L'économiste Thomas Piketty s'alarme des projets de Nicolas Sarkozy

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L'économiste proche du PS critique sans concession les propositions du candidat de l'UMP sur le déficit, les prélèvements obligatoires, l'impôt sur les successions, la TVA sociale et les salaires des dirigeants.

L'économiste Thomas Piketty a défendu ce vendredi matin, au siège du PS, le volet économique du programme de Ségolène Royal, qui développe selon lui une approche "pragmatique" et non "idéologique" de l'économie, au contraire de son concurrent de l'UMP. Thomas Piketty a étayé son point de vue à l'aide de plusieurs exemples précis.

A commencer par le déficit budgétaire français, sujet de préoccupation actuel majeur. Ségolène Royal est sur ce point "la seule crédible sur ce sujet", considère l'économiste, puisque qu'elle compte sur les efforts d'investissement et d'innovation pour remédier à terme à ce déficit abyssal. Sa démarche est "rigoureuse et responsable", puisqu'elle cherche à stabiliser les prélèvements obligatoires tout en s'efforçant de réguler des dépenses publiques. De son côté, Nicolas Sarkozy a indiqué que la réduction du déficit n'était pas une priorité, ce qui est "catastrophique, vu ce que coûtent les intérêts de la dette au contribuable français".

L'économiste dénonce par ailleurs les "promesses délirantes" de Nicolas Sarkozy, en particulier sa proposition d'abaisser de quatre points de PIB le taux de prélèvement obligatoire en cinq ans. "Un recul deux fois plus fort en deux fois moins de temps" que ce qu'avait fait Margaret Thatcher. "Ce qui va se passer", prédit-il, c'est la suppression de l'impôt sur les successions, "les moins nocifs pour l'économie", alors que les cotisations sociales vont continuer à augmenter.

La suppression de l'impôt sur les successions, prônée par Nicolas Sarkozy, est incohérente avec son souhait de revaloriser le travail, souligne Thomas Piketty. Alors que "sur 100 euros que dépense un employeur pour un salarié", ce dernier n'en touche que 50, "les patrimoines, qui constituent la deuxième façon de s'enrichir", sont taxés à 13% seulement pour les sommes supérieures à 1 million d'euros, qui représentent moins de 0,3% des successions", explique l'économiste.

Autre aberration, Nicolas Sarkozy souhaite augmenter la TVA "à l'heure ou les Français s'inquiètent pour leur pouvoir d'achat". Enfin, au sujet de la polémique autour des indemnités de Noël Forgeard, le candidat UMP a beau jeu "de faire croire qu'il souhaite légiférer sur les salaires des dirigeants", alors qu'il a "refusé de le faire pendant des années", s'indigne Thomas Piketty.

Interrogé sur la pertinence de la suppression de l'ISF (impôt sur la fortune), l'économiste estime qu'il y a "beaucoup de fantasme sur une hémorragie des patrimoines" et propose éventuellement un aménagement de l'assiette de l'impôt. Par ailleurs, "le contrat de première chance et les emplois tremplins", mesures phares de Ségolène Royal, ne seront certes pas suffisants pour résorber le chômage, mais ce sont "l'investissement dans la formation et la lutte contre l'échec scolaire", ciblée sur la population qui en a le plus besoin, qui le permettront.

Enfin, au sujet de la Banque centrale européenne (BCE), très critiquée aussi bien par Ségolène Royal que par Nicolas Sarkozy, et qui a laissé entrevoir hier une hausse des taux supplémentaire à 4% en juin, Thomas Piketty a déclaré qu'une approche plus équilibrée, moins focalisée sur le risque inflationniste, serait plus adaptée.

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