearstream et alimentés par des commissions issues de la vente des frégates de Taïwan. Gomez est présenté comme l'"initiateur" de Delmas.

La logique aurait voulu que Van Ruymbeke s'attaque donc d'abord à l'ancien officier para Alain Gomez. Il ne l'a pas fait. Pourquoi ? Pourquoi ensuite le juge, confronté à un réseau de mafieux russes, de membres de triades chinois, comme le disent les listings, n'a-t-il pas placé Delmas et Gomez sous surveillance policière pour remonter les pistes ? Le juge s'est-il dit qu'il ferait "craquer" Delmas et que celui-ci lui livrerait le secret des frégates ?

Pourquoi également le juge Van Ruymbeke est-il resté sourd à tous les avertissements ? Delmas rappelle, lors de son audition de partie civile, le 29 janvier 2007, qu'il a fait part de ses soupçons envers Jean-Louis Gergorin auprès du juge Van Ruymbeke. Celui-ci, indique Delmas, n'a donné "aucune suite à cette démarche et persistant dans son scepticisme". C'est, rappelons-le, Gergorin qui a remis les listings falsifiés au juge.

Dans sa traque effrénée des commissions des frégates, le juge Van Ruymbeke entretenait de curieux rapports avec le journaliste Denis Robert, accusé au procès, et pourfendeur de Clearstream, présenté comme la blanchisseuse mondiale de l'argent de la corruption. Le juge a demandé au journaliste de lui trouver un expert pour comprendre le mécanisme de la chambre de compensation Clearstream. Le journaliste le lui trouve : il s'agit de ... Florian Bourges, l'auditeur qui sera ensuite accusé d'avoir volé les listings ayant servi à la manipulation. Denis Robert avait dans un premier temps conseillé comme expert Imad Lahoud, celui qui est aujourd'hui accusé d'avoir falsifié les listings. Chance pour le juge, Lahoud refuse ....

Quoiqu'il en soit, le juge entend Bourges hors procédure, donc en plus parfaite illégalité, à deux reprises en octobre 2004, comme le montre le PV de perquisition du domicile de Bourges que latribune.fr a pu consulter. Lors de ces "entretiens", Bourges prouve au juge que les listings ont été falsifiés. Le juge n'aura pas l'idée d'en informer ses collègues d'Huy et Pons, enquêtant sur la dénonciation calomnieuse fondée sur la falsification de ces listings.

Il faudra attendre le 1er mai 2006, soit deux ans après que le juge a reçu les listings de la part de Gergorin, deux ans après l'arrestation de Delmas, pour que le juge Van Ruymbeke se décide à franchir les quelques mètres qui séparent, au pôle financier, son bureau de celui de ses collègues d'Huy et Pons, afin de leur indiquer qu'il connaît parfaitement celui qui les lui a remis, qu'il sait parfaitement que les listings sont falsifiés. Dans leur ordonnance de renvoi, les juges d'instruction d'Huy et Pons ne sont d'ailleurs pas tendres pour leur collègue.

Tant d'erreurs conduisent d'ailleurs la justice à réagir enfin. Le 11 mai 2006, le ministère de la Justice saisit son Inspection générale des services pour enquêter sur les rencontres secrètes du juge Van Ruymbeke. Le 15 mai, deux juges sont chargés d'enquêter sur les violations du secret de l'instruction consécutive à ses rencontres. Le juge en sortira officiellement blanchi, notamment grâce à une mobilisation de certains juges, avocats et journalistes. Mais sa carrière est interrompue. Et, le 1er octobre 2008, un mois avant que les juges d'Huy et Pons ne clôturent leur dossier Cleartsream, le juge Van Ruymbeke est contraint de rendre une ordonnance de non lieu général dans le dossier des frégates. Celui qui l'a entraîné si loin, trop loin. Et qui est la première victime de la ténébreuse affaire Clearstream.

Suivez toute l'actualité du procès Clearstream sur latribune.fr

Pascal Junghans

Vos réactions

  • lulu berlu a écrit le 16/09/2009 à 15:48 :

    • Si ça ne dure qu'un quart d'heure, il s'en sort bien le juge.

  • jura39 a écrit le 15/09/2009 à 06:05 :

    • Il faut prendre garde aux manipulations. Les "erreurs" peuvent ne pas avoir été fortuites. Au cours du procès d'autres ou les mêmes vont vouloir détourner le procès vers d'autres sujets. Et tout compte fait quoi de mieux que d'accuser une personne bien en vue pour maximaliser l'effet rechercher.

  • iciailleurs a écrit le 15/09/2009 à 06:04 :

    • Et voilà pourquoi certains souhaitent la disparition du juge d'instruction.

Commentaires sur l'article

Pseudo :

Vous avez un commentaire à faire sur cet article ? Faites en part en remplissant le champ suivant :

Recherche d'emploi

Pied de page :