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Procès Clearstream minute par minute : le témoignage de Van Ruymbeke

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Sur latribune.fr, vivez le procès Clearstream comme si vous y étiez grâce à notre envoyé spécial et spécialiste du dossier Pascal Junghans. Après l'audition hier du général Rondot, qui a contredit celle de Dominique de Villepin, suivez ce mardi, le témoignage du juge Renaud van Ruymbeke.

Le juge Renaud van Ruymbeke

L'audience, levée hier soir à 21 h 32, a repris ce mardi à 13 h 30 avec "du lourd", notamment le juge Van Ruymbeke, Bernard Squarcini, patron de la DCRI (services de renseignement, fusion de la DST et des RG) et de Bousquet ancien patron de la DST.

Hier, c'est le fameux général Rondot, maître espion aux célèbres carnets noirs qui a témoigné, n'hésitant pas parfois à contredire les déclarations de Dominique de Villepin. Vous pouvez lire toute son audition en cliquant ici.

Retouvez ci-contre dans notre rubrique "sur le même sujet" le compte-rendu de ce procès minute par minute depuis le début.

13 h 22

L'audience de ce jour va ressembler à un patchwork. Entendu : un juge anti-corruption, un chef du renseignement intérieur, un ancien contre-espion en chef, et un ex-protecteur du patrimoine. Les uns, le chef du renseignement intérieur, Bernard Squarcini aujourd'hui à la tête de la DCRI, et l'ex-protecteur du patrimoine, le contrôleur général Jean-Jacques Martini, ancien de la DST, figurent au rang des victimes dont le nom a été cité dans les listings falsifiés.

Le juge anti-corruption, Renaud Van Ruymbeke, et l'ancien contre-espion en chef, Pierre de Bousquet de Florian, ancien directeur de la DST, ont été les premiers à connaître l'affaire Clearstream dans les détails. Mais tous, à des degrés divers, ils connaissent les arrière-cuisines de l'affaire. Leur rôle doit également être éclairci : Van Ruymbeke a eu une attitude étrange dans cette affaire recevant les listings falsifiés de Gergorin (voir sur latribune.fr : le juge Van Ruymbeke va passer un mauvais quart d'heure), de Bousquet a été accusé d'avoir caché des pièces concernant l'affaire, Squarcini de connaître très tôt Lahoud, via un de ses proches. Au président du tribunal, au procureur et aux avocats de faire surgir la vérité.

13 h 34

Le président lit un courrier de Yves Bot, ancien procureur de Paris au moment des faits. Il ne se présentera pas à l'audience.

Et appelle le juge Van Ruymbeke à témoigner. Ce magistrat prête serment.

 Van Ruymbeke : je suis cité car j'étais en charge du dossier des frégates de Taiwan. J'ai reçu des listings et j'ai pu montrer qu'ils étaient falsifiés. Cela pose deux questions : dans quelles conditions ces listings sont-ils arrivés dans le dossier des frégates et qu'en ai-je fait ?

Comment est-ce que ces listings sont parvenus en ma possession ? Dans le cadre du dossier des frégates avec des enjeux financiers considérables. J'ai saisi 500 millions de dollars en Suisse, la France risque d'être condamnée à payer des centaines de millions d'euros. Thales a bloqué toutes investigations en se retranchant derrière le secret défense avec l'appui des pouvoirs publics. Paradoxalement, j'étais chargé de savoir s'il y avait des rétro-commissions soit auprès des dirigeants de Thales soit des partis politiques français. Le climat était un peu particulier : dans ce dossier, il y avait des morts mystérieuses : un capitaine de marine taiwanais, Thiery Imbot, agent de la DGSE en poste à Taiwan (NDLR : fils de l'ancien patron de la DGSE).

C'est dans ce contexte qu'en avril 2004 se présente à mon cabinet, maître de Montbrial, connu pour son honnêteté, il était apparu dans le dossier des frégates. Il me dit : je connais un dirigeant de l'une des principales société de défense qui connaît les comptes qui ont servi dans l'affaire des frégates. C'est Clearstream. Clearstream n'est pas inconnu. J'avais entendu un ancien dirigeant de la Société générale qui m'avait expliqué que des réseaux opaques passaient par Clearstream. L'avocat me dit : si vous ne le rencontrez pas, vous ne saurez rien, il a peur pour sa vie. Je lui dit : qu'il vienne à mon cabinet.
 

J'ai en mémoire les frères Saincené qui voulait me donner des informations sur une autre affaire, il y a une dizaine d'année. Je ne les avais pas reçus. Quelques jours après, je les ai trouvés suicidés dans leur voiture. J'accepte donc de rencontrer ce personnage mais en présence de maitre de Montbrial. Celui-ci me dit : je préfère que cela se passe à mon domicile. C'est dans ce cadre que j'ai rencontré ce monsieur deux fois, peut être une troisième. Je me présente un matin et je me trouve en présence d'un monsieur qui se présente : Gergorin. Je ne le connais pas. C'est un monsieur brillant. Il m'explique sa position et me dit qu'il a vu des choses pas normales et c'est à mon titre d'ancien serviteur de l'Etat que je veux vous informer. Gergorin est convaincant et convaincu. Je sens qu'il est perturbé par la mort de Lagardère.

Il me dit qu'il y a des Russes et Gomez et qu'il a un informaticien de génie qui a découvert les comptes Clearstream par lequel passe l'argent des Russes, l'argent des commissions. Il m'explique qu'il a été surpris et déçu d'avoir retrouvé un compte Delmas, un de ses anciens amis. Il était manifestement très inquiet pour sa vie. Je voulais convaincre Gergorin de témoigner sous X. Refus de Gergorin et de son avocat, car la loi ne prévoit pas assez de garantie. A un moment, il me dit : comment on fait ? Je lui répond : cela ne me concerne pas. Allez voir votre avocat. Je dis à Montbrial : faites ce que vous voulez. Par la suite, ils ont décidé de m'envoyer des lettres anonymes.

Je reçois le premier courrier anonyme dans lequel il y a le premier cercle des frégates : Gomez, Martinez, Wang mais aussi Delmas. Quel degrés de crédibilité : Gergorin m'est apparu de bonne foi. A l'appui deux éléments objectifs : je ne voulais pas le rencontrer. C'est lui qui a exigé, c'est lui qui choisi d'agir démasqué. En plus dans le courrier anonyme, il y a des numéros de comptes. Il me donne les moyens de vérifier si c'est vrai ou faux. Pourtant, j'ai des doutes. Je verse le courrier immédiatement au dossier de frégates. Tout le monde peut le voir. Il est accessible à la société Thalès et ses avocats. Je vais ensuite procéder par commission rogatoire internationale en toute transparence. J'ai une autre piste que j'explore. M. Delmas. Je voudrais dire à Delmas. Si j'avais sur les éléments que l'on connaît je n'aurai pas perquisitionné. Je vais expliquer. Delmas était nouveau dans le dossier. J'avais donc la possibilité de vérifier si les listings étaient vrais ou faux immédiatement car il était nouveau dans le dossier. Sa garde à vue n'était pas prévue.

La commission rogatoire du Luxembourg, très vite, revient : les comptes existent bien. J'ai été surpris. Car je croyais qu'il n'y avait pas de compte de personnes physiques à Clearstream. Mais les comptes sont sous pseudo. Pour savoir qui les utilisent il fait aller à la banque. Je reçois ensuite un deuxième courrier. Je le verse au dossier. Les listings comptent beaucoup de noms qui n'ont rien à voir avec les frégates. Je le transmets au procureur. Cela parait tellement sérieux que deux magistrats du parquet vont enquêter au Luxembourg.

Je suis intéressé. Un seul exemple : un compte est attribué à Cititrust qui est constitué en septembre 1991 alors que le contrat des frégates est signé en août 1991. Je fais une autre vague de commission rogatoire pour savoir qui sont les titulaires des comptes. Je fais des sondages auprès de banques françaises citées : tout est exact, les intitulés les dates d'ouvertures et de clôtures.

Je ne m'intéresse pas aux noms des gens des services, de l'armement et des hommes politiques qui apparaissent dans les listings. Il y a trois noms d'hommes politiques apparents. Deux de leurs avocats prennent contact avec moi. Le troisième m'a écrit une lettre. J'ai répondu qu'il n'y avait aucun élément probant. Il y en avait un quatrième, je ne l'ai pas vu tout de suite, c'est le nom de Nagy et Bocsa. J'ai eu un coup de fil d'un enqueteur qui me dit que cela correspond à l'identité du ministre de l'intérieur ou de son père. Il ne s'est jamais manifesté.

Denis Robert que je connais depuis des années. Denis Robert est l'initiateur de l'appel de Genève pour lutter contre les paradis fiscaux. J'ai des relations d'amitié. Il m'appelle et me dit : je connais un jeune auditeur d'Arthur Andersen qui connaît le fonctionnement de Clearstream mais il ne veut pas apparaître. Je lui dit de venir. J'ai souvenir d'une rencontre, ma greffière me dit deux fois, cinq à dix minutes. Car il ne veut pas faire de PV. Je n'ai pas de souvenir précis de ce qu'il voulait dire. A la fin du deuxième entretien, il me dit qu'il y a des choses pas claires sur Lahoud. Sur les frégates, il ne m'a rien apporté. Moi j'ai mes commissions rogatoires : c'est cela qui apportera la vérité.

Ces commissions rogatoires vont finir par rentrer en 2005. Les quelques comptes identifiés. Je suis étranger à l'affaire Clearsteram. J'ai la certitude que ces quelques investigations sur quelques dizaine de comptes ont montré que les listings étaient falsifiés.

Ce n'est que le 30 avril 2006 que j'apprends qu'une enquête parallèle a été menée par Rondot, missionné par plusieurs membre du gouvernement. Le lendemain, je suis allé voir mon collègue de l'affaire Clearstream pour lui livrer mon témoignage. Dans cette affaire, j'ai essayé de vérifier les hypothèses de mon métier ; Je n'ai rien d'autre à ajouter.

14 h 02

Le président : cependant, j'ai des questions à vous poser. Gergorin vous a dit : comment Lahoud a trouvé les listings et si c'était par hacking? 

Van Ruymbeke : Gergorin m'a dit décrypté. Je ne me souviens pas des termes exacts. 

Le président : Gergorin dit qu'il y a eu consensus entre vous pour qu'il vous adresse des courriers anonymes. 

Van Ruymbeke : Je vous ai dit la vérité : je leur ai dit : à vous de décider, j'ai été vigilant la dessus. Il n'a jamais été convenu entre nous qu'il m'envoie des dossiers anonymes. Il l'a peut être compris comme cela, je n'y peux rien. 

Le président : Gergorin dit qu'il y a eu d'autres envois parce qu'il y a eu d'autres demandes. 

Van Ruymbeke : Il n'y a jamais eu de demande, je ne suis pas demandeur (il répète). Je n'ai rien promis en échange. Je n'ai rien dealé. J'étais dans l'affaire des frégates, le reste ne me concerne pas. Dans la première lettre, on est dans l'affaire des frégates, j'ai travaillé desssus. Dans la seconde, plus du tout. 

Le président : Comment s'articule l'intervention de Bourges? 

Van Ruymbeke : Je la situe au mois d'octobre. J'ai déjà les premiers retours du Luxembourg. On rentre dans une phase de doute. 

Le président : L'analyse que vous avait confiée à Bourges porte sur quoi?

Van Ruymbeke : Je n'ai jamais confié d'analyse à Bourges. 

Le président :  lui avez-vous fourni des éléments? 

Van Ruymbeke : Je n'en ai pas le souvenir. Mais cela ne me concerne pas du tout dans l'affaire des frégates. En aucun cas, je ne lui ai donné de mission d'expertise. Je n'ai jamais recu de mail de Bourges même s'il le dit, ou alors je deviens fou. Je ne l'ai jamais vu au mois de juin. Tout se situe à l'automne.

14 h 36

Van Ruymbeke : cette affaire Clearstream ne représentait rien pour moi. C'était un détail. C'était les frégates qui m'intéressaient. 

Le président : la Boite Matrix vous dit quelque chose? 

Van Ruymbeke : Cela ne me dit rien du tout 

Le président : Est-ce que les fichiers de transaction étaient tracés dans les CD Rom? 

Van Ruymbeke : Je n'en sais rien du tout. Je n'ai pas travaillé dessus. C'est les frégates qui sont importantes. Le reste, je ne suis pas saisi. 

L'assesseur : Le nom de Lahoud sera-t-il cité par Gergorin comme sa source? 

Van Ruymbeke : Oui. 

L'assesseur : Bourges vous cite aussi le nom de Lahoud? 

Van Ruymbeke : je n'ai pas fait de lien. Cela ne m'intéresse pas. Je suis saisi de l'affaire des frégates. Si j'avais su que je serai cité dans ce procès, j'aurais peut être fait attention ... 

Le président : pourquoi le nom de Lahoud est cité par Bourges? 

Van Ruymbeke : c'était pas clair. Je ne veux pas inventer. 

Le président : le sens de ma question : matrix était le pseudo de Lahoud. 

Van Ruymbeke :je ne sais pas. 

Lourd silence

14 h 44

Le président donne la parole au procureur.

Le substitut : le statut social de Gergorin a-t-il pesé dans votre décision de le rencontrer ?

Van Ruymbeke : absolument. Je n'avais pas de raison de mettre en cause sa crédibilité.

Le substitut : sur les conditions d'organisation de la première rencontre...

Van Ruymbeke : Je suis allé à 8 heures ou 9 heures. Je ne suis jamais allé à 3 heures du matin, c'est du fantasme.

Le substitut : nous allons le demander à Gergorin.

Gergorin : comme je l'ai indiqué, la première réunion a eu lieu à 22 h 30 et s'est terminé à 1 h. La seconde réunion a eu lieu le matin vers 8 h - 8 h 30, la troisième réunion en soirée.

Van Ruymbeke : je peux répondre ? La première réunion a eu lieu le matin. Je constate que l'on n'est plus à 3 heures du matin.

Le substitut : Vous utilisez le mot de mise en scène dans le PV à propos de ses rencontres pour crédibiliser les fichiers ?

Van Ruymbeke : Ce n'était pas une mise en scène. Je n'avais pas de raisons de suspecter la bonne foi de Gergorin.

Le substitut : le nom de Lahoud est-il porté à votre connaissance ?

Van Ruymbeke : Comment voulez vous que je sache qu'il est informaticien ? Gergorin avait une grande admiration pour Lahoud.

Le substitut : Vous n'avez pas cherché à savoir d'où venaient les informations ?

Van Ruymbeke : Non.

Le substitut : Gergorin ne s'est jamais ouvert de l'action de Rondot ?

Van Ruymbeke : Non.

Le substitut : Si vous l'aviez su cela aurait-il changé votre vision de choses ?

Van Ruymbeke : J'en sais rien.

Van Ruymbeke les mains aux hanches, écarte sa verste se penche pour répondre au substitut et répète, répète, répète encore que la seule chose qui l'intéresse ce sont les frégates, les frégates. Une bête traquée par ses pairs...il joiue des mains pour scander le chemin de ses commissions rogatoires.

14 h 59

Le substitut : Dans une commission rogatoire du 4 mai, vous demandez à la gendarmerie maritime de perquisitionner chez Delmas (NDLR : voir sur laribune.fr la vérité de la première victime). La lettre anonyme date du 3 mai. Delmas était-il ciblé ?

Van Ruymbeke : C'est la seule personne perquisitionnée. Il apparaissait en première ligne. Et il était nouveau dans le dossier des frégates.

Le substitut : Vous avez un bon espoir de tomber juste?

Van Ruymbeke : J'avais peu de doute. Je pensais concrétiser. Je ne concrétise pas. Donc prudence, et je me limite aux commissions rogatoires internationales.

Le substitut : vous avez indiqué ne pas avoir les moyens de vérifier si Gergorin était l'expéditeur des courrier. Montbrial l'avocat dit passer vérifier si les courriers était boien arrivé. Est-ce voire souvenir ?

Van Ruymbeke : Oui, c'est mon souvenir.

Le substitut : Figure une signature DT sur la lettre de juin.

Van Ruymbeke : Je n'en ai pas le souvenir.

Le substitut : avez-vous imaginé de révéler l'identité de Gergorin ?

Van Ruymbeke : Non, c'est une question d'éthique sauf à démontrer qu'il est de mauvaise foi.

Le substitut : vous avez eu connaissance qu'une instruction était ouverte pour dénonciation calomnieuse ?

Van Ruymbeke : Non.

Le substitut : une question à Gergorin : faisiez vous l'objet de protection en avril 2004 ?.

Gergorin : non. J'ai demandé une protection fin mai et je l'ai obtenue fin juin

Le procureur : une seule question : fallait-il chercher les connections possibles entre les noms du second envoi et l'affaire des frégates ?

Van Ruymbeke : C'est ce que j'ai fait.

14 h 59

Le substitut : Dans une commission rogatoire du 4 mai, vous demandez à la gendarmerie maritime de perquisitionner chez Delmas (NDLR : voir sur laribune.fr la vérité de la première victime). La lettre anonyme date du 3 mai. Delmas était-il ciblé ?

Van Ruymbeke : C'est la seule personne perquisitionnée. Il apparaissait en première ligne. Et il était nouveau dans le dossier des frégates.

Le substitut : Vous avez un bon espoir de tomber juste ?

Van Ruymbeke : J'avais peu de doute. Je pensais concrétiser. Je ne concrétise pas. Donc prudence, et je me limite aux commissions rogatoires internationales.

Le substitut : vous avez indiqué ne pas avoir les moyens de vérifier si Gergorin était l'expéditeur des courriers. Montbrial l'avocat dit passer vérifier si les courriers étaient bien arrivés. Est-ce votre souvenir ?

Van Ruymbeke : Oui, c'est mon souvenir.

Le substitut : Figure une signature DT sur la lettre de jui.

Van Ruymbeke : Je n'en ai pas le souvenir.

Le substitut : avez-vous imaginé révéler l'identité de Gergorin?

Van Ruymbeke : Non, c'est une question d'éthique sauf à démontrer qu'il est de mauvaise foi.

Le substitut : vous avez eu connaissance qu'une instruction était ouverte pour dénonciation calomnieuse ?

Van Ruymbeke : Non.

Le substitut : une question à Gergorin : faisiez vous l'objet de protection en avril 2004 ?

Gergorin : Non. J'ai demandé une protection fin mai et je l'ai obtenue fin jui.

Le procureur : une seule question : fallait-il chercher les connections possibles entre les noms du second envoi et l'affaire des frégates ?

Van Ruymbeke : C'est ce que j'ai fait.

15 h 11

La parole est à maitre Garaud avocat de Delmas : pourquoi si vite, pourquoi faites vous interpeller Delmas ?

Van Ruymbeke : le courrier est classé. Thales a connaissance de ce courrier. Il faut un effet de surprise. Sinon je ne fais pas.

Maître Garaud : C'est fait aussi rapidement que la gendarmerie n'a pas l'adresse de Delmas. Le premier acte que vous faites, c'est un acte ostensible à l'égard du réseau. Cela m'interpelle.

Van Ruymbeke : c'est la célérité qui l'a emporté

Maitre Garaud : c'est une coïncidence si l'interpellation a eu lieu lors de l'inauguration de l'usine de l'A380 à Toulouse devant tout le gratin politico-industriel ?

Van Ruymbeke : C'est pour cela que j'ai demande que l'interpellation se déroule à la fin de la cérémonie.

Maitre Garaud : N'aurait-il pas été envisageable de le mettre sur écoute ?

Van Ruymbeke : Je ne dois pas être un bon juge d'instruction.

Maitre Garaud : Gergorin vous a-t-il parlé des conflits de personnes chez EADS ?

Van Ruymbeke : Gergorin était juste surpris de la présence de Delmas dans les listings.

Maitre Garaud : vous n'avez joué aucun rôle dans le choix de ce qui vous a été envoyé ?

Van Ruymbeke : Non, absolument pas.

Maitre Garaud : Gergorin vous montre des noms, vous dites sur PV qu'il est fuyant. Vous vous rappellez ?

Van Ruymbeke hésite : je ne sais pas, je ne vois pas ce que je veux dire par fuyant, je n'ai pas de souvenir précis...

J'assume la rencontre avec Gergorin, je l'assume totalement.

15 h 16 

C'est au tour des avocats de Clearstream, maitre Belloc et Malka. 

Maitre Malka : vous dites ne pas connaître Clearstream. Avez-vous croisé Clearstream dans un délit? 

Van Ruymbeke : Non jamais, je cherche ... 

Maitre Malka : vous dites que les commissions sont revenues très vite du Luxembourg. Vous avez donc eu bonne coopération? 

Van Ruymbeke : C'est vrai. 

Maitre Malka interroge le juge sur les relations très étroites entre Denis Robert, journaliste qui a enquêté sur Clearstream, et Van Ruymbeke. Il y a une très grande proximité entre vous qui prépare le terrain à la dénonciation ... 

Van Ruymbeke : Ce n'est qu'une impression. Mais il ne faut pas tout mélanger. je n'apprécie pas vraiment. J'ai le plus grand respect pour Denis Robert. 

Maitre Malka : Bourges voulait venir témoigner devant vous pour dénoncer la manipulation. Vous lui auriez suggéré de ne pas le faire. 

Van Ruymbeke : Je ne l'ai jamais dissuadé. Il n'a pas voulu témoigner sur PV. Chacun ses responsabilités.

Maitre Malka : Robert déclare qu'il a dit, avec vous, à Bourges de ne pas témoigner. 

Van Ruymbeke : Je conteste ces déclarations. 

Maitre Belloc : Bourges vous dit : ces fichiers sont des faux. Votre premier réflexe est d'appeler Denis Robert. Pourquoi? 

Van Ruymbeke : je n'en sais rien. Je n'ai pas accordé d'attention. Je suis dans les frégates. 

Maitre Belloc : Robert déclare : je vais défendre Van Ruymbeke jusqu'au bout dans ce dossier. Il dit aussi qu'il écrit un livre accablant pour vous. Comment réagissez vous? 

Van Ruymbeke : Je n'explique pas ses propos. Moi, j'ai fait mon travail. Lui, il a son secret, ses sources. Moi, j'ai mon secret professionnel. Ce n'était pas mon problème. J'étais dans les frégates. Il ne faut pas refaire l'histoire. A l'époque, j'étais dans le brouillard, j'étais dans les frégates. L'affaire Clearstream est une appendice. Je suis totalement étranger à l'affaire Clearstream. Pour le reste je ne porte aucune responsabilité. 

Maitre Belloc : pas d'autres questions.

Maitre Mignard, avocat de d'Edwy Plenel, directeur du média en ligne Médiapart, et de Gilbert Flam, magistrat ancien de la DGSE, arrive au micro.

L'avocat l'interroge dans une discussion fort sympathique sur la plainte déposée par Flam et la levée des soupçons contre son client. Ne pensez vous pas que le procureur aurait pu protéger l'institution judiciaire ?

Van Ruymbeke : Vous savez que je ne peux porter de jugement sur le parquet.

Me Mignard : lorsque vous voyez des noms d'anciens ministres cités dans une affaire de corruption. Comment réagissez vous et comment réagi le parquet ?

Van Ruymbeke : moi j'ai sélectionné quelques comptes et j'ai vérifié.

Me Mignard : comment réagissez au fait que des responsables politiques de haut niveau aient une connaissance précise du dossier qui aurait pu modifier votre vision des choses ?

Van Ruymbeke : Je n'ai jamais été informé de cette connaissance par l'exécutif.

Le procureur précise l'action du parquet dans le déroulement de la procédure.

Une partie civile, non représentée par un avocat, pose une question dans la plus parfaite indifférence. Mystère de la dernière réforme de la procédure judiciaire ...

15 h 45

Me Lantourne, avocat de Bourges, intervient : vous avez indiqué que vous avez rencontré Bourges à deux reprises cinq minutes. Mais n'étiez vous pas au cœur de l'affaire des frégates avec Bourges ?

Van Ruymbeke : je l'ai dit : j'étais à la marge.

"Vous lui remettez deux types de documents. Un post-it avec un numéro de compte à vérifier. Comment expliquez vous cela ?"

Van Ruymbeke : il y a confusion.

Me Lantourne : Bourges lui indique que vous lui remettez un CD ROM, un élément de l'instruction. Ce qui est une infraction. Il fait des comparaison et fait apparaître des anomalies mettant en cause la fiabilité des listings. il vous remet un rapport. En avez vous souvenir ?

Van Ruymbeke : je ne m'en souviens pas.

Me Lantourne : il analyse à chaud sans PV des documents de l'instruction.

Van Ruymbeke : combien de fois êtes vous venu dans mon cabinet ?

Me Lantourne : ji j'étais en infraction du secret de l'instruction, je m'en souviendrais !!

Van Ruymbeke : je n'ai aucun souvenir.

Me Lantourne : il se rend compte lors d'une visite que les listings ont été falsifiés. Vous ne vous souvenez pas de cela ?

Van Ruymbeke : non.

Me Lantourne : c'est étonnant, vous êtes au cœur de votre instruction sur les frégates ...

Van Ruymbeke : je n'ai jamais fait d'investigation sur les CD ROM ...

Me Lantourne : ce n'est pas vous, c'est lui.

Van Ruymbeke : j'ai travaillé sur deux courriers. J'étais sur les frégates.

Me Lantourne : vous êtes en présence d'une infraction, vous ne faites rien ... Est-ce possible que vous ne vous souveniez pas de cette information fondamentale donnée par mon client ?

Van Ruymbeke : j'ai travaillé dans l'affaire des frégates, le reste je ne m'y suis pas interressé. Je me tue à vous le répéter : je n'ai pas travaillé sur les CD Rom. Cela ne m'intéressait pas.

Me Lantourne : vous découvrez que les documents sont faux. Et votre premier réflexe n'est pas d'appeller le parquet mais d'appeler Robert et de le tenir informé de votre instruction.

Van Ruymbeke : j'ai une éthique. Je n'ai pas fait de PV car Bourges ne voulait pas apparaître.

Me Lantourne : vous n'avez pas insisté. Le dossier doit s'arrêter lorsque Bourges dit que les listings sont faux. Bourges n'aurait jamais du être poursuivi et les parties civiles n'auraient pas du subir des dégâts.

Van Ruymbeke : les perquisitions et les commissions rogatoires sont là, j'ai continué sur les frégates à la suite des visites de Bourges ....

Me Lantourne : vous avez continué à investiguer à partir de documents faux ....

Van Ruymbeke : ne mélangez pas tout. J'ai investigué sur la lettre, pas le CD Rom.

Me Lantourne : vous investiguez sur la lettre mais pas sur l'annexe ....

Van Ruymbeke : mes investigations ont permis aux parties civiles de dire que les listings sont faux.

Me Lantourne : Bourges a considéré que vous ne vouliez pas qu'il aille chez D'Huy et Pons. Est-ce vrai ?

Van Ruymbeke : j'ai déjà répondu à la question. Je maintiens ma réponse.

Me Lantourne : Il y a plusieurs violations du secret de l'instruction. Si le ministère public n'a pas réagi, c'est que vous travaillez pour la bonne cause. Bourges, 23 ans, animé d'un idéal de justice, n'êtes vous pas choqué que Bourges soit poursuivi ?

Le président : vu la façon dont vous posez les questions, il n'y sera pas répondu.

Brouhaha...

16 h 10

Me Pardo, avocat de Lahoud : est-ce que le fait que Lahoud soit informaticien est de nature à crédibilise les informations données par Gergorin ?

Van Ruymbeke : ce qui crédibilise les informations, c'est la position de Gergorin.

Me Pardo : vous avez dit : "moi ce qui me concernait, c'était l'affaire des frégates". Dans le deuxième envoi, vous avez dit qu'il y avait des éléments probants.Est-ce que quelqu'un qui ne connaissez pas le dossier des frégates pouvaient il avoir connaissance de ces éléments ?

Silence...

Van Ruymbeke : non. C'est pour cela que cela crédibilisait la lettre remise par Gergorin.

Me Pardo : une personne qui n'avait pas connaissance du dossier pouvait faire le lien entre des éléments du dossier des frégates ?

Van Ruymbeke : non

Me Pardo : cela collait avec votre dossier. Une personne qui connaissait le dossier aurait pu mettre un lien ?

Van Ruymbeke : cela supposait de connaître des éléments de l'intérieur. A postériori, cela pouvait apparaître comme une coïncidence

Me Pardo : vous avez répété que le dossier qui vous intéressait était le dossier des frégates. Les autres éléments, vous les transmettez au procureur ?

Van Ruymbeke : absolument.

Me Pardo : avez-vous indiqué à Gergorin que seul vous intéressait le dossier des frégates ?

Van Ruymbeke : oui

Me Pardo : avez-vous dit que s'il y avait d'autres éléments vous les transmettriez au procureur ?

Van Ruymbeke : non. Il fallait attendre que le courrier arrive et que je l'examine.

Me Pardo : c'est difficile de poser des questions à Van Ruymbeke, il sait pourquoi ....

Le président : cela veut dire quoi ?

Me Pardo : il a été mon professeur (NDLR : Me Pardo a été inspecteur des impots puis magistrat avant de devenir avocat...)

16 h 27

C'est au tour de Me Metzner, avocat de Villepin. Il rappelle les investigations menées par Van Ruymbeke.

Van Ruymbeke confirme. "Dès réception, j'ai communiqué les éléments sur les listings au parquet".

 Me Metzner : deux magistrats se déplacent au Luxembourg pour vérifier les listings. Que vous disent-ils lorsqu'ils reviennent ?

Van Ruymbeke : ils prennent très au sérieux les listings. Ils me disent qu'il faut être prudent et se limiter aux investigations bancaires.

Me Metzner : à quel moment avez-vous eu la certitude que tous les comptes étaient faux ?

Van Ruymbeke : je n'ai eu la certitude que pour les comptes que j'ai investigués. Je ne crois que ce que je vois. Je n'ai que des certitudes judiciaires.

Me Metzner : qui a accès au dossier ?

Van Ruymbeke : le parquet et la partie civile Thales. Thales suivait le dossier.

Me Metzner : est-ce que certains hommes politiques sont venus vous voir ?

Van Ruymbeke : deux d'entre eux, le troisième m'a écrit.

Me Metzner : le quatrième est-il intervenu ? (NDLR : Sarkozy)

Van Ruymbeke : à aucun moment.

Me Metzner : l'avocat du quatrième est-il venu vous voir ?

Me Herzog se lève et proteste.

Le président : c'est sur l'identité de conseil entre Thalès et l'un des hommes politiques mis en cause (NDLR : Sarkozy)

Me Metzner : Sarkozy ne vous a pas dit qu'il était mis en cause à tort ?

Van Ruymbeke : absolument pas.

Me Metzner : MAM et Marland (NDLR, son directeur de cabinet à l'époque) sont-ils intervenus auprès de vous-même après la publication du Point ?

Van Ruymbeke : non.

16 h 31

Me Lantourne défend Me Herzog et met en cause Me Metzner, qui répond vivement. Me Temime se lève et se lance dans une grande envolée sur l'éthique de l'avocature.

Bataille entre avocats.

Le président lève la séance.

Me Iweins, avocat de Gergorin, mais aussi ancien bâtonnier, appelle Mes Temime, Metzner, Herzog et Lantourne pour une explication de figure.

Un représentant du bâtonnier est appelé pour régler le litige.

17 h 14

L'audience reprend par une intervention du représentant du bâtonnier qui met de l'huile dans les rouages des relations complexes entre avocats.

Maitre Dalmasso avocat de Gergorin : connaissez vous Joël Bucher ?

Van Ruymbeke : c'était un banquier de la Société générale chargé du montage financier du contrat des frégates. Il racontait qu'il y avait un moyen très simple de passer des rétro-commissions via Clearstream. Je l'ai entendu en juin 2004.

Maitre Dalmasso : Hugo Casseres Gomez (NDLR cité dans les listings), qui est-il ?

Van Ruymbeke : ce monsieur est un particulier. D'où ma surprise de voir qu'il pouvait disposer d'un compte à Clearstream.

Maitre Dalmasso : Il n'était pas un banquier ?

Van Ruymbeke : non, d'où ma surprise.

Maitre Iweins, autre avocat de Gergorin : le livre de Lahoud commence par des conversations via Blackberry que vous échangeriez avec Gergorin sur l'arrestation de Delmas. Avez-vous eu un Blackberry lié à Gergorin ?

Van Ruymbeke : Je ne sais même pas me servir d'un Blackbery. Tout cela est purement fantaisiste.

Maître Iweins : pourrais je résumer votre portrait de Gergroin avec vos mots : convaincu, convaincant et transparent ?

Van Ruymbeke : Absolument.

17 h 24

Le président ouvre l'audition de la partie civile Squarcini (NDLR aujourd'hui directeur de la DCRI et proche de Sarkozy, cité dans les listings).

Le président : comment avez-vous appris votre présence sur les listings ?

Squarcini : J'ai été préfet de police à Marseille lorsque j'ai appris par un journaliste ma présence sur les listings.

Le président : Qu'avez vous pensé ?

Squarcini : Quant j'ai vu l'article, j'ai pensé gros chantier. Avec plusieurs strates : industrielle, une succession d'éventuels candidats aux présidentielles. J'ai été surpris de me retrouver au milieu d'eux. J'ai été surpris de faire partie des réseaux tangentiels avec Laetitia Casta et Alizée, qui est d'Ajaccio. C'est du racisme anti-corse ! Cela me laisse totalement ahuri. J'avais fait l'objet de cabales.

Le président : vous avez été entendu dans le dossier sur vos relations avec François Casanov.

Squarcini : c'était mon subordonné. Il était spécialisé sur le recueil de renseignement sur les islamistes et le milieu insulaire. Casanova a du changer de rythme de travail car il était cancéreux. J'ai été à l'origine de son affectation en Corse.

Le président : Avez-vous des contacts réguliers avec lui ?

Squarcini : oui.

Le président : Savez vous qu'il avait des contacts avec Lahoud ?

Squarcini : Jamais. Lorsque je l'ai appris par la presse, j'ai vérifié si c'était professionnel.

Le président : Connaissez vous Brigitte Henry ?

Squarcini : Elle était spécialisée dans les affaires financières. Je ne savais pas qu'elle avait un lien avec Rondot.Elle était rattachée au Directeur central.

Le président : Etiez vous au courant des rencontres avec Henry et Lahoud ?

Squarcini : Absolument pas. Elle était en poste aux RG Grenoble.

Le président : Lahoud dit qu'il a falsifié les listings dans le bureau de Bertrand...

Squarcini : Je ne vois pas quel était l'intérêt de le faire au bureau.

Maitre Iweins, avocat de Gergorin : on sait qu'il y a eu une compétition à la DCRG dont vous avez été victime, vous proche de Sarkozy. Est-ce que je me trompe ?

Squarcini : C'est votre interprétation, j'ai toujours servi le ministre en place.

Maitre Iweins : vous avez vous-même relaté cette compétition lors de votre audition...

Squarcini : il s'agissait de la succession d'Yves Bertrand. On m'a nommé préfet de police à Marseille, c'était une promotion.

Maitre Iweins : au dossier figurent des lettres de Marty-Vrayance (NDLR : un homme lige d'Yves Bertrand, ancien directeur central des RG) qui s'excuse de mener des attaques contre vous.

Squarcini : J'ai dépose plainte pour diffamation.

Maitre Iweins : il fait un échantillon des coups tordus menés contre vous.

Squarcini : je dis que je fais l'objet de plusieurs cabales aux juges. Il fallait dégager des personnes du ministère de l'Intérieur : Guéant et moi en 1997.

Maitre Metzner : Connaissez vous Lahoud ?

Squarcini : Absolument pas.

17 h 46

Le président interroge maintenant Jean-Jacques Martini, cité dans les listings falsifiés. Il était à l'époque sous directeur de la protection du patrimoine à la DST, le service chargé du contre-espionnage industriel.

Martini : mon nom a été cité. Je l'ai appris par mon directeur. Lorsque j'ai vu les listings j'ai dit : c'est un coup de Gergorin. Piur comprendre, il faut remonter à l'affaire « coupez les ailes de l'oiseau », une déstabilisation de Matra par Thomson, (NDLR : qui s'est conclue par un non-lieu). Un article indique que la DST se faisait rémunérée par une société privée, Matra et Gergorin. Cet article etait fondé sur une note de nous qui avait été déclassifiée. Gergorin m'a alors fait le reproche d'avoir déclassifié cette source. Voilà pourquoi j'ai soupçonné Gergorin d'être l'auteur des listings. Ça et le fait que de nombreux de ses ennemis figuraient sur les listings

Le président : Etiez-vous lié à Rondot ?

Martini : on ne travaillait pas ensemble mais c'était un ami.

Le président : avez-vous rencontré Rondot ?

Martini : Rondot a demandé à me rencontrer pour me dire qu'il avait une source qui avait des informations financières ; il m'a demandé mon avis en septembre 2003 sur les informations données. On a fait un certain nombre de recherches. Je lui ai donné une réponse en lui disant qu'il avait surestimé les capacités de sa source. Je lui ai dit qu'on n'avait rien trouvé.

Le président : avez vous eu d'autres contacts avec Rondot?

Martini : Un ou deux sur cette affaire. D'autres amicaux.

Le président : en juin 2004, Rondot dit avoir eu un entretien avec vous.

Martini : les listings n'étaient pas encore sortis. Je n'étais pas cité. Je n'ai pas de souvenir très précis de cette rencontre. J'ai des souvenirs plus précis sur des rencontres postérieures. Rondot me disait que l'affaire ne tenait pas le coup mais que des gens m'en voulaient.

Le président : lorsqu'il vous contacte avant l'éclatement de l'affaire, il vous parle de personnes en particulier ?

Martini : Non.

Le président : quand a été évoqué le nom de Karel Schmidt ?

Martini : Si ma mémoire est bonne, Gergorin m'en a parlé en relation avec le mot de Lagardère. Ce nom était totalement inconnu, y compris chez nous. On s'est renseigné. C'était un nom pas connu.

Le président : avez-vous participé à l'enquête diligentée par la DST ?

Martini : il n'y a pas eu d'enquête. La seule chose demandée à mon service a été de savoir qui était l'éventuel corbeau. Mon service est en relation avec le monde industriel et les sociétés privées de renseignement. Le nom de Gergorin revenait très fréquemment.

Le président : avez-vous rencontré Gérard Willing (NDLR : une source de la DST ancien journaliste et consultant en intelligence économique) ?

Martini : il avait donné à Gergorin un nom mal orthographié et ce nom s'est retrouvé dans les listings.

Le président : avez vous rencontré Willing ?

Martini : Fin 2004.

Le président : Cette enquête a été menée par Jean-François Gayraud ?

Martini : Le service de Gayraud, qui était en charge des relations avec les entreprises, a participé à l'enquête, comme d'autres.

Le président : avez vous rencontré ensuite Gergorin ?

Martini : à la fin d'un déjeuner et Gergorin s'est défendu d'être le corbeau.

18 h 12

Maitre Maisonneuve, avocat de Martini lui fait préciser les conditions de son "enquête" :  je vais revenir sur la période de septembre 2003 lorsque Rondot vous demande de vérifier des banques notamment libanaises. Comment cela se passe-t-il ?

Martini : il me dit c'est une source qui a de bons moyens d'investigation et me demande de vérifier la valeur de la source. Il ne m'a jamais donné un nom.

Maitre Maisonneuve : quelles ont été les conséquences pour vous de votre présence sur les listings ?

Martini : J'ai été obligé de m'expliquer. J'ai appris qu'il avait été envisagé de me suspendre. Au bout de trente ans de carrière, ça ne fait pas plaisir. J'étais en contact avec les milieux économiques et chaque fois, j'avais droit à des phrases du genre : et vos comptes en Suisse, ça va bien ? Certains ont cru que j'avais participé à la confection des listes. Au sein de mon service, cela s'est bien passé. Mon directeur avait confiance en moi.

18 h 20

Le substitut : au sein de votre service tout a été réglé le 19 juillet 2004 lors d'un entretien avec le directeur de Bousquet et le commissaire divisionnaire Matta ?

Martini : tout à fait.

Le substitut l'interroge sur les noms qui rassemblent les ennemis de Gergorin.

Le procureur : si je comprend bien vos déclarations : mi juillet la DST sait que les listings en ce qui vous concerne sont faux ?

Martini : oui.

Le procureur : La seule question qui se pose à ce moment , c'est qui a créé les listings ?

Martini : oui.

Maitre Dalmasso, avocat de Gergorin : Y-a-t-il des relations institutionnelles entre votre service et Gergorin ?

Martini : on se positionne auprès des entreprises pour lutter contre l'espionnage. On est obligé d'avoir des contacts avec les sachants.

Maitre Dalmasso : il est donc pas anormal que Gergorin ait des contact avec vous ?

Martini : tout à fait.

Maitre Dalmasso : vous parlez d'ennemis réels et supposés de Gergorin ?

Martini : les supposés, c'est moi.

Maitre Dalmasso : vous conjecturez ....

Martini : c'est une conjoncture pas bâtie sur du sable. Cela n'est pas une preuve.

Maitre Dalamasso : vous imaginez.... Vous avez rencontré souvent des délateurs qui arrivent en se désignant.

Martini : c'est un corbeau du nouveau genre.

Maitre Dalamasso : vous enquêtez alors qu'un juge connaît le corbeau.

Martini : j'ignorais que Gergorin avait été voir le juge.

Maitre Dalmasso : connaissez vous Eric Merlen (NDLR : journaliste qui a mis en relation Lahoud et Robert) et Lahoud ?

Martini : je ne les connais pas.

Maitre Iweins, avocat de Gergorin : vous avez un vrai ennemi, c'est Lahoud. En février 2003, avant que Lahoud ne rencontre Gergorin, Lahoud dit à Robert qu'il est tombé dans une affaire financière sur un chantier de la DST ?

Martini : je ne connais pas Lahoud.

Maitre Iweins : en 2005, il y a une longue déclaration entre Lahoud et Sellier. Lahoud parle beaucoup de la DST et de vous.

Martini : Cela ne me dit strictement rien. J'ignorais à cette date l'existence de Lahoud.

Maître Iweins : et en plus Lahoud, dit que vous lui en voulez pour son action de gloire, lorsqu'il a découvert les failles du Blackberry. C'est dans le verbatim Imala de Pierre Sellier qui traduit les propos de Lahoud.

Martini : cela ne me dit rien. Je n'étais pas chargé du Blackberry.

Maire Iweins : depuis 2003, vous avez donc un ennemi. Comment l'expliquez vous ?

Martini : je ne me l'explique pas. Je n'ai jamais eu de contact avec Lahoud. Il faudrait qu'il m'explique pourquoi il en veut à Martini.

Maitre Iweines appelle Lahoud.

Lahoud : les propos que me prête Sellier sont faux. Je n'ai jamais vu Martini.

Maitre Iweins : et sur les « chantiers » ?

Lahoud : Je n'ai jamais tenu les propos que l'on me prête.

Maitre Iweins demande à Gergorin de s'expliquer.

Gergorin : j'ai travaillé depuis la fin des années 70 avec la DST. J'ai fait la connaissance de Martini en mai 1994. De mai 1994 à juin 2003, notre collaboration a été fructueuse et cordiale. C'est vrai que j'ai eu, après la mort de Lagardère, j'ai eu une grosse colère, transparente. Ce n'était pas un motif pour lequel Martini devienne mon ennemi.

18 h 44

Maitre Brossolet, avocat de Villepin : vous avez dit que l'enquête avait duré 4 à 5 mois.

Martini : il ne s'agissait pas d'une enquête judiciaire. On avait d'autres choses à faire.

Maitre Brossolet : l'idée que Gergorin soit le rapport n'a pas été établie directement ?

Martini : il y avait plusieurs hypothèses, celle qui revenait le plus souvent était Gergorin, mais on n'avait pas de preuve, des indices graves.

 

18 h 47

Le président appelle Pierre de Bousquet de Florian, ancien patron de la DST au moment des faits, aujourd'hui préfet du Pas-de-Calais. Il prête serment.

 

Le président : le tribunal vous écoute

 

Bousquet : je n'ai pas de déclaration. Je me tiens à la disposition du tribunal.

 

Le président : vous n'avez pas eu à connaître de l'affaire Clearstream ?

 

Bousquet : ah si ! J'ai été saisi par Villepin en juillet 2004. Je ne connaissais pas cette affaire. J'ai regardé. Il nous a fallu quelques jours pour se procurer la liste celle du 14 juin 2004, nous n'en avons pas eu d'autres. J'ai pris l'initiative d'appeler mon collègue chef des services du Luxembourg. Il m'a dit spontanément que cela était une vieille affaire. Huit jours après, il m'a indiqué très clairement que cela ne pouvait provenir que du vol de la liste, mais une liste réaménagée. Nous sommes parti sur l'idée d'une liste fausse. Peut être aurions nous creusé plus mais l'affaire était suivie par Van Ruymbeke. Nous sommes alors parti exclusivement à la recherche du corbeau. Nous n'avons pas lancé d'investigations très soutenues. Des échos désignaient Gergorin. L'été est passé. Puis rien de nouveau ou des choses sans consistances. Nous n'avons pas judiciarisé cette affaire. Nous n'avons procédé à aucune filature. J'ai recommandé une interception de sécurité. En septembre une source du service nous a apporté un document dont elle ne pouvait établir la date qui portait à s'interroger sur le fait que Gergorin avait eu un rôle dans cette affaire. Ce document apparement de sa main faisait correspondre des noms avec des numéros que l'on trouvait dans la liste. C'était le 17 ou 18 septembre. Martini me rend compte. Le 20 septembre, j'en réfère à Villepin ministre de l'Intérieur. Je lui dit que je m'interroge sur le rôle de Gergorin. Avant, j'avais pris un rendez vous avec Gergorin pour lui demander son avis. J'en reviens au rendez-vous avec Villepin. Je lui dis que je ne peux garantir le document. Il dit qu'il va en parler à Lagardère.

Je sais que le sort de ce papier a fait débat. Il a été détruit séance tenante dans le broyeur. Je ne sais pas qui l'a détruit. La photocopie de ce document, je l'ai détruite. Ce document n'avait aucun intérêt. Toutes nos notes dans cette affaire ont été transmise au directeur de cabinet de Villepin et au directeur général de la police nationale (NDLR : proche de Sarkozy).

A la mi-octobre, j'avais reçu plusieurs appels désagréables de Sarkozy. J'ai dit à Villepin : il faut en sortir. Nous nous sommes vus. Les doléances de Sarkozy tournait autour de trois points. D'abord, la DST a fait un rapport, ce rapport m'innocente, vous le cachez. De plus, il faut confier tout cela à la justice. Enfin, il faut purger la campagne présidentielle de tous ces miasmes.

L'histoir du rapport de la DST, c'était de la pure désinformation. La partie civile (NDLR : Sarkozy) a été ... désinformée, désinformée. Ce rapport n'a jamais existé.

Ensuite, je n'ai pas transmis nos informations à la Justice pour deux raisons. D'abord je n'avais pas d'éléments probants me permettant de dénoncer Gergorin. Ensuite, j'aurais du exposer nos sources. Or, il y a une règle d'airain : on ne trahit pas une source ...on ne trahit pas une source.

Cette source était une source ancienne. On l'a mis en garde. Plus tard, un an après, nous lui avons demandé d'aller témoigner. Je ne crois pas que la source a fait cette démarche. Lorsque les juges nous ont demandé de déclassifier, la fiche de contact, la note et son annexe avec cette source a été très partiellement déclassifiée. Une première fois sous Villepin, une deuxième fois sous Sarkozy, une troisième fois sous MAM, la commission nationale chargé de conseiller la déclassification a autorisé la transmission avec de très partielles déclassifications. A mesure que sa judiciarisation a progressé, la DST s'est retirée progressivement de l'affaire. Je répète que je n'ai fais procéder à aucune filature et aucune interception de sécurité sur les personnes présentes sur la liste, sur des journalistes, a fortiori sur des élus. Les seules écoutes demandées permettaient de fermer des portes ». Je n'ai reçu aucune instruction du ministre de l'intérieur ensuite. Les choses en sont restées là pour moi jusqu'en mai 2005 et au retour de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur.

19 h 16

Le président suspend la séance.

19 h 26

Le président reprend la séance et tout de suite lance : Vous avez reçu une mission du ministre de l'intérieur le 5 juillet. En quel terme ?

Bousquet : il m'a dit: "regarde cette affaire de liste luxembourgeoise"

Le président : la connaissance de la mise en cause de Martini ne vient pas de l'article du Point ?

Bousquet : l'article du Point ne citait pas Martini. Nous nous sommes procuré la liste. J'ai appelé Claude Guéant pour l'informer qu'apparaissaient les patronymes de Sarkozy ou de son père. Puis nous avons fait revenir Martini de vacances et nous avons eu un entretien le 19 juillet. Sa présence dans les listings m'a beaucoup étonné. Nous sommes partis sur l'idée que la liste était une création. Mon collègue luxembourgeois était très allant sur ce thème. Pour la forme, j'ai interrogé Martini.

Le président : quelle était votre mission exactement ?

Bousquet : ma mission était imprécise. Nous l'avons définie sans beaucoup de cadre. Nous nous sommes dit qui est le corbeau. C'était une question très simple.

Le président : vous avez en main les informations du Luxembourg en recevant Martini ?

Bousquet : oui. Et c'est moi qui l'ai reçu avec mon directeur de cabinet.

Le président : vous en avez informé votre hiérarchie ?

Bousquet : j'en rendu compte par note à Pierre Mongin, directeur de cabinet de Villepin. Il ne m'en a pas reparlé. J'ai donné cette note à Michel Gaudin, Directeur général de la police nationale (NDR : proche de Sarkozy)

Le président : y a-t-il eu des contacts avec Rondot ?

Bousquet : j'ai le souvenir d'avoir eu Rondot au téléphone. C'était très fugitif. Rondot m'a dit : "c'est bidon", quelques chose comme cela. Ca a été très court. J'ai eu la même réponse de Brochand, directeur de la DGSE, qui a dû faire sa moue habituelle. On a pas été aidé ...

Le président : Vous aviez déjà rédigé la note du 21 juillet 2004 ?

Bousquet : Non. J'avais des contacts très épisodiques avec Rondot. On avait une conviction très générale que cela ne tenait pas. Ça a été l'erreur de notre service de ne pas investir ce sujet. Mais c'était une affaire judiciarisé. Les listes étaient traitées dans le cadre des frégates par Van Ruymbeke. On a fait les choses à minima. Villepin nous avait donné une instruction à minima, il a dit : vois ce qu'il y a derrière. On a interrogé vaguement des sources, on a revu des notes, on a réfléchi un peu.

Le président : dans les mois qui ont suivi ...

Bousquet : ensuite nous avons reposé la question.

Le président : ensuite c'est l'étape suivante : il y a des soupçons sur Gergorin.

Bouquet : j'en fais part de manière orale au directeur de cabinet. Puis, en septembre, j'ai le document remis par la source et je vais voir le ministre lui-même le 22 septembre.

Le président : savez vous que le juge avait reçu d'autres envois ?

Bousquet : nous le savions sans avoir les dates exactes. Mais nous n'avions que l'envoi du 14 juin (voir sur latribune.fr les envois au juge Van Ruymbeke)

Le président : vous en avez connaissance quand ?

Bousquet : le 10 juillet 2004.

Le président : vous avez fait une analyse exhaustive ? c'est le listing des 895 comptes ?

Bousquet : oui, c'est celui là. Avec les noms et les listings associés. Il n'y avait pas le nom d'Hortefeux. Mais il y avait les noms de Bocsa et Nagy.

Le président : et voyant les noms de Bocsa et Nagy, comment avez-vous réagi ?

Bousquet : je connaissais le nom et que c'était celui de Sarkozy. J'ai pris l'initiative aussitôt de prévenir Claude Guéant (NDLR directeur de cabinet de Sarkozy) dans les deux heures, le 11 juillet. Guéant m'a remercié. Je n'en pas parlé à Villepin. J'en ai parlé au DGPN.

Le président donne la parole au procureur.

Le substitut : vous avez pris vos fonction à la DST en mai 2002. Connaissez vous Gergorin ?

Bousquet : non, je ne le connaissais pas.

Le substitut : vous avez été invité à la cérémonie de remise de décoration de Gergorin.

Bousquet : oui. Je l'avais vu trois fois. Deux courtoises et l'autre où il protestait contre Martini.

Le substitut : à cette cérémonie, combien étaient vous ?

Bousquet : peut être 25. J'avais été honoré de cette invitation.

Le substitut : vous avez déclaré avoir été étonné de cette invitation ...

Bousquet : je confirme la surprise. J'étais assez content.

Le substitut : connaissez vous Joulin (NDR dirigeant du groupe Lagardère) qui participait à cette cérémonie

Bousquet : je ne le connais pas.

Le substitut : le 3 septembre vous rencontrez Gergorin. Pouvez vous dire ce qu'a dit Gergorin sur son implication ?

Bousquet : c'est un peu loin. Il a nié être le corbeau. Il a cité ses amis cités dans les listings.

Le substitut : dans les listings le nom de Joulin était de nature à le dédouaner ?

Bousquet : il y avait d'autres noms de ses amis dans les listings. En revanche il a nié avoir quelque chose à voir avec cette liste.

Le substitut : Gergorin a déposé à l'automne 2004 une plainte pour faux et usage de faux contre un rapport de la DST était de nature à gêner le recueil de renseignements destinés à savoir qui était le corbeau ?

Bousquet : je ne vois pas à quel rapport ...

Le substitut : justement il n'y en avait pas.

Bousquet : j'ai été entendu par l'IGPN (NDLR : la police des polices). Sur le fond, ça n'a entraîné aucune espèce de conséquence sur l'image de Gergorin dans le service. Cela m'a confirmé que l'affaire était très largement judiciarisée et qu'on devait être prudent dans ce qu'il avançait.

20 h 04

C'est au tour du procureur : mi-juillet vous êtes convaincu que Martini ne figurait pas sur les listings ...

Bousquet : Oui, c'est exact.

Le procureur : à partir de quel moment avez vous appris que Villepin avait eu un entretien avec Gergorin et Rondot ?

Bousquet : le 15 juin 2005.

Le procureur : votre prudence se retrouve-t-elle dans vos compte rendus oraux ?

Bousquet : j'ai toujours assorti la désignation de Gergorin de prudence car nous ne pouvions pas le prouver.

Le procureur : vous avez eu un rendez vous à la fin de l'été, donc avant le 21 septembre avec Clair (NDLR alors directeur adjoint de la DST) et Rondot ?

Bousquet : je n'en ai pas le souvenir.

Le procureur : le 20 septembre, vous demandez un rendez vous avec le ministre que vous obtenez le 22 septembre, vous encouragez le ministre d'informer Lagardère que chez lui il peut y avoir quelqu'un posant problème. Vous rédigez un mémo là dessus.

Bousquet : C'est exactement cela.

Le procureur : savez vous ce que le ministre a dit à Lagardère ?

Bousquet : il s'en occupe, m'a-t-il dit.

Le procureur : savez vous que Lagardère n'a jamais eu cette information ?

Bousquet : j'ai lu cela.

Le procureur : ce mémo, la copie, vous en parlez au DGPN ...

Bousquet : j'en ai toujours informé ma hiérarchie.

Le procureur : est-ce vous qui avait déconseillé au ministre de prévenir les autorités judiciaires ?

Bousquet : non. Mais la question ne s'est pas posée. Lorsqu'elle s'est posée : la déclassification du papier qui en faisait état aurait mis en danger une source.

20 h 16

C'est au tour de Maitre Herzog, avocat de Sarkozy : vous dites que lorsque Villepin m'a donné la mission, vous ne connaissiez rien de cette affaire ?

Bousquet : oui.

Maitre Herzog : vous avez dit antérieurement que cette enquête n'était pas d'initiative.

Bousquet : ce sont les mêmes déclarations.

Maitre Herzog : pas tout à fait.

Bousquet : je n'ai eu qu'une conversation.

Maitre Herzog : Sarkozy dit que vous l'avez informé avant la sortie de l'article du Point. Qu'en pensez vous ?

Bousquet : Je ne l'ai jamais informé avant la sortie de l'article du Point.

Maitre Herzog : mais il n' y a pas les noms de Bocsa et Nagy dans le Point. Je lis une note du 13 juillet 2004 où vous parlez de Bocsa et Nagy.

Bousquet : j'ai souvenir de cette note destinée au président de la République (NDLR Chirac à l'époque). Je vais vous faire une révélation ...

Maître Herzog : aaahhhh.

Bousquet : cette note préparée par ma sous-direction mentionnait le nom de Sarkozy. C'est moi qui l'ait fait enlevé. Je ne voulais pas que soit mis en cause un membre du gouvernement. C'est une règle des services de renseignement.

Maitre Herzog : Sarkozy commet une erreur donc. Mais alors Villepin aussi. On trouve au dossier des Post-it de Villepin où il note : 7/7/04 DST me dit Sarkozy.

Bousquet : je ne sais pas ce que sont ces post-it. Je maintiens mes déclarations.

20 h 28

Bousquet : je n'ai jamais considéré cette affaire comme sérieuse.

Maitre Herzog : lorsqu'il y a demande de déclassification par le ministre, comment cela se passe ?

Bousquet : le service cherche les notes, le ministre transmet à la commission de déclassification.

Maitre Herzog : comment se fait-il que la note du 21 juillet 2004 qui concerne l'implication d'un cadre de EADS n'a-t-il pas été transmise ?

Bousquet : c'était un oubli de ma part.

Maitre Herzog : pardon ?

Bousquet : un oubli parce que cette note que j'ai moi-même rédigée était mal classée. Elle n'a jamais été transmise et j'assume.

Maitre Herzog : assumez-vous également les deux notes retrouvées qui datent du 6 et 8 avril 2004. Est-ce que c'est fréquent que des notes s'égarent à la DST ?

Boiusquet : non elles ne s'égarent pas. Les notes auxquelles vous faites allusion sont antérieures à l'affaire. L'une fait référence à une demande de Rondot ...

Maitre Herzog : ces notes n'ont pas été déclassifiée. Vous risquez l'infraction ...

Bousquet : il n'y a pas eu volonté de dissimulation.

Maitre Herzog : deux autres notes 9 juin 2004 et 21 juin 2004...

Bousquet : J'ai déjà répondu à cette question.

Maitre Herzog : Très bien.

Bousquet : Non, pas très bien. J'ai servi loyalement Sarkozy. Je ne peux accepter ce procès en loyauté que l'on a construit. Le ministre est très occupé. Il ne se souvient pas toujours des choses. Dans cette déposition, il parle de quelque chose qui n'a pas existé. Il mentionne un rendez-vous au ministère de l'économie et des finances. Ce rendez vous n'a pas existé.

Maitre Herzog : une dernière question : Rondot note "téléphone de Bousquet le 25 mars 2004" (NDLR : le jour de l'arrestation et de la libération de Lahoud sur laissez-passer de Gergorin). Avez-vous téléphoné à Rondot ?

Bousquet : non.

20 h 41

Après les parties civiles, c'est au tour de la défense.

Maitre Iweins, l'un des avocats de Gergorin, prend la parole : Gergorin vous a-t-il fait part de menace sur lui après la mort de Lagardère ?

Bousquet : nous avons parlé des hypothèses sur la mort de Lagardère (NDLR : Jean-Luc)

Maitre Iweins : le nom de Karel Schmidt vous dit-il quelque chose ? et le fonds qui pouvait déstabiliser le groupe Lagardère ?

Bousquet : Gergorin m'en a parlé.

Maitre Iweins : je vous remercie.

C'est au tour de maitre Gondrand de Robert, avocat de Bourges.

Maitre Gondrand de Robert : vous avez signé une notre du 21 juillet 2004 (voir latribune.fr d'autres pistes de falsification) qui évoque un vol des listings avant celui dont est accusé mon client. Confirmez-vous ?

Bousquet : j'ai pesé davantage certains mots que d'autres. Je me suis juste fait l'écho de ce que m'a dit mon collègue luxembourgeois. Je n'ai pas vérifié.

Maitre Gondrand de Robert : pouvez vous confirmer que les voleurs des listings ont été condamnés ?

Bousquet : ce que je peux vous dire, mon collègue luxembourgeois m'a dit que l'affaire avait fait l'objet d'un livre celui de Backes et de Robert. Ce sont les seuls noms évoqués dans la conversation.

Maitre Gondrand de Robert : vous ne répondez pas sur l'identité des personnes condamnées, des collaborateurs de Clearstream.

Bousquet : c'est une approximation.

Maitre Gondrand de Robert : vous allez voir le procureur de la République avec l'ensemble des notes. Donc la note du 21 juillet ...

Bousquet : je ne viens pas avec cette note que j'ai oubliée. Dans la conjoncture de l'époque, cette note n'était pas importante. J'ai mis sur la table tout mon dossier.

Maitre Gondrand de Robert : cette note est la seule qui fait état d'un dossier judiciaire ?

Bousquet : non, je ne suis pas venu avec cette note.

Maitre Gondrand de Robert : je vous remercie.

20 h 56

C'est au tour de Maitre Brossolet, avocat de Villepin : ce fameux pense-bête que l'on a détruit, vous en avez gardé une copie que vous avez montré au DGPN qui en a parlé à Guéant. Cette affaire a finalement toujours été transparente pour Sarkozy ?

Bousquet : effectivement.

Maitre Brossolet : au mois de mai 2004, Rondot dit que Sarkozy avait eu vent de l'affaire et en a informé Arnaud Lagardère. Sarkozy a eu connaissance très tôt de cette affaire. Est-ce que cela explique qu'il a voulu saisir la justice ?

Bousquet : c'est effectivement une question que je me suis posé. Je me suis posé cette question aussi à propos de Villepin. J'ai dit aussi que Sarkozy avait été désinformé. Je sais par qui, j'ai mes idées. J'ai mes idées. Permettez moi de les garder pour moi. J'ai essayé de lui expliquer que je n'avais pas de rapport. Il n'y a pas cru.

Maitre Brossolet : Villepin a affirmé qu'il s'était toujours conformé aux recommandations de vos rapports. Est-ce courant ?

Bousquet : les ministres sont les patrons. Villepin est le patron. Nous savons qu'il n'est pas adepte du management participatif. J'ai exécuté. Nous avons fait remonté des informations.

Maître d'Antin, autre avocat de Villepin : rien de probant ne peut être établi.

Bousquet : je n'ai jamais eu de preuve ni dans un sens ni dans l'autre.

Maître d'Antin : vous avez dit que les informations de vos homologues étaient à prendre avec précaution ?

Bousquet : que n'aurait-on pas dit si nous avions mené une enquête ?

Maître d'Antin : dans la note du 20 septembre vous dites : la source rejette toute implication personnelle. La source était-elle suspectée ?

Bousquet : elle était tellement bien renseignée que nous nous sommes interrogés. Cette liste est tellement gergorinesque que Gergorin est-il vraiment l'auteur ?

Maître d'Antin : elle était trop ...

Bousquet : aussi azimuté soit-il, ça paraissait incroyable.

Maître d'Antin : vous recommandez la plus grande prudence.

Bousquet : oui.

Maître d'Antin : merci monsieur le Préfet.

Le président lève la séance. Il est 21 h 14. Demain à 13 h 30, le procès reprend avec la confrontation du général Rondot avec les accusés et l'audition des témoins de Jean-Louis Gergorin et de Denis Robert.

Pascal Junghans

Vos réactions

  • sergio a écrit le 14/10/2009 à 20:11 :

    • je me pose la question de savoir, quelle était la forme de ces listings. Y at il des informations la dessus, parceque les pipeaux les plus incroyables, prennent de l'ampleur avec des invraisemblances de base, qui ne sont pas questionnées, les accusateurs et manipulateurs ( En l'occurence,dans le desordre (souhaité) Gergorin; Lahoud et Sarkozy ) ont besoin de se donner de l'importance, même lorsqu'ils en ont déjà, cela fait tourner le monde en bourrique. L'extraction des données, c'est une chose, mais ensuite c'est du tableur ordinaire...et y a pas besoin de Lahoud. Il faut les" vrais" listings et les" faux", et des infos précises sur leur forme, pour juger, de qui mène la danse. est ce que celà a été examiné ?

  • bigleux a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • le SCUD d'Herzog a fait long feu. Mais quelle bêtise ... : comment peut-on confondre IP avec IB ???

  • marie a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Il n'est pas utile de revenir sur la carrière du juge Renaud Van Ruymbeke,tout le monde a, un jour ou l'autre entendu parler de ce magistrat spécialisé dans les affaires politico-financiéres délicates.Bernard Squarcini et Pierre Bousquet de Florian sont quant eux moins exposés aux lumiéres crues du monde.Bernard Squarcini,dont le nom apparait deux fois sur les listings Clearstream ,aux cotés de ceux de Laetitia Casta et Alizée,n'est pas tout à fait uninconnu: surnommé "le squale",il nage dans les eaux troublesdu renseignement intérieur depuis un quart de siécle.Ce proche de Nicolas Sarkosy a notamment occupé les postes sensibles de n°2 des RG puis de prefet déléguépour la sécurité auprés du prefet de la région PACA.Nommé le 27 juin 2007 à la tete de la DST,il est chargé par le nouveau president de la Republique de mettre en oeuvre la fusion de la DST et des RG.Claude Guéant,un autre pillier du monde de la sécurité intérieure loue " la finesse d'analyse" de ce fils de policier et petit-fils de berger corse né en 1955 à Rabat.A la tete de la DCRI Il dirige 4000 femmes et hommes dont 1800 habilités " secret-défense".Depuis son bureau situé dans un impressionnant immeuble de Levallois-Perret,dans les Hauts-de-Seine, cet homme onctueux,à la rondeur diplomatique à sous sa tutelle pres de 175 commissaires, soit 10% de l'effectif total.Pierre Bousquet de Floriant est lui aussi un homme du sérail.Ala tete de la DST de 2002 à 2007,il poursuit une carriére prefectorale dans les départements de la Mayenne,des Hauts-de-Seine, puis dans le paisible département du Pas-de-Calais.Amateur de profils atypiques,c'est lui qui a suggéré à Claude Guéant de récuperer Rachida Dati selon un ouvrage controversé ,Belle-Amie, consacré à l'extravagante ex-garde des sceaux.De 1986 à 1988 il a occupé la fonction de chef de cabinet du curieux et toujours vivant Albin Chalandon,alors ministre de la justice et ancien PDG d'Elf.

  • EGIA ta LEGE a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Passionnant compte rendu.(attent° à l'orthographe ...) Pourquoi "PR" qui à l'évidence apparaît désormais en première ligne des suspects ( au moins au même titre que DDV,Mahdi et Mabuse), pourquoi diable n'est-il pas appelé à l'audience ? Il n'est plus en fonction maintenant . Sans cela, toute la vérité ne pourra pas apparaître ; dans le prétoire s'entend, car dans les esprits tout est très clair maintenant que le Gal . RONDOT a remis les points sur les I .

  • prevalli a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • 19 h 26 Maître Herzog passe en revue les quatre notes Reflux et des verbatim. Des dates, des citations se succèdent on sent que l'estocade est proche. Maître Herzog : A qui vous avez remis cette note du 2 février 2004 ? Rondot : A personne. Je l'ai communiquée face à face à Marland. Maître Herzog : je vais prendre votre agenda au 10 février 2004. Je vais vous demander de lire. Commencez à partir de 13 heures. Maitre Herzog tend la photocopie de l'agenda Rondot : le 10 février ? Maitre Herzog : oui Rondot : 16 h : note à DDV au sujet opération .... Il s'arrête de parler Maître Herzog conclut : IPaq. Et il ajoute : en rendant compte à Villepin, je rends compte au PR. Pourquoi n'êtes-vous pas libre de dire la vérité ? Rondot : j'ai incité Lahoud de dire la vérité Maitre Herzog : et vous aussi Rondot : oui Rondot reprend la photocopie de son agenda et dit : non ce n'est pas Ipaq c'est IB et c'est opération Ingrid Betancourt. Herzog essaye de montrer que Rondot a parlé a villepin avant la communication des listings à la justice. Gros Flop il lui a parlé de l'opération Ingrid Betencourt. Bref il n'y a rien dans cette déclaration qui montre que DDV savait AVANT de transmettre les listings à la justice via gergorin que les listings etaient bidonnés. Et c'est cela qui compte pour l'accusation de denonciation calomnieuse. De plus les declaration de rondot et certaine de ses notes montrent que IL aurait dit qu'il avait rencontré Sarkosy au mois de mai (au moment ou les listing etaient transmis à VR). Certes ce que dit IL est sujet à caution, neammoins si rondot l'a ecrit c'est qu'il l'a dit. A t'on enquété pour savoir si cette rencontre était vrai ? Et quel est le role de MAM dans cette affaire ?

  • carambouille a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • EGIA je ne vois pas ce qui est clair après l'intervention de Rondot. Rien ne montre un délit de DDV et encore moins de PR, puisqu'au moment ou sont transmis les listings à VR, personne ne semble savoir qu'il sont faux. Qu'un responsable politique conseille à quelqu'un qui aurait des preuves d'activités criminelles de les transmettre à la justice ne me semble pas constituer un délit pénal (si effectivement il l'a fait). J'ai peut être un QI de pétoncle mais je ne vois pas dans ce procés ce qui montre que DDV et à fortiori le PR aurait commis une calomnie.

  • claude a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • On n'y comprends rien à cette affaire clearstream. Vous êtes troublés à ce point. Les comptes rendus précédents étaient clairs. Celui-ci est bourré de fautes d'orthographe. Des fois pas de verbe, des fois .... C'est qui, c'est le reporter, c'est le juge ...ou alors le substitut? Vous pouvez aussi utiliser les services du ministre de l'éducation, il parait qu'il est imbatable.

  • Merci la Tribune ! a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Merci Merci pour cette retranscription passionnante et utile !! Dans l'esprit, avis aux amateurs : il existe une pièce de théâtre qui reprend les minutes du procès ELF ("ELF, la pompe Afrique") : edifiant et très savoureux ;-) ... déconseillé aux allergiques au cynisme ... Je ne sais pas si la pièce se joue encore, mais il existe un DVD.

  • dom9 a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Don pedro, vous faites des raccourcis , vous n'avez pas lu les minutes jussqu'a la fin, vous faites un copiez collé des manchettes des autres journeaux, le tour est joué, vous manipulez l'information , dans le fond vous ne valez pas mieux que les faux listing, apres cela vous vous faites donneur de leçon..est ce bien raisonnable

  • christophe a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • carambouille, j'approuve complétement ton "Rien ne montre un délit de DDV", et le reste de ton post aussi.

  • Don Pedro a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Mon Cher Carambouille, à quoi vous attendez vous donc dans cette affaire ? A ce que DDV reconnaisse les faits ? Allons, ce qi est clair dans l'audition du Général Rondot, ce sont les nombreux mensonges de DDV: Il avait bien connaissance du nom de Sarkozy contrairment à ce qu'il avait dit, il est bien intervenu dans la libération de Lahoud, il n'a pas prévenu ni MAM, ni Sarkozy lui même ...et surtout pour quoi prétendre risque de sauter avec PR ( dont j'ai la conviction qu'il n'était pas au courant et que DDV s'en sert comme d'un paravent, mais ce n'est que mon impression) si il n'a rien à se reprocher ?? Dans ce genre d'affaire il faut chercher les menteurs et les bénéficiaires.... DDV n'est peut être pas le cerveau, mais il a surfé sur ...un bonne occasion et ses mensonges sont transpercés par Rondot.

  • Don Pedro a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Je pense quil était raisonnable de répondre à Carambouille qui ne voyait pas en quoi les déclarations de Rondot sont importantes. Je pense qu'elles contredisent en grande partie celles de DDV et c'est pour moi un indice fort. je n'ignore pas pour autant que pour que le délit soit constitué, il faut que DDV ait connaissance de la fausseté du listing avant de le transmettre (ça c'est du droit) Attendons la démonstration de Herzog....En revanche votre réaction mon cher Dom9 me parait un peu exagérée... aurais je touché un point faible ??

  • Dingueee a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Les questions du Maitre Metzner etaient tres perninentes et les reponses de Van Ruymbeke laissent entrevoir que Nagy Bosca auraient ajoute son nom compte tenu des relations entre lahoud et les plus proches de sarkozy. Voir aussi l'article dans Mediapart...

  • lesnerfs a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • dpuis le debut de cette affaire on nous parle tout le temps du nom de Nicolas sarkozy comme figurant à tort sur les listings. Or il semble bien que cette information relayée par tout est fausse il s'agirait de patronyme Nagy et Bocsa que personne ne connait. Si ce sont les patronymes de Nicolas Sarkozy qu'on nous le dise une bonne fois pour toutes. Il faut vraiment être simple d'esprit pour imaginer que Dominique de Vilepin aurait eu un quelconque intérêt à faire transmettre à la justice des listings qu'il aurait su faux.La justice n'aurait pas manqué de le découvrir et c'était le meilleur moyen pour apparaître comme le manipulateur. Il n'avait donc aucun intérêt à cette transmission. Il faut donc chercher ailleurs le vrai manipulateur.

  • diegoschweiz a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • passionnante affaire en tout cas, tout est mêlé, industrie, politique, finance et terrorisme, il faut en faire un film!

  • dom a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • REVELATIONS De nouveaux carnets secrets pourraient faire scandale NOUVELOBS.COM | 06.10.2009 | 17:42 Le journal Bakchich Hebdo publie des extraits troublants des cahiers de Gérard-Philippe Menayas, ancien directeur financier de la DCN. Y sont cités pêle-mêle : Sarkozy, Pasqua, Guigou, Balladur?

  • aveugle a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Pierre Bousquet de Floriant, prefet du Pas de Calais a porté plainte contre l'équipe humoristique d'Action Discrete. Ce monsieur demande à la Justice de statuer sur la définition de l'humour. Cette époque est décidément de plus en plus trouble et malodorante.

  • Don Pedro a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Donc, mon cher Lesnerfs, selon vous DDV n'aurait eu aucun intérêt à tramsettre à la justice des listing qu'il savait faux. Sauf qu'en l'espèce, ce n'est pas lui qui les transmets directement, c'est Gergorin. Ce qu'on sait en revanche c'est que la déplorable publicité entourant ce genre de listing et les noms qui y sont accolés risque de salir pour longtemps la réputation de ceux qui s'y trouve. Bien trop longtemps avant que la justice n'y reconnaisse ses petits, c'est à dire, bien après l'élection présidentielle....J'ai rien fait, j'ai rien vu, je laisse juste se répandre la rumeur et surtout sans prévenir personne !!!!!

  • Emmanuel a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Dom Pedro... c'est vrai que tu n'es pas crédible!!!

  • simplement a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • CLEARSTREAM, UN COURANT PAS TRÈS CLAIR Ce que les médias et donc les lecteurs/téléspectateurs retiennent de cette affaire, c'est la "guerre Sarkosy-de Villepin. Du coup, on en oublie que Clearstream (courant clair), n'est pas si clair que cela. Au moment même ou le PDT de la République annonce, en direct de New York, sans être contredit: "il n'y a plus de paradis fiscaux". Où sont les reportages sur le fonctionnement de ces "chambres de compensation". Ce sont pourtant des chambres noires. Silence. Pour que le message soit encore plus "clair", Renaud Van Ruymbeke, un des rares juges français signataire de "l'appel de Genève" se voit mis en cause, en marge de cette affaire. C'est une profonde injustice. Si vous lisez "La justice ou le chaos" aux éditions Stock, vous comprendrez mieux de quoi je parle. Hasard de l'histoire? Il s'agit d'un travail collectif de plusieurs juges européens, ouvrage synthétisé par Denis Robert, mis en cause également dans ce procès en trompe l'?il.La justice ou le chaos? A vous de juger.

  • amalinetdemi a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Il ne faut pas confondre "sauter" au plan politique et au plan judiciaire. Il etait bien certain des l'ete 2004 que, telle qu'elle se presentait, l'affaire Clearstream allait faire "sauter" politiquement Villepin s'il apparaissait. Et c'est en effet ce qui a eu lieu, non ? Maintenant, quant a savoir si cela devait conduire a ce qu'il saute "judiciairement", nous allons bientot le savoir... en 2009 (et peut-etre plus s'il y a appel etc.) Ce n'est donc pas parce que Villepin a eu cette phrase (s'il l'a eue) qu'elle traduit une culpabilite : elle traduit bien plus certainement, dans le contexte de l'epoque, une analyse politique d'ailleurs facile a faire. Autre chose : il est tres probable que Villepin n'a pas dit que des verites. Ici encore, il faut comprendre qu'il est aussi un homme politique. Un homme politique ferait preuve d'une faiblesse redhibitoire s'il avouait que lors de ses premieres auditions il avait adopte une position "pas tout a fait" fidele a l'exacte verite (le classique : "je ne suis pas concerne", comme l'a fait egalement Chirac, ou encore Alliot-Marie). Sarkozy lui-meme, c'est evident n'a pas non plus dit l'exacte verite le concernant (notamment la date a laquelle il a connu l'affaire)...

  • jdc a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Pourquoi les peines ne sont pas allourdies, doublées par exemple à chaque mensonge avéré ? Sachant qu'ils risqueraient x2, x4, x8 etc..., ils réfléchieraient à deux fois avant de mentir, et ils avoueraient plus vite !

  • andré sillam a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Félicitations pour vos Comptes-rendus très intéressants et compréhensibles malgré la complexité, le nombre des participants ou l'échelonnement dans le temps.

  • ANDRE SILLAM a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • SELON L'ORDONNANCE DE RENVOI EN CORRECTIONNELLE, DOMINIQUE DE VILLEPIN SAVAIT QUE LES LISTINGS ETAIENT FAUX AVANT L'ENVOI DES LETTRES ANONYMES Il suffit de se reporter à l'Ordonnance de renvoi du 17 novembre 2008, rédigée par les juges d'instruction D'Huy et Pons, des prévenus de l'Affaire Clearstream pour se rendre compte que Dominique de Villepin savait, le 14 avril 2004 (et a fortiori le 14 juin 2004) que les listings étaient faux, avant de donner l'ordre à Jean-Louis Gergorin de transmission : - de la première lettre anonyme au juge Van Ruymbeck (qui la reçoit le 3 mai 2004), et, - de la troisième lettre anonyme (reçue le 14 juin 2004) contenant les noms de Stephane Bocsa et de Paul de Nagy (nom du père de Nicolas Sarkozy) : "13 avril 2004 : Le général Rondot reçoit le compte rendu des premières recherches demandées aux services secrets suisses sur la véracité des listings Clearstream. Pour les Helvétiques, ils sont faux." "Le même jour : Le général Rondot rend compte de cette information à Philippe Marland, directeur du cabinet de Michèle Alliot-Marie. Marland donne instruction à Rondot de couper toutes relations avec Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud et de prévenir Dominique de Villepin de la fausseté des listings. Un compte-rendu sera rédigé à Michèle Alliot-Marie dressant le bilan des découvertes de Rondot. Cette note sera adressée à la ministre le 21 avril 2004." "14 avril 2004 : Le général Rondot convoque Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud au ministère de la Défense. Il les informe que les listings sont faux et qu'il soupçonne une opération de désinformation. Gergorin continue à affirmer sa certitude dans la validité des listings." "Entre le 6 et le 14 avril 2004 : Dominique de Villepin donne l'instruction à Jean-Louis Gergorin de transmettre des listings à un juge. Cette réunion est niée par Villepin." "14 avril 2004 : Jean-Louis Gergorin informe Dominique de Villepin qu'aux yeux du général Rondot, les listings sont faux. L?aparté se déroule après une cérémonie de remise de décoration à Gergorin par Villepin." 15 avril 2004 : le juge Van Ruymbeke rencontre l'avocat Thierry de Montbrial. Celui-ci informe le magistrat qu'un haut responsable de l'armement souhaite lui révéler des informations importantes sur le dossier des commissions versées frauduleusement lors de la vente des frégates à Taiwan. Trois rencontres auront ensuite lieu entre le juge et Jean-Louis Gergorin. « Le juge lui demande de rédiger le contenu de ses informations sur une lettre anonyme (sic) ce qui a été fait. J'en détiens la copie », note le général Rondot dans ses carnets. 3 mai 2004 : le juge Van Ruymbeke réceptionne le premier envoi des listings, sans enveloppe. Le document lui a été remis par l'avocat Thierry de Montbrial. 9 juin 2004 : le juge Van Ruymbeke reçoit un deuxième envoi anonyme. Son expéditeur est Bernard Monnot, un homme d'affaire de Lyon proche de Denis Robert. 14 juin 2004 : le juge Van Ruymbeke reçoit un troisième envoi "anonyme". Il lui est adressé par l'avocat Thierry de Montbrial. Dans les documents reçus par le magistrat figurent les noms de Stephane Bocsa et de Paul de Nagy, deux noms renvoyant à Nicolas Sarkozy. Il appartient au Tribunal de faire confirmer les évènements précités (situés entre le 13 avril 2004 et le 14 juin 2004) et, notamment, le contenu de la lettre du Directeur de Cabinet de la Ministre de la Défense Nationale du 21 avril 2004, visés à l'Ordonnance de renvoi en correctionnelle du 17 novembre 2008, pour établir la dénonciation (ou la complicité de dénonciation) calomnieuse.

  • EGIA 'ta LEGE a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • Je répète qu'on ne peut que s'étonner que "PR" ne soit toujours pas cité au procès dans la mesure où c'est lui qui ,de facto, diligentait la ou les enquêtes, avec la collaboration naturelle de DDV : jamais un Général n'aurait passé outre sa hiérarchie s'il n'était convaincu d'agir sur ordre du PR, Chef de armées. Et les notes très précises sur ce point du Gal. RONDOT, montrent bien que DDV agit jusqu'au bout, de conserve ou sur instruction de PR. Quant à l'initiateur du tout début de l'affaire, il est fort à parier qu' on n'en saura jamais plus que sur les bénéficiaires des commissions des frégates . Que de sujets en or pour journalistes d'investigation toutes ces prochaines années .

  • prevalli a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • @andre sillam. L'ordonnance de renvoi est le motif de l'accusation. Cependant Rondot affirme clairement qu'il n'avait en avril que des doutes et non des certitudes. Il ne l'a pas dit directement à DDV. L'ordonnance de renvoi dit que c'est gergorin qui l'a dit "oralement en apparté" (donc sujet à caution) à DDV en insistant sur le fait que lui croyait dur comme fer que les listings etaient vrai. La declaration du patron de la DST Florian montre qu'en juillet, DDV lui demande précipitamment de voir si reellement les listings sont faux. Pourquoi si DDV etait SUR qu'ils étaient faux en avril, aurait t'il demandé précipitamment cela à la DST en juillet? C'est en juillet que Gergorin l'informe personnellement de sa certitude que les listings sont faux.

  • atlas a écrit le 09/10/2009 à 17:41 :

    • les juges ont les mains liees dans cette affaire.Les ventes d armes sont des marches juteux.Les pratiques qui ont cours impliquent l armee les services secrets des nations impliquees les personnalites politiques...et les puissances occultes dont les temoignages ne sont pas relates.

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