La Tribune

L'économie numérique comme nouveau relais de croissance : illusion ou solution ?

Michèle Debonneuil
Michèle Debonneuil
par Michèle Debonneuil, inspecteur général des finances, professeur à HEC  |   -  617  mots
Et si, au moment où beaucoup se résignent à la fin de la croissance, nous étions précisément en train d'entrer dans un nouveau cycle de croissance ? Tout autorise à le penser. Maintenant qu'elles permettent aux objets de communiquer grâce à des puces qui y sont intégrées, les technologies numériques présentent enfin tous les éléments techniques qui vont permettre de satisfaire nos besoins tout autrement.

En effet, il est désormais possible de gérer les flux de biens (vélos, voiture, appareils électro-ménagers ou électroniques...) et de personnes, dont la mise à disposition sur les lieux de vie pourra être organisée efficacement. Les biens mis à disposition seront gérés, connectés, remplacés par des personnes qui apporteront leurs compétences, formeront à leur usage et à la conduite à tenir en cas de panne... N'étant plus achetés, ces biens pourront être partagés, permettant un usage économe des matières premières nécessaires pour les fabriquer. Conçus différemment car restant la propriété des entreprises, ils renouvelleront l'industrie des pays développés et seront récupérés totalement.
Ces technologies permettent aussi de procéder à toutes sortes de nouveaux contrôles automatiques et à distance portant soit sur des biens (fermeture du chauffage quand on ouvre la fenêtre, mise en veille de tous les appareils consommateurs de matières premières lorsqu'on part...) soit sur des personnes (repérage de la chute d'une personne seule à son domicile pour lui porter très vite secours, d'un paramètre de santé anormal d'une personne à son domicile qui sinon devrait être à l'hôpital...).
Ainsi est en train d'apparaître une myriade de nouvelles "solutions" qui ne sont ni des biens, ni des services au sens ancien du terme, mais de nouveaux produits qui articuleront des biens et des personnes compétentes et nous permettront d'effectuer, sans effort mental et avec une grande sécurité, toutes sortes d'actes de contrôle ou de surveillance souhaitables mais que nos capacités mentales ne nous permettent pas de faire, ou avec une régularité ou une sécurité suffisante. Ces "solutions" nous apporteront un confort sans précédent tout en créant beaucoup de bons emplois. Les conditions d'une croissance durable semblent de nouveau réunies. Un nouveau cycle de croissance est en vue. Il fera passer d'une économie de "l'avoir plus" à une économie de "l'être mieux".
Certains craindront que cette économie ne permette pas de dégager des gains de productivité aussi importants que ceux enregistrés au milieu du XXe siècle. Il est sûr, en tous cas, que les indicateurs de productivité qui ont été conçus pour rendre compte d'une croissance "en quantité" auront bien du mal à mesurer cette nouvelle croissance "en qualité". Mais surtout le but de cette croissance dans les pays développés est moins d'améliorer la satisfaction des besoins qui le sont déjà largement, que de trouver une façon de le faire :
? qui redonne un emploi plus ou moins qualifié à chacun, intégré dans un projet productif et donc pourvoyeur de gains de pouvoir d'achat, exactement comme le faisait l'industrie jadis.
? qui fait émerger un gain à l'échange avec les pays en développement, le temps que les niveaux de vie convergent. Or, en se spécialisant dans les solutions qui, à partir des mêmes savoir-faire, satisfont les besoins "supérieurs" de consommateurs nantis, les pays développés valorisent leur seul avantage comparatif, qui est d'avoir des populations dont le niveau de vie est supérieur. Les biens, spécifiques qui seront intégrés dans les solutions (un vélib n'est pas un vélo !), renouvelleront l'industrie des pays développés.
? qui permet de passer le plus rapidement possible vers une façon de produire de nature à sauver la planète. Or la croissance du bien-être apportée par les "solutions" rend possible la croissance verte. Ce n'est pas en se donnant pour objectif de produire proprement que l'on y parviendra, c'est en produisant tout autrement pour satisfaire les besoins tout autrement.

Réagir

Commentaires

kakech  a écrit le 13/11/2012 à 11:25 :

en route avec vélib au lieu de vélo vers une nouvelle planète marxiste .