Willy Braun, le "Petit prince" du digital

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Willy Braun, un dandy parmi les geek. / DR
Willy Braun, un "dandy" parmi les "geek". / DR (Crédits : DR)
Féru des livres de Saint-Exupéry et amateur de lolcats, ces photos ou vidéos humoristiques de chats, Willy Braun, 26 ans, est le directeur général de l’association France Digitale, qui œuvre pour l’émergence de champions du numérique en France.

À l'instar du Petit Prince de Saint-Exupéry, Willy Braun promène sa curiosité insatiable, son appétit de la « poésie de la vie » et son sourire lumineux dans le monde du digital. Sa devise pourrait être « dessine-moi un champion français du numérique », mais ce jeune homme de 26 ans aux cheveux ébouriffés évoque l'écosystème des start-up en des termes plus scientifiques :

« Depuis quelques années, la biocénose a progressé : les acteurs sont plus nombreux et variés, avec des entrepreneurs aguerris, des jeunes créateurs d'entreprise parmi lesquels des majors de HEC, des investisseurs, etc. Nous travaillons désormais à l'amélioration du biotope en avançant des propositions pour créer un cadre réglementaire favorable à l'émergence d'entreprises de croissance dans le numérique. »

Willy Braun est en effet le directeur général de l'association France Digitale, fondée en 2012 pour structurer l'écosystème des start-up et mener des actions de lobbying auprès des institutions publiques.

« Nous militons notamment pour qu'une partie de l'épargne en assurance-vie puisse être utilisée pour financer des start-up, et pour l'essor de l'actionnariat salarié afin d'attirer les talents internationaux. Nous allons bientôt nous pencher sur les relations entre les banques et les start-up. »

Un "dandy" parmi les "geek"

Portant la cravate et le gilet avec son pantalon de costume dans un milieu où le tee-shirt est la norme, ce gardien intraitable des ordres du jour anime avec discrétion les conseils d'administration de l'association, qui réunissent des pointures du secteur comme Jean-Baptiste Rudelle (cofondateur de Criteo), Olivier Mathiot (cofondateur de PriceMinister), Jean-David Chamboredon (patron du fonds Isai et initiateur de la fronde des Pigeons), Éric Carreel (cofondateur de Withings et Sculpteo), Patrick Robin (PDG de 24h00) ou encore Delphine Villuendas (secrétaire générale de Partech Ventures).

« Willy a un côté caméléon qui rend le travail avec lui très facile, souligne Marie Ekeland, la présidente de France Digitale. Il est capable d'aborder des sujets macroéconomiques en anglais devant la Commission européenne, en ayant à moitié préparé, et le soir même, sur un coin de table d'un pub de Dublin, de rédiger à la hâte et en 140 signes, façon Twitter, les biographies humoristiques et décalées des speakers attendus pour notre prochain événement. »

Mais c'est pour son talent de réseauteur de terrain qu'elle a recruté Willy Braun en septembre 2012 sur les conseils de Marc Rougier, le fondateur toulousain de Scoop It. Cette qualité, Willy Braun l'a affûtée alors qu'il était encore étudiant à l'ESC Toulouse, en organisant les conférences sur les idées disruptives TEDx place du Capitole, et des Startup Weekends, ces hackathons entrepreneuriaux qui consistent à bâtir un business modèle en deux jours.

« J'avais lu un billet sur cet événement né à San Francisco, et un premier Startup Weekend venait d'être organisé en France, à Paris. Nous avons donc organisé une première édition provinciale à Toulouse, avant de monter Startup Weekend France », explique Willy Braun, qui a été mentor lors de ces concours, mais jamais jury, convaincu qu'« on ne peut juger de la réussite d'un projet qu'à travers sa réalisation ».

« Willy a une vision très humaniste. Pour lui, le digital est un moyen de changer le monde », confie Aurore Beugniez, qui a « pitché » en compagnie de Willy Braun sur un projet autour d'un logiciel de gestion de la relation client... devenu MyFeelBack, une start-up classée parmi les 100 plus innovantes de France par l'Electronic Business Group (EBG).

Ce club d'affaires qui regroupe 600 entreprises et fait référence dans le monde du digital a chargé Willy Braun de réaliser l'édition 2013 de « Internet Marketing », sa publication annuelle où sont recensées les meilleures pratiques des agences.

Neila Romdane, responsable des partenariats France chez Yieldify et relais au Royaume-Uni de l'association Medialab Session, a mené ce travail avec lui :

« Willy est un connecteur hors pair, un littéraire toujours de bonne humeur... mais pas très ponctuel. Adepte des lolcats, il tenait à illustrer la couverture de notre livre avec une de ces photos de chat marrantes et il a consacré pas mal de temps à la trouver, ce que la direction avait un peu de mal à comprendre tout en laissant faire. »

À juste titre

« Le livre a reçu un triple coup de coeur de la Fnac, et a été la meilleure vente de sa catégorie sur Amazon », se félicite Willy Braun.

Son expertise en marketing digital a été repérée par Anne Lalou, la directrice de la Web School Factory, qui lui a confié la responsabilité d'élaborer le programme d'enseignement pour l'e-business, et de recruter des intervenants.

« Willy est curieux de tout sans être naïf, et bien ancré dans sa génération. Dans les couloirs, avec son casque sur les oreilles, je pourrais le confondre avec un de mes étudiants. Et quand il m'est arrivé de programmer une réunion à 9h30 un samedi matin, il s'est exclamé : "Alors tant pis pour ma grasse mat' !" Il donne l'impression de ne pas vouloir grandir... tout en menant un vrai travail de fond, avec agilité. »

 « À son arrivée chez France Digitale, il a commencé par ajouter une trentaine de points à la liste de ses missions, qui comptait une cinquantaine d'objectifs », confie Stéphane Contrepois, ancien professeur de marketing, ami de Willy Braun et cofondateur de MyFeelBack.

Travailleur acharné, ce natif d'Auvergne a besoin d'apprivoiser les projets : il ne se lance que s'il est convaincu. Adepte de la sérendipité, il compile sur son blog Broccoli des réflexions sur l'entrepreneuriat, mais aussi sur la danse, la société ou tout autre sujet repéré au gré de ses lectures, à raison de deux ouvrages par semaine.

Mais cet ancien « gamer » qui a passé des heures à jouer aux célèbres jeux vidéo en réseau World of Warcraft et Counter-Strike doit veiller à ne pas se disperser, à hiérarchiser ses priorités. Pour le moment, il se concentre sur le développement de France Digitale, « jusqu'à ce que l'association soit autonome ».

Tout en pensant déjà à la suite...

« Dans deux ans, je ferai sans doute autre chose. Peut-être monter une entreprise, mais pas forcément dans le digital car le rapport au temps dans ce secteur est trop instantané. Diffuser une technologie avec des ressorts marketing, c'est cool, mais il faut aussi se poser la question de la vision du monde véhiculée par son projet.

Le mien sera basé sur le contenu : produire des articles journalistiques couplés à de la recherche, sur le modèle de ce que fait l'Américain Dan Heath, ou élaborer une méthode support à des formations, comme la "lean start-up" d'Eric Ries. »

Stéphane Contrepois n'a pas oublié que Willy Braun avait déjà des projets entrepreneuriaux à la sortie de l'école de commerce, avant qu'il ne rejoigne l'EBG.

« Gérer le quotidien ne l'intéresse guère, mais il sait s'entourer. Et Willy a toujours un coup d'avance. À son âge, il est rare d'être aussi visionnaire. »

Dans le numérique aussi, l'essentiel est invisible pour les yeux.

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>>> MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? : « Contactez-moi par téléphone ou par mail plutôt que via Facebook. Et soyez bref : invitez-moi à prendre un café. Ou venez me rencontrer lors d'un événement France Digitale. Nous en organisons un ou deux par mois. »

Comment l'aborder : Dites-lui que vous avez lu son blog ou son livre. « Mieux encore, parlez-moi de littérature. Si vous êtes lecteur de Saint-Exupéry, c'est un bon point pour vous ! »

À éviter ! « Les gens mous m'agacent. Tout comme ceux qui ne visent que leur propre intérêt plutôt que celui de l'écosystème. »


>>> TIMELINE

  • Avril 1987 Naissance à Clermont-Ferrand
  • Juillet 2010 Startup Weekend à Toulouse
  • Décembre 2011 Responsable Internet Marketing 2013 chez EBG
  • Septembre 2012 Directeur général de France Digitale
  • Juin 2013 Responsable pédagogique e-business de la Web School Factory
  • 2016 Crée son entreprise

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Commentaires
a écrit le 22/02/2014 à 13:38 :
On peut dire "directeur général" pour une association?
Réponse de le 23/02/2014 à 19:51 :
En asso, il me semble que c'est plutot Délégué Général, auquel les pouvoirs et la répresentation du président et des administrateurs dans les affaires courantes sont délégués (mais pas forcément la responsabilité).

Même sigle, et globalement même fonction -> confusion facile ;-)

Cela dit, Directeur Général pour une organisation a but non lucratif ou pour un etablissement public, ca se dit tres souvent, donc j'imagine que oui, on peut ;-)

Corrigez-moi si je me trompe.

PS : Joli article, Willy :-)

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