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Créativité

A bâtons rompus avec Shantanu Narayen (Adobe)

Source : La Tribune.fr - 25/02/2011 | 17:00 - 1214 mots  | 
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Shantanu Narayen est le directeur général d'Adobe. En 2010, l'entreprise a réalisé un chiffre d'affaires de 3,8 milliards de dollars et dégagé un bénéfice net de 774,68 millions de dollars.

 Êtes-vous satisfait de diriger Adobe ?
Certainement, l'entreprise est une icône de l'informatique. Impression, web et contenu vidéo ont de forte chance d'être passés par un des logiciels d'Adobe. Et quand je visite mes clients, ils ont tous le sourire aux lèvres.

Combien de gens utilisent les logiciels d'Adobe dans le monde sans le savoir ?
Tous ceux qui ont un micro-ordinateur peuvent utiliser une solution d'Adobe que cela soit Acrobat Reader ou Flash pour visionner des vidéos. Si vous imprimez un document, vous utilisez notre langage PostScript (pour imprimante). La plupart des gens qui sont conscients d'utiliser Adobe et qui le disent ne connaissent sans doute pas la profondeur de notre offre.

Si un étudiant en économie vous demande ce que fait Adobe, que répondez-vous ?
Que nous changeons le monde avec une expérience numérique. Tout le monde qui publie du contenu, qui le modifie, qui l'améliore, qui le gère et qui l'optimise peut utiliser Adobe.

Au cours des cinq dernières années, qu'elles ont été les étapes clefs d'Adobe ?
Le monde technologique a changé. Considérez le mouvement vers la mobilité et vers le cloud computing. Nous avons racheté Macromedia, nous avons fourni des technologies innovantes pour créer des applications capables de fonctionner sur plusieurs plates-formes mobiles. Nous avons lancé une nouvelle catégorie appelée « customer experience management ». Nous pensons que le marketing numérique va changer la manière de faire de la publicité en ligne.

Allez-vous vendre votre Creative Suite par abonnement de manière à lisser le chiffre d'affaires réalisé sur ce segment de marché ?
Nous changeons en permanence notre business model. À nos débuts, nous commercialisions PostScript (langage pour imprimante) auprès des industriels. Puis nous avons lancé des produits comme Photoshop (retouche photo), InDesign (mise en page pour l'impression et la publication numérique), Illustrator (création graphique et vectorielle). Nous vendons près d'un milliard de dollars de logiciel aux entreprises. Quant à notre Creative Suite, nous avons conduit une expérience en Australie qui permet à l'utilisateur de nous payer un abonnement et de recevoir toutes les améliorations du logiciel. Cela nous permet d'attirer de nouveaux clients sur la plate-forme, notamment ceux qui n'ont besoin du logiciel que pour un temps limité.

Que pensez-vous du phénomène des tablettes et des smartphones ?
Les consommateurs souhaitent accéder à divers contenus et à diverses applications dans n'importe quel endroit. Il s'agit surtout d'un phénomène de mobilité. Comme l'Internet sert à stocker le contenu, on peut le consulter sur des smartphones, des tablettes et même des télévisions. Adobe peut aider à créer du contenu pour différents écrans. Pour les éditeurs de presse, c'est une nouvelle opportunité d'augmenter le chiffre d'affaires généré par le contenu. Avec nos systèmes d'analyse dynamique, nous pouvons aider les éditeurs à monétiser plus facilement leur contenu en attirant les internautes sur leur plate-forme.
La multiplication des écrans est aussi un problème pour les entreprises. Que vous soyez un gouvernement, une banque ou une agence de voyage en ligne, vous devez vous assurer que vos informations pourront être accessibles sur divers écrans. Création de contenu, marketing en ligne et gestion de l'expérience des clients sont des piliers de la croissance à long terme de notre société.

Quelles en sont les perspectives ?
Ces trois marchés représentent un chiffre d'affaires de 10 milliards de dollars. Nous pensons que le marketing en ligne enregistrera une croissance de 20 %. Pareil pour la gestion de l'expérience client. Cette année, Adobe va réaliser un chiffre d'affaires supérieur à 4 milliards de dollars. Acrobat continue à bien performer. Le PDF permet de gérer la signature numérique ou d'archiver des documents. Bref, nous sommes bien diversifiés.

Votre positionnement dans le marketing en ligne est lié à vos acquisitions d'Omniture et, récemment, de Demdex. Quelle est votre stratégie ?
Nous avons toujours voulu aider les gens à créer du contenu. Si on peut aussi les aider à analyser et à optimiser le trafic sur leur site web, c'est parfait. De cette manière, nous pouvons offrir plus de services. Omniture œuvre sur trois segments de marché. Il permet d'améliorer le retour sur investissement des sociétés qui font du marketing en ligne sur Google, Facebook ou LinkedIn pour attirer des clients sur leur site web. Nos outils d'analyse distinguent les campagnes les plus efficaces. Par la suite, nous pouvons aider ces clients potentiels à devenir des clients réels. Nous avons acheté Demdex pour gérer l'audience des sites web et bien connaître les caractéristiques démographiques des visiteurs. De même, nous avons acheté Day pour avoir un bon outil de gestion de contenu.

Pour l'acquisition de Day, vous avez utilisé une société basée au Luxembourg. Etait-ce pour utiliser votre cash parqué en dehors des Etats-Unis ? Et que pensez-vous des propos de John Chambers, le patron de Cisco, de demander la possibilité de rapatrier le cash aux Etats-Unis en franchise d'impôt ?
Pour Day, nous avons effectivement utilisé notre cash en dehors des Etats-Unis. Rapatrier le cash en franchise d'impôt est une bonne idée. Nous dépensons 15 % à 20 % de notre chiffre d'affaires en recherche et développement. On pourrait utiliser notre cash.

Le standard HTML5 qui permet de regarder des vidéos dans un navigateur va arriver d'ici à deux ans. Est-ce une menace ou une opportunité pour Adobe ?
Nous avons toujours soutenu les standards de l'industrie et, quand ils n'existaient pas, nous les avons inventés. HTML5 est un de ces standards. Nous travaillons dessus et cela nous permet de déterminer où nous devons porter nos efforts d'innovation sur Flash. Nous venons de lancer Flash 10.2. Le format vidéo d'HTML5 n'est pas encore fixé mais cela n'est pas grave car notre stratégie est de pouvoir gérer la complexité des différents formats.

Etes-vous satisfait de votre position en Chine et en Asie ?
Je suis satisfait car j'y ai une très bonne part de marché. Cependant, avec le piratage, je n'y gagne pas assez d'argent. C'est dommage car je pourrais réinvestir ces fonds dans la recherche. Cependant, le cloud nous offre de nouvelles opportunités de combattre le piratage. Avec un modèle, « software as a service » (SAAS), nous pouvons mieux contrôler l'utilisation de nos solutions et apporter des améliorations en permanence.

Quelle est la partie la plus difficile de votre travail ?
Le monde change très rapidement et vous ne connaissez pas forcément tout de suite l'impact des décisions stratégiques que vous devez prendre. Mon job se répartit en trois tâches. Travailler avec mon équipe, lui insuffler une vision stratégique et exécuter pour délivrer les résultats financiers.

L'Open Source est-il une menace pour Adode ?
Quand vous délivrez de la valeur, vous trouvez toujours quelqu'un pour vous payer, parfois en rémunérant des services. Nous sommes partisans des standards ouverts et, chaque fois que c'est possible et que cela du sens, nous utilisons nous-même l'Open Source. C'est une partie de l'industrie des technologies de l'information.

La télévision connectée est-elle un nouveau marché ?
Lors du CES 2011, Samsung a présenté son initiative Open TV. Nous permettons à des applications comme AIR de fonctionner sur les télévisions. Tous les mois, 120 petaoctets de vidéo flash sont chargés sur Internet. Maintenant, on peut utiliser les derniers smartphones pour regarder de la télévision en haute définition. Il suffit d'un câble HDMI pour le regarder sur un grand écran. Il y aussi une tendance à regarder une émission de télévision et à surfer sur le web pour chercher des informations. La convergence de tous ces usages est en marche et nous pouvons y participer.

Propos recueillis par Pascal Boulard - 25/02/2011, 17:00  | 
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      par torleif le 26/02/2011 à 17:14

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