Pourquoi l'éducation bilingue a la cote aux Etats-Unis

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Les élèves bilingues sont meilleures en mathématiques, sciences ou musique que les élèves issus d’un système monolingue. Les situations d’apprentissage dans lesquels ils sont placés précocement permettent à leur cerveau de développer une certaine plasticité et des fonctions exécutives plus développées. | REUTERS
Les élèves bilingues sont meilleures en mathématiques, sciences ou musique que les élèves issus d’un système monolingue. Les situations d’apprentissage dans lesquels ils sont placés précocement permettent à leur cerveau de développer une certaine plasticité et des fonctions exécutives plus développées. | REUTERS (Crédits : reuters.com)
Si l'enseignement bilingue en français à New-York est contesté par de nombreux "french basheurs", le phénomène continue de s'accroître. Explications.

Depuis plusieurs mois à New York, un débat fait rage entre les partisans de la présence d'école publique offrant une éducation en français et ses détracteurs.

L'article de John McWhorter à propos des programmes bilingues de la ville de New York remettait en cause la  pertinence du français dans l'éducation publique, répondant ainsi à un article du New York times sur leur essor récent. Cet article polémique critiquait le choix du français pour une immersion linguistique. Trop orienté, l'article manquait certainement de recul et passait à côté de deux avantage de l'éducation bilingue : former des élèves plus efficaces en termes de connaissances, capacités et attitudes, mais aussi leur offrir une éducation interculturelle et ouverte sur le monde. Dans ce cadre, le français fait office de langue de choix

Le français reste une langue essentielle dans le monde

Le français reste dans le monde une langue de premier plan. D'ailleurs, un article récent répondait à la polémique de Whorter et avançait que le langage du futur serait le français (en raison de la dynamique démographique de ses locuteurs) tandis qu'une synthèse du Pr. Richard Shryrock de Virginia Tech rappelait en 2011 que le français était avec l'anglais la seule langue pouvant être utile dans le monde entier et non seulement dans certaines régions.

Ces données, en plus du prestige de la langue et de la culture française, mais aussi le statut de langue de travail officiel du français auprès de grandes organisations internationales, expliquent que notre langue se développe aux Etats-Unis. En Californie, où trouve également de plus en plus d'écoles publiques d'immersion française comme dans les villes de Glendale ou de Santa Rosa, et ce malgré l'essor de l'enseignement bilingue espagnol et mandarin dans cet Etat. Bien sûr, la présence de plus en plus importante de Français et de francophones établis à l'étranger peut accentuer la demande pour un enseignement d'immersion française dans un certain nombre de systèmes d'éducation publics locaux.

Cet essor pour l'enseignement bilingue en français est néanmoins assez récent aux Etats-Unis. En effet, bien que les premières expériences d'éducation bilingue contemporaines soient apparues dans les années 1960 au Canada,  suivi un peu après des premiers établissements privés bilingues aux Etats-Unis (comme le Lycée International de Boston, crée en 1962), l'essor d'un enseignement bilingue public est plus récent. Malgré des tentatives éparses dès le XIXe siècle (en allemand notamment), l'éducation publique bilingue a mis longtemps à se développer en raison de la volonté des Etats de garder l'anglais comme langue dominante dans un contexte où cette dernière n'est pas langue officielle (dans un pays d'immigration composé de nombreux individus multilingues).

Commencé en Floride dans l'école élémentaire de Dade County dans les années 1960, puis poursuivi  au Texas dans les années 1970 (avec une éducation bilingue anglo-espagnole) dans les districts scolaires de San Felipe et Del Rio, l'éducation bilingue publique aux Etats-Unis s'est depuis largement développée - avec de larges débats - pour finalement toucher l'enseignement du français. Celui-ci existait depuis longtemps en Louisiane mais il concerne dorénavant des régions des Etats-Unis où le français n'a pas d'attache « historique ».

 

Les nombreux atouts de l'enseignement bilingue

L'essor de l'enseignement bilingue ne s'explique pas que par des facteurs culturels, mais aussi en raison de ses partis-pris pédagogiques. Une école bilingue est une école dans laquelle des disciplines non linguistiques sont enseignées en deux langues (généralement la langue maternelle de l'élève - mais pas toujours - et une langue seconde). Les répartitions horaires entre les deux langues peuvent varier et différents modèles existent, allant de l'immersion quasi totale à des dispositifs dans lesquels le temps d'exposition aux deux langues est égal.

L'intérêt de cette démarche est d'ordre linguistique - on apprend mieux une langue en s'en servant pour apprendre autre chose que cette langue - mais pas seulement. Un enseignement en deux langues conduit aussi à améliorer les compétences cognitives de l'apprenant et, bien sûr, les connaissances d'ordre méthodologique et scientifique dans le champ de la discipline concernée.

 

Des élèves aussi bons... 

Longtemps décrié, les bénéfices de l'enseignement bilingue ne sont ainsi aujourd'hui plus à prouver : un certain consensus au niveau de la recherche a émergé depuis quelques années et montre que non seulement au bout de leur scolarité les élèves bilingues ne fonctionnent pas moins bien que les élèves monolingues dans leur langue maternelle, mais qu'en plus ils sont meilleurs dans de nombreuses autres disciplines.

Par exemple, les travaux du Pr. Genesee de l'université de Mc Gill (Canada) prouvent qu'il n'y a pas de différence entre des élèves suivant une scolarité bilingue et ceux en système monolingue au bout de leur scolarité sur les quatre compétences langagières touchant aux fonctions du écouter, lire, écrire et parler.

 

...voire meilleurs 

Au niveau des autres matières, ces travaux prouvent que les élèves bilingues sont meilleures en mathématiques, sciences ou musique que les élèves issus d'un système monolingue. Ces élèves ne sont pas plus intelligents que les autres, mais les situations d'apprentissage dans lesquels ils sont placés précocement permettent à leur cerveau de développer une certaine plasticité et des fonctions exécutives plus développées.

Ceci améliore leurs résultats dans des matières ou champs non linguistiques. Bien sûr, être un élève dans une école bilingue permet aussi de voir le monde de différentes façons et de disposer de meilleures opportunités professionnelles. Dans un monde globalisé, les recruteurs valorisent en effet de plus en plus les parcours des individus multilingues et multiculturels.

 

S'inspirer de l'enseignement bilingue 

D'abord, il convient de noter l'essor récent des établissements bilingues privés en France. Paris a vu par exemple leur nombre plus que doubler en très peu d'années.

Mais surtout, à  l'heure où la construction européenne piétine, où les Français sont de plus en plus inquiets face à la mondialisation, et dans le cadre de la refondation de l'école et des résultats mitigés de la France dans les grands classements internationaux (que ce soit au primaire, secondaire ou dans le supérieur) peut être pourrions-nous regarder ce qui se fait outre-Atlantique en matière d'enseignement bilingue et nous en inspirer ?

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Commentaires
a écrit le 25/04/2014 à 8:46 :
Ils feraient mieux d apprendre l espagnol...futur langue aux USA....et une partie du monde
a écrit le 24/04/2014 à 14:00 :
New-York c'est le Marseille des USA où les américains se dénombrent sur les doigts d'une seule main...
Réponse de le 30/04/2014 à 2:33 :
Encore un jaloux de notre sublime ville.
Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle?
Le teint de peau ne définit pas la nationalité d'une personne.
a écrit le 24/04/2014 à 7:43 :
Bonjour, très bon article sur un enseignement qui existe aussi en France si on se donne la peine de sortir de Paris intramuros et surtout dispensé dans des écoles publiques ! En Alsace, l'option bilangues français-allemand est offerte dans de nombreuses écoles dès la 1ère année de maternelle pour aboutir à un "Abibac", équivalence Bac/Abitur (bas allemand) au lycée. Ni privilège juste une très bonne opportunité pour nos enfants et surtout, ça marche !
a écrit le 23/04/2014 à 17:06 :
Ce qui semble étrange, à écouter des américains, c'est qu'il semble que pour une grande part d'entre eux l'espagnol semble une sorte de sous-langue, langue des pauvres, des domestiques, et qu'il ne faut donc absolument pas s'y frotter, et même l'ignorer.
Alors que nous, quand on regarde sur une carte du monde la superficie des langues, l'espagnol semble une bonne seconde langue( au même titre que le russe ou le mandarin), et que le français, même si c'est une langue mondiale, colle trop à l'aire géographique de l'anglais pour être vraiment utile, là où on parle français on parle aussi anglais. Aux états-unis vous aurez remarqué que le français est une langue considérée comme élitiste, bien des riches donnent même des prénoms français à leurs enfants, et en politique, connaitre le français est très mal vu, considéré presque comme une tare signifiant qu'on méprise le peuple de base( John Kerry aurait perdu l'élection présidentielle uniquement pare qu'il est francophone).
Le français a un avantage certain, c'est la façon de penser qu'il induit, différente de l'anglais. Il peut y avoir des milliers de langues et dialectes dans le monde mais une poignée de façon d'organiser sa pensée.
Quand au mandarin il faut certainement l'apprendre bien tôt, sachant que la moindre variation de ton modifie totalement le mot( des mots n'ayant aucun rapport entre eux en plus), j'ai trouvé cela bien trop compliqué, presque absurde.
Quelles sont les langues pouvant avoir une utilité ?
Espéranto, Anglais, Français, Mandarin, Russe, Arabe, Portugais, Allemand, Indonésien, Swahili, Hindi, Turc, Japonais, Persan, Coréen, Thaï, Italien.
évidemment, si tout le monde apprenait l'espéranto, il n'y aurait qu'une seule langue à connaitre, une langue commune, et on arrêterait tous ces programmes couteux de concurrence entre pays pour promouvoir sa propre langue.
Réponse de le 24/04/2014 à 11:02 :
Ce qui semble étrange, à écouter des américains, c'est qu'il semble que pour une grande part d'entre eux l'espagnol semble une sorte de sous-langue, langue des pauvres, des domestiques, et qu'il ne faut donc absolument pas s'y frotter, et même l'ignorer.
J’aurais plutôt tendance à dire que pour une grande part d’entre eux, l’espagnol est leur langue maternelle, pour d’autres, une langue plus utilitaire. De là à parler de sous-langue…

Alors que nous, quand on regarde sur une carte du monde la superficie des langues, l'espagnol semble une bonne seconde langue( au même titre que le russe ou le mandarin), et que le français, même si c'est une langue mondiale, colle trop à l'aire géographique de l'anglais pour être vraiment utile, là où on parle français on parle aussi anglais. Aux états-unis vous aurez remarqué que le français est une langue considérée comme élitiste, bien des riches donnent même des prénoms français à leurs enfants, et en politique, connaitre le français est très mal vu, considéré presque comme une tare signifiant qu'on méprise le peuple de base( John Kerry aurait perdu l'élection présidentielle uniquement pare qu'il est francophone).
Même en dehors des Etats-Unis, le français est enseigné un peu à la manière dont le latin ou le grec ancien peut être enseigné en France : c’est du bonus, sans réelle connexion au quotidien. Et il est vrai que ce sont plutôt les milieux aisés qui prennent le temps pour de telles matières. Sans aller jusqu’au Etats-Unis, il suffit d’aller en Belgique où, par exemple, où des villes plus huppées comme Bruges sont bien plus francophones que des villes comme Gand ou Anvers. Quant à la défaite de Kerry parce qu’il parle français…

Le français a un avantage certain, c'est la façon de penser qu'il induit, différente de l'anglais. Il peut y avoir des milliers de langues et dialectes dans le monde mais une poignée de façon d'organiser sa pensée.
En quoi le français induit une manière différente de penser, du moins, plus différente que n’importe quelle autre langue ?!

Quand au mandarin il faut certainement l'apprendre bien tôt, sachant que la moindre variation de ton modifie totalement le mot( des mots n'ayant aucun rapport entre eux en plus), j'ai trouvé cela bien trop compliqué, presque absurde.
Assez ahurissant… En quoi est-ce plus absurde que d’avoir des conjugaisons avec de multiples déclinaisons en fonction du temps et de la personne ? En quoi est-ce plus absurde que d’avoir des mots communs avec un genre masculin/féminin voire neutre dans certaines autres langues ? C’est étonnant de vanter la « manière différente de penser » du français par rapport à l’anglais, alors que ces langues sont finalement très proches, et, là où les langues sont suffisamment différentes pour justifier une autre manière de réfléchir, trouver ça trop compliqué et absurde.

Quelles sont les langues pouvant avoir une utilité ?
Espéranto, Anglais, Français, Mandarin, Russe, Arabe, Portugais, Allemand, Indonésien, Swahili, Hindi, Turc, Japonais, Persan, Coréen, Thaï, Italien.
évidemment, si tout le monde apprenait l'espéranto, il n'y aurait qu'une seule langue à connaitre, une langue commune, et on arrêterait tous ces programmes couteux de concurrence entre pays pour promouvoir sa propre langue.
Il n’y a déjà qu’une langue à connaitre, vers laquelle tout le monde ayant les moyens d’apprendre une seconde langue se dirigent, parlée massivement par des milliards d’individus, c’est l’anglais. C’est une langue difficile, certes, qui permet de s’exprimer facilement, et qui plus est, belle et riche en histoire. Dommage de l’éclipser, en promouvant l’espéranto…
Réponse de le 24/04/2014 à 16:44 :
Désolé mais c'est mon avis pour le Mandarin, pour moi ce qui s'écrit doit être la même chose à l'oral, et des mots très différent de sens s'écrivant pourtant à l'identique cela m'est insupportable et c'est pour cela que l'espéranto s'apprend si facilement, car à chaque syllabe il y a un son, ce qui est écrit est ce qui est dit.
Le Mandarin est une langue qui force le cerveau à perdre son temps à essayer de comprendre ce que l'autre locuteur a essayé de dire, pas signifié, juste dire, comme s'il avait un très mauvais accent. Je ne connais pas l'évolution du Mandarin dans l'histoire mais il serait logique que ce soit une adaptation pour éviter le trop grand nombre d'idéogrammes à connaitre, le même mot donnant ainsi un sens différent selon des contextes éloignés, ce qui limite aussi l'évolution de cette langue pour de nouveaux mots.
Pour la différence anglais/français, tous les élèves la connaissent, l'anglais est une langue d'action( je dis ce que je fais et je fais ce que je dis-> ce qui pousse à agir), alors que le français est une langue de théorie( je dis ce que je pense, et je pense ce que je dis-> ce qui pousse à théoriser); certains vont même jusqu'à dire que le capitalisme moderne est le fruit de la langue anglaise, les 2 allant de pair et la recherche de perfectionnisme en france( comme la société idéale) provient aussi de sa langue.
Réponse de le 25/04/2014 à 0:29 :
En mandarin, 2 mots ayant la même "prononciation", mais pas le même ton s'écrivent différemment, contrairement à ce que vous dites. Le chinois ne se base pas sur un alphabet, ce qui revient à apprendre une langue parlée, et une langue écrite. Personnellement, je trouve le système d'écriture bien plus intéressant que notre alphabet, qui semble bien utilitaire comparé à l'assemblement de concepts que sont les idéogrammes chinois.
À y regarder de plus près, seul l'allemand a une graphie identique au parler, mais je m'avance sûrement. En partant d'un mot entendu, ça me parait bien compliqué d'en déduire l'orthographe en français, et encore plus en anglais...
Quant à la langue parlée, dans l'absolu, je ne vois toujours pas en quoi le fait d'utiliser des tons différents à l'oral serait plus compliqué ou illogique que d'avoir à comprendre ce que telle ou telle conjugaison d'un verbe implique par exemple.
Ceci dit, avez-vous des exemples concrets concernant la différence français/anglais par rapport à l'action et la théorie ?
En tant que passionné de langues, cette réponse m'intéresse particulièrement !
a écrit le 23/04/2014 à 16:31 :
Vu la population hispanisante aux USA, pourquoi le français plutôt que l'espagnol? Bizarre.

> Les élèves bilingues sont meilleures en mathématiques, sciences ou musique que les élèves issus d’un système monolingue

Gros bias statistique : les parents qui peuvent envoyer leurs enfants dans les très rares écoles bilingues sont privilégiés; on ne sait donc pas si c'est le fait de venir de suivre un enseignement bilingue ou, plus simplement, de venir d'une famille privilégiée, qui explique ces meilleurs résultats scolaires.
a écrit le 23/04/2014 à 15:38 :
Vu l'etendue de la nouvelle francea son apogee, quoi de plus normal que les gens veuillent apprendre la langue de leurs ancetres ?
a écrit le 23/04/2014 à 10:59 :
Mais pourquoi choisir le français au lieu du chinois, de l'allemand ou du portugais ?
a écrit le 23/04/2014 à 7:38 :
Un article sur la langue francaise plein de fautes d'orthographe... Dommage
a écrit le 23/04/2014 à 7:27 :
Il n'est pas nécessaire d'aller outre atlantique pour apprécier les résultats du bilinguisme. Il suffit d'aller en Alsace pour le constater.
a écrit le 23/04/2014 à 2:08 :
Le bilinguisme fait aussi ses preuves en France... en Bretagne, les résultats sont là pour les enfants parlant breton et français. Ce n'est pas une histoire d'utilité ou non d'une langue (c'est un autre débat), mais une ouverture qui apporte des facilités d'apprentissages tout le long du cursus scolaire...
a écrit le 22/04/2014 à 20:09 :
Même si apprendre le français ne me semble pas être une mauvaise idée (le français sera la langue la plus parlée dans le monde en 2050), je ne vois pas en quoi le bilinguisme total et obligatoire au niveau du secondaire va aider les américains dans leur vie quotidienne.
Il vaudrait bien mieux pour eux apprendre l'espagnol qui est devenue la langue dominante dans plusieurs états du sud.
a écrit le 22/04/2014 à 20:07 :
En fait c'est plutôt l'enseignement trilingue qu'il faut pousser. Comme celui de ma petite-fille,
établie à Miami, qui est parfaitement trilingue à 10 ans. Elle a appris l'Espagnol avec sa mère,
d'origine Equatorienne, le Français avec son père (mon fils) et l'Anglais avec son environnement scolaire. Elle s'est lancée récemment dans le Chinois, après avoir vite
acquis le Portugais avec une copine Brésilienne.
a écrit le 22/04/2014 à 16:55 :
Long life to the French touch !

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