Le "paradis numérique" existe, et on peut le voir de la Ligne C du RER

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Siège de Microsoft France à Issy les Moulineaux. / DR
Siège de Microsoft France à Issy les Moulineaux. / DR (Crédits : Reuters)
Infrastructures, emplois, services… et 500.000 habitants interconnectés. Une véritable cité digitale est en train de naître dans le sud-ouest parisien. Son défi : inventer les futurs usages des nouvelles technologies.

La ville numérique existe. Elle est sur la ligne C du RER et s'appelle GPSO (pour Grand Paris Seine Ouest). Cette communauté d'agglomération du sud-ouest parisien comptera, le 1er janvier 2014, 500.000 habitants, tous connectés au même réseau. Et il s'agit bien de la première cité numérique, sanctifiée par un contrat de développement territorial.

À GPSO, non seulement 38% des emplois relèvent du secteur numérique (au total 61.661 emplois sur les 8 communes actuelles), mais l'innovation est perpétuelle avec, pour 2014, le lancement de Smart City +, une plateforme de services d'hyperproximité qui va rassembler toutes les données numériques du territoire et auxquelles les citoyens de GPSO pourront accéder gratuitement.

Tout habitant géolocalisé pourra disposer des informations dont il a besoin, en fonction du lieu où il se trouve

Pour Nils Aziosmanoff, qui a fondé le premier centre de création numérique (Le Cube, à Issy-les-Moulineaux) et qui est à l'origine du projet, « les plateformes des Big Players sont assez éloignées des besoins des citoyens et de leurs usages ».

Dans les possibilités qu'offre le numérique, il y a, par exemple, de mettre ses talents au service de ses voisins, d'organiser un achat groupé dans le quartier, de trouver un covoiturage express, de participer à une réflexion citoyenne, de proposer un emploi d'hyperproximité, etc.

« Le numérique doit favoriser les dynamiques d'interaction sociale et d'intercréativité dans les domaines de la culture, de l'éducation, de l'économie, de la solidarité et des initiatives citoyennes », explique encore Nils Aziosmanoff.

À GPSO, privé et public - entreprises grandes et petites, collectivités grandes et petites, services publics, commerces, culture… - se sont pour une fois associés et ont mis toutes leurs données sur la table. Tout ce qui était numérisable et potentiellement utile a été agrégé dans Smart City +.

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Source : Direction du développement de GPSO

Issy-les-MoulIneaux, fer de lance digital des Hauts-de-SeIne

La plateforme sera accessible en mars 2014. Les 500.000 habitants pourront alors commencer à intégrer leurs données et alimenter le réseau. En juillet, tout sera opérationnel. Mais ce démarrage fait figure de plongeon dans l'inconnu.

Pour Olivier Picard, partner chez Altran et responsable technique du projet, « Smart City + doit fournir des services d'hyperproximité, mais le problème est que, pour l'instant, les citoyens ne savent pas ce qu'ils peuvent en attendre et que cela nous a obligés à travailler sur des modèles un peu théoriques. Ce type de réseau n'existe nulle part et ses usages se préciseront quand il sera ouvert, pas avant. D'ici là, nous devons trouver les systèmes les plus simples, les plus intuitifs, les plus évidents pour que chacun puisse s'en servir. »

Il faut dire que l'aventure technologique, on y est habitué à Issy-les-Moulineaux. Depuis plus 10 ans, le député-maire André Santini, qui pourtant ne peut pas être confondu avec un geek, a toujours été, comme le dit Nils Aziosmanoff, « tout schuss sur le numérique ».

L'élu des Hauts-de-Seine n'a qu'une certitude :

« Dans notre monde global, jamais la proximité, l'hyperproximité n'ont été aussi désirées. La technologie pour la technologie, ce n'est pas ce que veut le citoyen. »

Des propos confirmés par Nils Aziosmanoff, qui ajoute :

« GPSO est l'un des territoires les plus concentrés d'Europe, il est bourré d'entreprises, il est riche, il a des infrastructures formidables. Il n'a donc pas le droit de se louper pour la suite. Tout cela ne sert en effet à rien si nous ratons la marche suivante, celle des usages. La seule question pour la cité numérique est celle de l'innovation sociale et culturelle. »

Le cofondateur du Cube avoue d'ailleurs avoir pris une baffe en lisant Un million de révolutions tranquilles, le livre de Bénédicte Manier :

« Cette journaliste est allée partout dans le monde voir des initiatives alternatives qui fonctionnent, dont certaines depuis des années. Je n'en connaissais quasiment aucune. Et je suis sûr que je ne suis pas le seul. Pourtant, depuis deux ans, je croyais qu'on était bons au Cube en travaillant sur des idées économiques alternatives. Mais là, j'ai découvert ce qu'il se passait ailleurs.

Le numérique a un véritable sens car il peut faire connaître, valoriser et agréger des communautés d'intérêts. C'est un peu l'idée de Smart City +. Pourquoi le crowd intéresse-t-il autant les gens ? Parce ce que c'est du lien au travers de choses très concrètes. »

« So Digital, pour amener tout le monde aux réseaux »

L'un des objectifs de Nils Aziosmanoff est de faire émerger des Mooc (ces cours en ligne interactifs) citoyens sur Smart City +.

Jean-Jacques Guillet, le député-maire UMP de Chaville, en charge du numérique pour GPSO, est sur la même ligne :

« Il n'y a pas encore de demande exprimée de la population, mais c'est latent. La fonction du numérique, c'est le service et l'interaction sociale. Cela pourrait être des choses très simples, comme des offres d'emplois géolocalisées, des voisins de confiance pour assurer votre sécurité ou des Mooc citoyens. C'est aussi la mise en réseau des entreprises. Nous en avons de très grosses, des moyennes et des petites.

Le challenge est de piloter tout cela, car ce n'est pas parce que tout est numérique que la culture et l'envie de travailler en réseau sont les mêmes. Microsoft, Bouygues, Canal+ ou SFR n'ont pas la même culture. Entre les ingénieurs, l'esprit Silicon Valley ou les médias, cela ne fonctionne pas pareil. Nous avons créé une agence, So Digital, pour amener tout le monde aux réseaux. »

Jean-Jacques Guillet sait par exemple que le métier du numérique le plus représenté sur le territoire n'est pas forcément le plus « communicant » : 10.923 ingénieurs et cadres études et R&D en informatique en novembre 2013 sur GPSO.

À cela s'ajoutent des ingénieurs télécoms, des responsables informatiques, une flopée de techniciens de production, de maintenance, d'exploitation, etc. Et le flux augmente car les entreprises recrutent en permanence (GPSO manque de consultants nouveaux médias, de développeurs Web…). Mais d'autres professions s'annoncent déjà et le territoire change.

Du coup, GPSO - démarche rare pour une collectivité locale - lance des études prospectives sur les emplois du numérique de demain et a déjà isolé ceux de 2015 : les spécialistes de la convergence énergie et numérique sont donc invités à se faire connaître, de même que les spécialistes du big ou de l'open data, mais aussi les fins connaisseurs de la robotique.

En revanche, les spécialistes de l'Internet des objets ne trouveront pas les portes grandes ouvertes, GPSO a semble-t-il fait le plein.

Les études seront encore plus précises avec le renforcement des liens entre les grands comptes et les PME qui améliorera aussi la fluidité des recrutements et la mobilité interentreprises. Au sein d'un pôle de compétence numérique ad hoc, de Microsoft à Pôle Emploi, tout le monde va désormais s'employer à construire une gestion prévisionnelle territorialisée des emplois et des compétences du numérique.

Nils Aziosmanoff réfléchit même à aller encore plus loin : il souhaite à l'intérieur même de Smart City + un système qui ne réduise pas une personne à son CV mais qui valorise ses compétences. Il va vraisemblablement travailler avec Michel Authier, le mathématicien et philosophe qui a inventé le concept d'arbre de compétences et très sensiblement fait évoluer dans les entreprises la compréhension de leurs besoins en compétences. Une petite révolution dans la recherche d'emploi.

« Quelques Big Players nous regardent et nous savons que nous allons encore évoluer, conclut Nils Aziosmanoff, mais il ne faudra jamais changer notre bon positionnement sur l'innovation sociale. »

 

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Commentaires
a écrit le 22/02/2014 à 23:54 :
encore un moyen supplémentaire pour nous fliquer en nous vendant un truc soi-disant pratique, qui est surtout inutile et permet de nous lobotomiser un peu plus.
Réponse de le 27/03/2014 à 19:18 :
Aucune obligation d'achat, on peut même aller vivre dans une grotte et vivre à l'ancienne si on le souhaite, alors où est le pb??
a écrit le 18/02/2014 à 8:46 :
Les voyageurs de la ligne C du RER voudraient, si cela est possible en France,des trains plus propres et plus réguliers. Mettre egalement l'accent aussi sur la sécurité dans les gares et dans les trains.
Ça nous fait une belle jambe d'avoir un super machin numérique quand tu risques ta vie à prendre un simple moyen de transport. En somme, la vie réelle des citoyens ordinaires versus la vision numerique extraordinaire de nos élus à 100000 lieux des veritables besoins.
Réponse de le 18/02/2014 à 10:55 :
c'est bien le sujet de cette "expérimentation"... faire du numérique un moyen et pas une fin en soi.....et pouvoir partager la connaissance au plus près de l'utilisateur...... c'est aussi valable pour les transports.....
Réponse de le 18/02/2014 à 20:03 :
Et pendant ce temps là... un nouvel emploi & domicile dans un autre département et il faudra fournir force copies de bulletins de salaires et formulaires administratifs...

A quand un portail unique de gestion de sa vie administrative (impôts, secu, caf, retraites,...)?

Non, c'est plus simple de financer des gadgets coûteux qui on peut le parier, ne se développeront jamais au delà de l'expérimental.

N'y aurait il pas des histoires de gros chèques vers quelques poches "amies" qui savent proposer des projets flatteurs pour nos "élus"?
Quelle usine à gaz pour gagner une bagatelle au regard de ce qui devrait être la priorité 1: simplifier la vie du plus grand nombre avec les impôts payés par ces mêmes citoyens!!!

On est encore dans un mode de pensée moyenâgeuse alors qu'on pourrait faire tant de choses utiles avec les technologies actuelles...
Réponse de le 28/02/2014 à 17:03 :
Commentaire hors sujet. Article probablement non lu. Fermez la !

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