Guilhem Velvé Casquillas, la galaxie microfluidique

Par Perrine Créquy  |   |  1326  mots
Guilhem Velvé Casquillas, président cofondateur d'Elvesys (Crédits : DR)
À 34 ans, le président cofondateur d'Elvesys construit les instruments pour élaborer les laboratoires sur puces. Il aide aussi ses salariés à créer leurs propres structures pour fonder une « Microfluidic Valley » en France.

De l'immensité au microscopique. Guilhem Velvé Casquillas rêvait de devenir cosmonaute, mais il était trop grand.

« Dès 12 ans, je me passionnais pour l'astrophysique, même si mon niveau en mathématiques ne me permettait pas de comprendre la moitié des livres que je lisais sur ce sujet. À l'adolescence, j'ai dû abandonner cette ambition, car il fallait mesurer moins de 1,80 mètre pour aller dans l'espace », se remémore l'entrepreneur de 34 ans, qui toise deux mètres.

À défaut de télescope, c'est vers le microscope qu'il s'est tourné. Depuis 2011, il développe Elvesys, une entreprise spécialisée dans la fabrication des instruments pour les laboratoires sur puces, ces petits dispositifs électroniques capables de réaliser des analyses chimiques et biologiques, et qui sont des alternatifs à la traditionnelle prise de sang.

« Les laboratoires sur puces permettent un diagnostic fiable, peu coûteux et rapide à partir d'une seule goutte de sang. Nous développons tous les instruments et les technologies nécessaires à leur production, en faisant le lien entre les chercheurs et le marché », explique ce docteur en microfluidique, lauréat du Concours mondial d'innovation, en mars dernier.

Elvesys essaime

Son ambition ne s'arrête pas là : il entend créer la « Microfluidic Valley » en France :

« Nous avons dans notre pays les meilleurs laboratoires de recherche dans ce domaine, et des aides publiques à la création d'entreprise qui font de la France un paradis fiscal en la matière ! »

Pour concevoir cet écosystème spécialisé, il a une méthode : développer la fibre entrepreneuriale de ceux qui l'entourent. Notamment chez ses associés au sein d'Elvesys, qu'il a cofondé avec des amis d'enfance, Adrien Plecis, Lydie Riquier, Maël Le Berre et son frère Mathieu Velvé Casquillas.

« Chaque personne de l'entreprise peut devenir PDG d'une structure de notre consortium, y compris ma secrétaire. »

Elvesys a ainsi essaimé : quatre nouvelles entreprises ont vu le jour au sein du consortium, qui emploie 25 personnes et réalise deux millions d'euros de chiffre d'affaires. Parmi ces nouvelles pousses, Cherry Biotech est présidée par Jérémy Cramer, un ami d'enfance de Guilhem Velvé Casquillas :

« Guilhem a commencé à me parler d'entreprendre il y a dix ans. Nous étions en vacances au bord de la mer Noire, et dans une ambiance très "lounge", il refaisait le monde, abordant les aspects philosophiques mais aussi très concrets de son projet. Il est un rêveur qui exécute parfaitement. »

« J'étais inadapté à l'école, dès le primaire »

Et au sein de Cherry Biotech, dont il est actionnaire, Guilhem Velvé Casquillas troque avec aisance sa casquette de patron pour celle de responsable commercial et marketing, sous les ordres de Jérémy Cramer. Une question de confiance réciproque, selon lui.

« Nous avons fait un pacte à l'âge de 17 ou 18 ans. Nous venions tous du même petit village du Val-d'Oise, et nous nous sommes promis que chacun ferait partager aux autres les belles choses qu'il réalise », confie Guilhem, qui doit à Maël d'avoir repris goût aux études.

Derrière ses airs dilettantes, Guilhem Velvé Casquillas est un bosseur :

« J'étais inadapté à l'école, dès le primaire. Quand Maël m'a parlé de cette école d'ingénieurs, j'ai bachoté pour réussir le concours d'entrée. J'avais remarqué que le responsable des sujets de ce concours était aussi chargé de ceux pour une autre école. Je me suis dit qu'il y avait une forte probabilité pour qu'ils se ressemblent, et j'ai donc passé d'abord l'autre concours, pour m'entraîner. J'avais vu juste »

Maël le Berre, cofondateur d'Elvesys, confie :

« Guilhem sait se donner les moyens de ses ambitions, et s'adapter au besoin. Rien n'est impossible pour lui. Il est un leader, qui sait diffuser sa motivation et entraîner les gens autour de lui »

Pour acquérir les compétences nécessaires à la gestion d'entreprise, Guilhem a suivi la filière Centrale Entrepreneurs, pilotée par Éric Langrognet :

« Guilhem a tous les attributs du cancre génial. Son flegme le rend atypique dans le monde entrepreneurial. Il est un observateur, plein d'originalité et de calme intérieur, toujours à l'écoute. Il est aussi lucide et perspicace, sachant se remettre en question quand cela est utile. Il déteste être dans les clous, interroge sans cesse le cadre. Ce qui lui permet d'innover au-delà de la technologie, aussi dans les modèles économiques et les modes opératoires. »

Après un achat immobilier malheureux, réalisé avec Maël Le Berre et Jérémy Cramer, il choisit de vivre dans une camionnette. Au moment de rédiger sa thèse, il s'installe au Vénézuela pendant trois mois, « pour travailler face à la mer ».

Sortir des sentiers battus lui réussit : il collectionne les prix d'entrepreneurs, comme le Prix La Tribune du jeune entrepreneur, décoché dans la catégorie industrie en 2013, en Île-de-France.

« Nous aimons bien les trophées... et les bourses qui les accompagnent. Mon préféré est celui de la Ville de Paris : c'est un authentique morceau de la Tour Eiffel ! »

Accompagné par le Réseau Entreprendre.

Cyrille Saint-Olive, le directeur général du Réseau Entreprendre Paris, a instruit leur dossier :

« Guilhem a une forte empathie sociale. Malgré la technicité de son projet, il sait se mettre au niveau de ses interlocuteurs. Il a une vision claire, une vraie orientation business, et un optimiste inébranlable. C'est ainsi qu'il a emporté l'adhésion des dix entrepreneurs qui composaient notre comité de sélection. »

Amateur des rythmes chaloupés des danses latines, merengue et salsa en tête, il entend garder le rythme de création d'une nouvelle structure par an au sein du consortium mené par Elvesys. Il a appris que le temps peut jouer contre soi. L'un de ses premiers projets entrepreneuriaux, e-Brumair, consistait à développer une cigarette électronique.

« À l'époque, aucune n'était encore sur le marché. Mais nous avons pris six mois de retard dans le développement, faute de financements. Le temps pour un concurrent de se lancer, et de s'installer comme leader », détaille-t-il.

Depuis, e-Brumair a tenu sa place sur le marché, tranquillement. Mais pas de quoi satisfaire Guilhem Velvé Casquillas. Il voit grand, notamment pour son idée de Microfluidic Valley française. L'un de ses deux prochains projets concernera directement le domaine médical :

« Ce projet est issu de mes travaux de thèse, et me tient à coeur. Il permettra de détecter n'importe quels virus, bactéries et tumeurs en moins de dix minutes et à moindre coût, sans aller à l'hôpital. »

Une idée à laquelle il est très attaché. Il va donc conduire sa réalisation selon sa méthode à succès : les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.

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MODE D'EMPLOI

Où la rencontrer ? : Dans un café, près de l'hôpital Cochin. « C'est plus sympa de se voir dans un bar : on n'a pas l'impression de travailler, même si c'est le cas. »

Comment l'aborder ? Un grand sourire. « Commencez par me dire que vous débordez d'envie de créer une boîte, ou que vous avez un grand rêve. Je vous conseillerai avec plaisir. »

À éviter ! Le pessimisme. « Je fuis les gens qui focalisent sur le revers de la médaille. La vie, c'est comme un paysage où se côtoient une prairie et une décharge. À chacun de porter son regard où il veut. Pour ma part, je débriefe chaque soir de ce qui a été positif dans la journée. »

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TIMELINE

  • Août 1980 Naissance à Domont (Val-d'Oise).
  • 2008 Soutient sa thèse en microfluidique réalisée avec l'ENS Paris et le LPN CNRS.
  • 2010 Termine son post-doctorat en biologie cellulaire à l'Institut Pierre et Marie Curie.
  • Mars 2011 Cofonde Elvesys.
  • 2012 Cofonde e-Brumair.
  • Mars 2014 Elvesys est lauréat du Concours mondial d'innovation.
  • 2014 Cofonde Black Hole Lab et Cherry Biotech.
  • 2017 Fait émerger deux entreprises de plus dont une dans le médical.