« La disruption est une transformation irréversible du capitalisme » (Clayton Christensen)

 |   |  638  mots
Auteur de The innovator's dilemma, cet Américain, professeur à Harvard, est le pape de l'innovation disruptive. / DR
Auteur de The innovator's dilemma, cet Américain, professeur à Harvard, est le pape de l'innovation disruptive. / DR (Crédits : Reuters)
Auteur de The innovator's dilemma, l'Américain Clayton Christensen, professeur à Harvard, est le pape de l'innovation disruptive, qui désigne un changement de concept pour les clients sur un marché.

LA TRIBUNE - Sommes-nous entrés dans une époque disruptive ?

CLAYTON CHRISTENSEN - Oui, bien sûr. Mais elle pourrait, devrait même, l'être encore plus. Beaucoup de gens pensent à la disruption a posteriori, pour justifier ce qu'ils font.

L'innovation disruptive, c'est pourtant avant tout une façon de définir le processus de transformation d'un marché. Elle se manifeste par un accès massif et simple à des produits et services auparavant peu accessibles ou coûteux.

La disruption change un marché non pas avec un meilleur produit - c'est le rôle de l'innovation pure -, mais en l'ouvrant au plus grand nombre.

Jusqu'où cela peut-il aller ?

Personne ne le sait encore. Avec les nouvelles technologies, il y a de plus en plus de place pour les disrupteurs. Mais ce n'est pas seulement un changement technique. C'est surtout une évolution fondamentale du capitalisme.

Depuis vingt ans, la finance a eu pour seule obsession de maximiser le rendement du capital à court terme. L'argent n'est donc pas allé vers les projets les plus risqués. Aujourd'hui, le coût de capital n'a jamais été aussi bas. Le capital abonde et va se diriger désormais vers les projets les plus prometteurs à long terme.

Les fondateurs de Google ou d'Amazon n'ont pas eu besoin de beaucoup de capital pour se lancer et ils ne se sont donc pas préoccupés en premier lieu de leur rentabilité, mais du développement des opportunités de business. Cela leur a permis de devenir en très peu de temps des acteurs dominants.

Le potentiel d'émergence de nouvelles entreprises de ce type est très important. Partout où il existe des activités que l'on peut dématérialiser et « réintermédier », il y a de la place pour de nouveaux modèles économiques.

Beaucoup s'inquiètent du caractère destructeur de cette forme d'innovation, notamment pour l'emploi...

La vision de Schumpeter de l'innovation comme processus de « destruction créatrice » était avant tout descriptive. La causalité n'est pas celle proposée par Schumpeter. Si la destruction l'emporte sur la création, c'est parce que nous n'investissons pas assez de capital dans les innovations disruptives.

Lorsque celles-ci se seront installées, le potentiel de nouveaux emplois dépassera largement le nombre de ceux qui auront été détruits dans les modèles établis. Contrairement à l'idée reçue aujourd'hui, on ne va pas trop vite dans l'innovation, mais trop lentement, au regard du potentiel.

Mais les modèles établis tentent de freiner cette concurrence nouvelle...

C'est naturel, mais en faisant cela, on ne protège pas l'emploi. Si on investit trop de capital dans des activités qui doivent disparaître, on retarde l'apparition de celles qui en créeront. On tente de gagner du temps, mais en réalité, on en perd inutilement.

Prenez le cas d'Uber : ce ne sont pas les taxis qui sont les plus menacés, mais le business du transport par limousine. Pour les taxis, s'ils intègrent ce nouveau service, cette désintermédiation est plutôt une opportunité. Mieux vaut une plus petite part d'un plus gros gâteau qu'un monopole sur un petit.

L'innovation disruptive peut-elle relancer la croissance en panne ?

Oui, mais à condition de ne pas en avoir peur au prétexte qu'il semble à court terme négatif pour les emplois existants. La disruption permet de faire émerger de nouveaux modèles et crée des marchés plus vastes en rendant moins chers et plus accessibles des produits et des services là où il y a des rentes de situation ou des oligopoles non transparents. C'est une transformation fondamentale, radicale et irréversible du système capitaliste. Les disrupteurs sont des innovateurs qui cherchent des solutions aux problèmes qu'ils rencontrent.

____

Pour en savoir plus, le site de Clayton Christensen

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/03/2014 à 13:35 :
La théorie du chaos disruptif pour ceux qui ne savent plus organiser leurs projets de recherche sur le moyen et long terme et qui n'ont plus grand chose a proposer. Pitoyable d'arrogance et de bêtise...mais au moins on sait que l'on va voir de bons sketchs et escroqueries comiques avec ça.
a écrit le 11/03/2014 à 13:47 :
Prise de position claire et encourageante. Seulement, beaucoup du raisonnement repose sur l'assertion " Le capital abonde et va se diriger désormais vers les projets les plus prometteurs à long terme.".

Bien sûr que "le capital abonde", depuis des années, à l'échelle mondiale. Mais depuis quand se dirige-t-il "vers les projets les plus prometteurs à long terme" ? Ne fait-il pas exactement l'inverse ? Préférer le casino, la dissimulation, la protection derrière des rentes ? Les détenteurs de capital ne sont-ils pas conscients que cette bulle mondiale d'actifs risque d'exploser ? L'investissement à long terme demande, d'habitude, plus de sécurité juridique et économique, que l'iconomie ne peut actuellement en apporter.
Réponse de le 29/03/2014 à 10:13 :
Qu'appelez-vous Long Terme ?
25 ans ?
A Wall-Street , le Long Terme , c'est parfois 6 mois.
a écrit le 11/03/2014 à 13:28 :
Le coût du capital n'a jamais été aussi bas.....pourtant il est démontré que plus values + les dividendes ont permis depuis quelques années aux gros détenteurs de capitaux d'augmenter leurs magots de plus en plus vite...le coût du capital c'est ce qu'il rapporte à leurs détenteurs et à contrario ce qu'il coûte à ceux qui rament et n'en ont pas! Il serait souhaitable que l'auteur démontre son affirmation.
a écrit le 11/03/2014 à 11:45 :
Toutes innovations crees de nouveaux marches. le chemin de fer a completement remodeler l'economie.
a écrit le 11/03/2014 à 9:07 :
Tout cela existe déjà et l'on a pas eu besoin d'utiliser de nouveau "mot" pour le percevoir!
a écrit le 11/03/2014 à 8:32 :
uniquement occasionel a la place de certains secteur s'interpretant par une forme de capitalisme mais pour regles generale c'est absurdite de ne pas avoir compris le Capitalisme pour un economiste...!... le vouloir le percevoir l'expliquer et le comprendre est autres choses le Capitalisme est l'art et la maniere a travers le temps de faire des benefices permetant de couvrir avec marges plus ou moins grandes tous les frais d'un pays d'une entreprises et bien d'autres il n'y aura jamais de fin au Capitalisme expression economiques des besoins financier pour fond de roulement pour objectif de chiffres d'affaire et meme pour certains previsionels, pyramidale de prix et de nombre de clients par nature de tous ce qui est a vendre meme pour des produits de la consomations sous tous rapports des couts et competitivites des taxes et frais de mise en services et en vente, toujours pyramidale beignant dans l'inflation deja consequence progressive du capitalisme, le Capitalisme qui est comportementale pour tous les banques les assurance les promoteurs les industriels et tous les services de distributions de tous les supports de creations en plus des tous existant par exemple pour un nouveaux service je pourais mettre mon produit via une politique COMMERCIAL DISRUPTIVE sans faire appele aux circuits traditionel alors l'innondation par le nouveau service ou de produit sans nourir pyramidalement le ou les secteurs en place fonctionnant sur le principe de capitalisation les uns avec les autres de la a parler de remplacer le Capitalisme reste fabulation d'une these a tyson sans charbon sans feux sans resultats et qui pour mieux au long terme disruptive deviendrait apres sont envahisement sectorisation deviendra pyramidale comme par nature comportementale reactif et mise en culture des benefices et mise en capitalisations Le Capitalisme/Capitalisation,0 Social sont outils et Variante irremplacable avec multo options potentiels mais incontournable etc, etc, etc a notre Amour
PerlArcange,0 L'<O>.<O>

La disruption est une transformation irréversible du capitalisme » (Clayton Christen
a écrit le 11/03/2014 à 5:02 :
...de ces papes et gourous intoxiqués au toujours plus qui n'imaginent rien d'autres pour créer des emplois que d'essayer de nous gaver de trucs au mieux inutiles et au pire nuisibles. Si le tri n'est pas fait intelligemment on va finir tous gagateux.
a écrit le 11/03/2014 à 1:11 :
C'est sur on peut en faire des bulles disruptives avec un tel endettement des ménages, des entreprises et des Etats. Ya effectivement beaucoup de capital dans les mains de quelques uns mais les 99,9% des autres sont endettés a près de 4 ou 5 fois leur revenu annuel, alors qui va consommer cette fameuse disruptive technology, les moins 1% qui reste . Alors démocratisation de la consommation ou impasse économique. Roubini pense que le capitalisme a un gros problème et il n'est pas le seul...c'est pas seulement la quantité des biens consommes qui compte, c'est aussi la qualité. Alors quand on voit la faible qualité des biens et des services qui inondent et qui saturent surtout sur le Web, on en reparlera de la disruption.
a écrit le 10/03/2014 à 18:56 :
ça y est...Christensen m'a volé une de mes idées.
Peu importe , son intelligence est inférieure à la mienne , il a trouvé une prémisse , il ne trouvera pas la suite.
Comment peut-on être américain et s'exprimer sur la disruptive Technology sans citer les derniers exemples en date , qui sont , ma foi , assez spectaculaires...? Je reste songeur...
Réponse de le 10/03/2014 à 22:37 :
Tes arguments m'intriguent!
Réponse de le 10/03/2014 à 23:50 :
@ Demain
Le cadre : le capitalisme a muté. Il n'est plus nécessaire de détenir du Capital pour produire du Capital.
Le Capital d'après mutation , ce sont des connaissances très pointues en technologie et en bourse.
On peut produire du capital en bourse de façon quasi linéaire , avec les outils que l'on trouve aux USA. Les rendements sont...indécents. ( Exemple : 30 % de la plus-value capitalistique des ( % des américains les plus riches est venue , en 2013 , de la bourse.
Autres exemples : la 3D l'année dernière , la pile à combustible cette année.
En réalité , la disruptive Technologie est une conséquence de ce grand mouvement séculaire qui est l'accélération des flux. Christensen voit une cause là ou il n'y a qu'un effet. ( Moi , j'ai fait Princeton , et lui Harvard. C'est normal que ce soit lui qui se trompe). :-)
Réponse de le 11/03/2014 à 0:00 :
Au niveau de la croissance , il n'y a pas d'impact. Ce sont des phénomènes à somme nulle. En réalité , ce sont des niches technologiques qui se livrent une bataille. Le plus important , là-dedans , c'est que le Capitalisme global s'impose par la vitesse plus forte qu'il imprime au mouvement général. C'est lui le seul gagnant.
Réponse de le 11/03/2014 à 12:52 :
C'est le QE de Bernanke. Ce qui explique pourquoi il n'y a pas d'inflation malgré les rotatives qui crachent 85 milliars de dollars par mois. Tout ça va en bourse. D'où des portefeuilles qui doublent alors qu'aucune richesse n'est créée. Les riches ont l'air plus riches mais gare à la chute !
Réponse de le 11/03/2014 à 19:00 :
@shangai Kid
Oui , tout ça alimente les marchés financiers et fait monter Wall-Street. C'est une véritable folie. Tesla Motors a pris 700 %. Canadian Solar 900 %. Il y a des titres qui ont monté davantage encore. Cette hausse explique le bond de richesse des 1 % les plus riches.
L'inflation est présentée comme basse par le gouvernement , après traitement. Mais si on enlève le traitement , elle est de 6 %.
La chute , non...les Quantitative Easings ont été calibrés pour produire cet effet. . Facebook , Twitter pourraient tomber , la distribution : Macy's , Wal-Mart baissent , mais le reste grimpe toujours. ;-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :