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La Tribune.fr - 29/05/2009 | 13:29 - 2524 mots

Bonjour et bienvenue sur le chat de la Tribune.fr. Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Benoît Hamon, Porte-parole du PS et Député européen qui répondra à toutes vos questions.
Bonjour...
Arnaud D : Comment comptez vous lutter concrètement contre les paradis fiscaux ?
Tout d'abord, le Parlement européen vient d'adopter mon rapport sur la fiscalité de l'épargne qui établit une liste très large de paradis fiscaux, dans et hors de l'Union européenne, et qui inclut notamment les Etats américains du Delaware et du Nevada. La démarche du Parlement européen se distingue de celle du G20, car elle inverse la charge de la preuve et exige des territoires considérés comme
des paradis fiscaux par l'Union européenne qu'ils fassent la démonstration qu'ils sont transparents fiscalement. Mais le principal acquis de ce rapport est le vote de l'abrogation du secret bancaire dans l'Union européenne d'ici à 2014. A mes yeux, c'est le moyen le plus efficace de lutter contre les 200 milliards d'euros de fraude et d'évasion fiscale chaque année dans l'Union européenne.
J'attends maintenant que les grandes déclarations du président de la République française, au lendemain du G20, soient traduites en actes au Conseil. Le Parlement européen a pris ses responsabilités ; nous verrons si Nicolas Sarkozy fait mieux que parler en ce domaine...
magrebien : bonjour comment rapprocher l'europe des citoyens de base
En protégeant mieux les Européens. La principale caractéristique des politiques économiques européennes, c'est la mise en concurrence des systèmes sociaux, des travailleurs et des bases fiscales au sein du marché intérieur. Il en résulte un dumping fiscal et social en Europe qui fragilise les modèles sociaux des pays les plus développés et empêche un progrès rapide dans les nouveaux Etats membres;
Cette politique n'a en outre pas obtrenu le résultat escompté : la croissance européenen reste molle, les salaires sont orientés à la baisse, les protections sont moins nombreuses et les citoyens européens comprennent de moins en moins pourquoi l'Europe les rend vulnérables là où ils attendaient d'elle des protections face à la crise économique internationale...
Arnaud D : Merci pour votre répondre, sinon que vous inspire les clips de campagne des différentes listes ?
J'ai vu les clips des Verts et des socialistes allemands; je les trouve beaucoup plus audacieux, drôles et percutants que les nôtres (en France). Le seul clip, à l'exception de celui des socialistes, que j'ai visionné est celui où la totalité des permanents de l'UMP est réquisitionnée pour participer à un play back de deux minutes avec la voix de Xavier Bertrand. J'ai trouvé ça un peu baroque et, au bout du compte, je me suis aperçu que j'avais passé davantage de temps à observer la mise en scène qu'à écouter le message...
Jean-Michel_Lucas : Quelles sont vos propositions en termes de préférence communautaire ?
Je pense que l'Union européenne doit utiliser les moyens que lui donnent les traités pour lutter contre le dumping social, environnemental et fiscal de pays tiers. Pour cela, elle dispose d'un instrument, le tarif extérieur commun, qui doit être activé chaque fois que nos marchés sont envahis par des biens ou services, produits dans des conditions ou dans un environnement social inacceptables.
Je pense que l'Union européenne doit, en outre, relancer de grands programmes industriels adossés à l'intervention publique des Etats membres. Le "mérite" de la crise est qu'elle a démontré l'absurdité des politiques de concurrence, quand elles sont un obstacle à l'intervention des Etats pour sauvegarder le système bancaire ou relancer la production industrielle...
zachi : Comment expliquez vous que Nicolas Sarkozy suscite tant d'hostilités mais que le parti socialiste qui est son principal opposant soit aussi peu audible... Vous devriez avoir un boulevard...
Avant de devenir des concurrents "sérieux" de Nicolas Sarkozy, nous devons retrouver une crédibilité qui passe d'abord par l'unité de la parole socialiste. L'année 2008 et les divisions qui ont résumé l'expression des socialistes une année durant ont laissé des traces auprès de nos électeurs. Je veux dire à ceux qui considèrent ce scrutin comme neutre politiquement et qui seraient tentés d'infliger une correction au Parti socialsite que, pendant les cinq à venir, la gauche utile au Parlement européen, ce sera le Parti socialiste européen. Pendant les cinq ans à venir, ceux qui disposeront de la force de frappe pour résister aux offensives libérales ou leur opposer une directive sur les services publics ou une directive sur les licenciements boursiers, ce seront encore les socialistes européens. Au Parlement européen, au quotidien, la gauche, c'est nous. Même si je respecte tous les votes, se disperser à gauche, c'est se tromper de cible et faire le jeu de la droite libérale...
Pascal : Bonjour M HAMON.Comment expliquez vous que le PS soit aussi bas dans les sondages, malgré cette grave crise économique ? Ne pensez vous pas que le discours du PS est devenu inaudible : le PS, parti sans leader, est incapable de se positionner comme un parti d'avenir avec un vrai progamme de gouvernement, de centre gauche, ce qu'il est vraiment ?
Au lieu de cela, il laisse croire aux Français que le "socialisme" est encore possible... personne ne le croit plus,et il risque de perdre une nouvelle fois une élection importante.
C'est quand même invraisemblable que vous fassiez le procès du socialisme au moment où le libéralisme nous plonge dans la crise financière, économique et sociale la plus violente depuis cinquante ans. Je n'avais pas compris que c'était l'excès de régulation, de redistribution, de services publics qui était à l'origine du fait que des millions de Français, déjà fragiles ou jusqu'ici protégés,
connaissent le chômage, le déclassement, la précarité ou la ségrégation...
Arnaud D : L'UMP a fait un bide hier lors de son meeting à Lille, est-ce un nouveau tournant de la campagne ?
L'UMP fait des bides depuis le début de la campagne, mais personne n'en parle. On en est encore à commenter le discours de Sarkozy sur l'insécurité là où celui-ci connaît pourtant, sur ce sujet, un échec lamentable. Je rêve du jour où, au vingt heures, on mettra en regard les déclarations du président de la République et son bilan depuis sept ans sur les questions d'insécurité.
Le problème, en France, c'est que le bide de l'UMP, ce sont tous les Français qui le paient...
Fabien : Quelle est votre position concernant l'entrée de la Turquie dans l'Europe Monsieur Hamon ?
Je considère qu'avant même que l 'Europe ne s'élargisse à nouveau, il faut commencer l'harmonisation fiscale et la convergence sociale. Sinon, sans budget européen conséquent, toute nouvelle vague d'adhésion ajoutera au désordre créé par le dernier élargissement, qui n'a jamais été accompagné des moyens budgétaires européens indispensables pour faciliter l'intégration des pays concernés.
Concernant donc la Turquie, la négociation est ouverte avec l'Union européenne dans la perspective d'une adhésion encore assez lointaine. La France de Nicolas Sarkozy, en 2008, a donné son accord à l'ouverture de quatre nouveaux chapitres de négociation avec la Turquie en dépit des déclarations défavorables à Ankara du président de la République à Paris.
Nous, socialistes, sommes clairs : s'il devait y avoir un nouvel élargissement, aux conditions précitées, les exigences à l'égard de la Turquie doivent être les mêmes qu'à l'égard de la Croatie, demain de la Serbie, de la Géorgie ou de l'Ukraine. A cela, nous ajouterions la reconnaissance du génocide arménien et le respect du droit des minorités...
antonia : On a appris ce matin que l'inflation dans la zone euro était tombée à zéro. Craignez-vous que nous basculions dans la déflation comme au Japon ou au contraire que nous repartions en hyperinflation comme le pense Warren Buffet afin de réduire les déficits publics ?
Moi, je crains essentiellement les conséquences des chocs asymétriques dans la zone euro, qui conduisent certains pays, plus fragiles, comme l'Espagne, l'Irlande ou la Grèce, à ne plus pourvoir emprunter sur les marchés pour financer leurs déficits et qui, confrontés à l'impossibilité pour la Banque centrale européenne d'activer la planche à billets, pourraient êter contraints d'abandonner la monnaie unique. Je pense que subsistent des tensions fortes dans la zone euro, que celles-ci sont encore sous-estimées et qu'il serait urgent de donner les moyens à la Banque centrale européenne de faire ce que toute banque centrale fait ailleurs: financer du déficit public...
Jean-Michel_Lucas : Selon vous, quel est le ratio des lois nationales d'inspiration européenne (on parle de 20 à 40 %)? Comment comptez-vous faire évoluer ce chiffre ?
Chaque année, 60 à 70% de la législation française relève d'une transposition de textes européens...
parleurop : Ne vous sentiriez vous pas mieux si vous siégiez au groupe GUE ? Pourquoi ne pas siéger avec eux puisque le PS est à gauche du PSE ?
Je me sentirais bien dans une coalition de gauche qui comprenne le PSE, les Verts et la GUE. Pour que cette coalition existe, il faut que le PSE ait un seul député européen de plus que le PPE et, alors, il lui reviendra l'initiative de bâtir une coalition des gauches européennes. Ainsi, nous ne serons pas contraints de regarder les trains passer et de bâtir, au gré des vents et des tempêtes, de bien piètres digues pour résister aux offensives libérales. Et nous pourrons prendre l'initiative d'une directive cadre sur les services d'intérêt général, d'une augmentation des ressources de l'Europe, d'une politique industrielle européenne, d'une augmentation des objectifs de réduction des gaz à effet de serre immédiate. En bref, un agenda politique radicalement opposé à celui de la Commission
sortante. Mais pour cela, il faut commencer par envoyer le maximum de députés européens socialistes au Parlement européen...
nin0ush : Bonjour, comment prenez-vous le fait que l'UMP ne fasse aucun débat contradictoires avec le PS pour les européennes ?
Comme un aveu. L'UMP redoute cette confrontation. Je n'ai jamais pu obtenir de débattre avec Rachida Dati. Quand nous débattons, l'UMP nous envoie des ministres, mais de candidat aux européennes. Pour la première fois en plusieurs semaines de campagne, demain soir sur France 3, je débattrai avec Michel Barnier, candidat aux européennes pour en réalité ne siéger que quelques jours à Strasbourg et être choisi pour représenter la France à la Commission européenne, au lendemain de l'élection. Belle marque de respect des électeurs ! ...
Amélie : Bonjour ! vous avez critiqué le bilan du gouvernement français au G20 sur les questions des paradis fiscaux, mais que faites-vous de mieux, comme député européen ?
Reportez-vous à la première de mes réponses faites à Arnaud. Si l'influence du président de la République s'arrête aux portes du Duché du Luxembourg, j'ai comme un doute sur sa volonté de lutter véritablement pour la transparence fiscale et pour la transparence financière...
Aminemontpellier : Bonjour Monsieur Hamon, comment expliquez vous que ous voullez changer l'Europe alors que lors de la derniére législature le PSE et le PPE votent la plupart du temps ensemble ? On se chamaille en France pour se rassembler à Bruxelles, ou est la cohérence la dedans ?
Quand je fais adopter un rapport sur l'abrogation du secret bancaire, en avril 2009, je cherche la majorité la plus large, pourquoi ? Parce qu'un rapport voté par tous les groupes pèse davantage lors de l'examen du texte en Conseil que s'il n'était voté que par une majorité simple. N'oublions pas que le Parlement européen est au mieux en codécision avec le Conseil. Il ne suffit pas de faire voter
un texte en plénière, il faut ensuite que ses orientations soient retenues par le Conseil, ce qui justifie la recherche du compromis le plus large. Mais, tous les groupes le savent. D'ailleurs, de janvier 2008 à avril 2009, 21rapports ou résolutions défendus par des députés communistes de la GUE ont été votés en plénière, dont 18 par une majorité allant du PPE aux libéraux en passant par les
socialistes, les Verts et les communistes. 90% des propositions de rapports soumis par le futur groupe de MM. Mélenchon, Besancenot et Mme Buffet ont été votés avec l'accord du PPE ! ...
Amélie : Bonjour ! Les questions sociales et économiques sont importantes mais ne pensez-vous pas que le PS oublie la question environnementale ?
Non, même si ce sujet transpire peut-être un peu moins dans notre campagne. Nous prenons plusieurs engagements : la création de 10 millions d'emplois verts, des engagements puissants en faveur de l'efficacité énergétique (habitat, économies d'énergie, lignes aériennes, réseaux de transports ferroviaires), en faveur du développement des énergies renouvelables ou de l'objectif d'une réduction de 30% des émissions de CO2 d'ici à 2020...
Amane GUERFI / PS : Bonjour camarade !
Amane GUERFI / PS : Amane GUERFI / COMMENT RENFORCER NOS ACTIONS DANS LES DEPARTEMENTS ?
Salut ! Essentiellement en étant actifs et combatifs dans les quartiers, auprès des retraités, des jeunes, des salariés, qui pensent que cette élection ne sert à rien. Dites-leur que, s'ils ne s'intéressent pas à l'Europe, l'Europe libérale, elle, s'intéressera, dès le 8 juin, à eux. A l'ordre du jour des conservateurs, vient désormais la libéralisation des services de santé et donc le démantèlement de l'offre publique de soins en France...
Aminemontpellier : Le ralliment de Royal à la campagne de Aubry n'est-il pas trop tardif et pourquoi n'entendons nous pas Ségoléne Royal s'exprimer plus largement sur l'Europe et les enjeux de cette élection ?
L'essentiel, c'est l'unité. Parlons moins de nous. Consacrons-nous totalement aux problèmes des Français et des Européens et vous verrez que toutes nos difficultés se dissiperont...
julien : Benoît, je suis militant à TOURS pour la liste d'Henri WEBER et Cécile JONATHAN, nous savons bien que notre programme est un vrai programme, mais il est parfois difficile de toucher les gens ... en tant que militant de terrain, sur quels points axeriez-vous votre argumentaire pour prouver en quelques mots que le PS est LA SOLUTION pour l'Europe?
La gauche en Europe, c'est nous. L'Europe sociale, ça passe principalement par un PSE fort au Parlement européen. Le 7 juin, donc, voter social c'est voter socialiste...
nin0ush : Mr Hamon, lorsque l'on voit à quel point l'Europe n'apporte aucune réponse concrète face à la crise, ou du moins aucune réponse assez satisfaisante pour les salariés, les jeunes,... comment faire en sorte que les citoyens se sentent véritablement concernés par ses élections car on voit bien aujourd'hui que la droite n'y a pas vraiment intérêt ? Et comment rendre le PSE plus audible selon vous ?
Aujourd'hui, nous sommes le 29 mai, date anniversaire du "non" français au référendum sur le TCE. Personne, à gauche, n'est propriétaire de ce "non". et je veux affirmer que le seul débouché concret qui existe à ce "non" lors des élections européennes, c'est le vote socialiste parce qu'il est le seul qui peut permettre à un parti de gauche d'être devant la droite européenne. On ne résistera pas à l'Europe libérale en passant d'un très petit groupe de la GUE à un petit groupe de la GUE. On résistera à l'Europe libérale si les socialistes européens ont un député de plus que les députés conservateurs dans l'hémicycle. Je rappelle que les conservateurs britanniques viennent de confirmer qu'ils ne siégeraient plus au PPE. L'objectif est donc à porter de main. C'est pour ça que je vous encourage
à voter en Ile-de-France pour la liste conduite par Harlem Désir, en PACA pour Vincent Peillon, dans le Nord-Ouest pour Gilles Pargneaux, dans l'Est pour Catherine Trautman, dans le SUd-Ouest pour Kader Arif, dans le Centre pour Henri Weber, dans l'Ouest pour Bernadette Vergnaux et, dans les DOM, pour Erika Bareigts...
Merci Benoît Hamon. Le mot de la fin ?
Merci, salut, bon appétit ! ...
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