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Jean-Pierre Darnis : "En Italie, l'enjeu identitaire européen a aujourd'hui disparu"

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Jean-Pierre Darnis est maître de recherches à l'Istituto Affari Internazionali (IAI) de Rome (http://www.iai.it/index_en.asp) et directeur du mastère en relations franco-italiennes de l'Université de Nice.

JP Darnis

La Tribune - La faiblesse de la campagne électorale en Italie signale -t-elle un affaiblissement de la tradition pro-européenne de l'Italie ?

Jean-Pierre Darnis - Je ne crois pas que l'on puisse l'assimiler à la fin de cette tradition européiste de l'Italie: disons plutôt que la question européenne n'a plus le même poids aujourd'hui que dans les années 1980 et surtout 1990. L'enjeu identitaire européen a aujourd'hui disparu. Avec la recomposition du paysage politique italien à la suite du scandale de corruption "Mains propres" au début des années 1990, l'intégration européenne a servi de légitimation pour procéder, dans un consensus gauche-droite, à de nombreuses réformes comme le contrôle des finances publiques. Ainsi, les privatisations et la modernisation de l'économie ont été réalisées selon les règles du marché commun. Le choix de l'intégration européenne demeure une évidence et ne suscite pas de débat dans la Péninsule.

- Les Italiens ont été un peu refroidis de leur enthousiasme européen des années 1990 ?

- Disons qu'il y a eu un glissement : au début des années 2000, l'Italie a cru à l'ouverture du marché commun européen, par exemple en matière d'énergie électrique, mais a dû ensuite se résoudre à la classique idée de compétition entre pays-membres. L'ouverture italienne a en effet été très vite échaudée par le nationalisme de ses voisins. L'irruption intempestive de "champions nationaux" étrangers dans la Péninsule utilisant cette ouverture, à savoir en premier lieu EDF prenant le contrôle du deuxième électricien transalpin Edison, a amené Rome à chercher surtout à se prémunir de telles stratégies nationales. En conséquence, l'Italie a fini par suivre le modèle français de défense de la nationalité de ses entreprises. Quand Paris a protégé Suez des appétits de l'italien Enel, Rome a plus tard opposé l'italianité de la compagnie Alitalia à Air France-KLM. Italiens et Français ont ensuite enterré la hache de guerre, dans l'énergie notamment, par des accords bilatéraux et non pas dans une logique européenne.

Propos recueillis par Frank Paul Weber à Milan

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