« Le Grand Paris doit, en priorité, se doter d’un projet »

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(Crédits : DR)
Emmanuel de la Masselière dirige la stratégie de développement de Plaine de France et ne souhaite pas que la métropole se réduise à une gestion des politiques publiques. Les territoires dotés d’un projet s’en sortent, pas forcément les autres.

« On gagnerait à se doter d'un projet. La Métropole du Grand Paris se crée mais ne sait toujours pas ce qu'elle aimerait dire au monde. Paris et maintenant la métropole du Grand Paris n'ont jamais très bien su ce qu'elles pouvaient apporter à la nation, à l'Europe, au monde. C'est pourtant la question essentielle, la question prioritaire ».

Emmanuel de la Masselière dirige le développement territorial de Plaine de France, un territoire de 300 km2 et de 1 million d'habitants au nord-est de Paris. Avec Roissy en son centre, c'est l'un des plus gros, peut-être le plus gros, potentiels de développement du Grand Paris. «Nicolas Sarkozy disait qu'il voulait faire le projet du Grand Paris et laisser la gouvernance à ses successeurs. Il n'avait pas tort. Mais le problème est qu'en 2015 on parle gouvernance et que l'on n'a toujours pas encore de projet ».

La métropole de la mondialisation est-elle en train de se penser avec les idées du Vieux monde ? Un peu, pense Emmanuel de la Masselière : « Nous sommes encore dans la conception traditionnelle de la décentralisation. Celle qui répond aux besoins de l'Etat pas à ceux des territoires. On décentralise de manière uniforme des politiques publiques et les élus locaux, eux, aménagent. La seule chose qu'il faudrait décentraliser c'est le développement territorial car c'est par la base que le développement se produit. Chaque territoire est singulier, chaque territoire doit pouvoir se saisir des domaines de compétences qui lui semblent nécessaires ».

On aménage mais on ne pense pas le développement

Emmanuel de la Masselière vient de publier «De l'inégalité des villes». Il y montre par exemple qu'une différence essentielle entre des villes et des territoires qui réussissent ou échouent tient, à conditions égales, tient au projet territorial. C'était, jadis, Pierre Mauroy à Lille ou Alain Peyrefitte à Provins, c'est aujourd'hui Bordeaux mais pas Marseille, Lyon mais peut-être moins Toulouse, New York ou bientôt Los Angeles, mais pas encore Paris et sa métropole etc...

«Depuis 20 ans à Paris, le seul schéma territorial que l'on ait, c'est le SDRIF (Schéma directeur de l'Ile de France élaboré par le conseil régional). C'est la seule réflexion globale mais ce n'est qu'une pensée d'aménagement, ce n'est pas du développement et c'est très insuffisant. Quel message délivre-t-on au monde ? L'économie ce sont des échanges. Qu'attend-on des autres ? Qu'avons-nous à leur proposer ?  Nous devons faire des choix car il est impossible que nous soyons bons dans tous les domaines. Mais, si jamais ces choix sont faits, je ne les vois pas exprimés, rien n'est dit. Je ne vois pas non plus de marketing territorial sérieux sur le Grand Paris. S'il y une vision quelque part, elle n'est pas exprimée. Ce devrait être le premier acte de la métropole. Qu'est qu'on veut être ensemble ? Quel est le projet commun ? »

Pas de vision claire de l'ensemble

Le directeur de la stratégie et du développement de Plaine de France fait partie de ceux qui «trouveraient très dommage que le projet du Grand Paris se réduise à de la gestion de politiques publiques. C'est un peu le même problème que lors du référendum européen de 2005 : comment intéresser des gens si on ne parle plus de projet mais du nombre de députés français au Parlement ? ».

Comme peu de choses sont mises en perspective, Emmanuel de la Masselière se retrouve parfois assez étonné de la réaction de certains citoyens : «à Gonesse par exemple j'entends des gens qui refusent des projets de développement sous prétexte que l'emploi que nous allons créer va forcément en détruire un à Nanterre ou ailleurs. Faute d'une vision commune du développement, ils ne comprennent pas que les territoires répondent à des offres en mouvement et que le quartier d'affaires que nous lançons va créer 30.000 emplois en 25 ans, que Gonesse peut répondre à une demande à laquelle ne peut plus répondre un autre territoire du Grand Paris. Il y a un jeu normal de créations et de destructions d'emplois que l'on ne peut accepter s'il n'y a pas un projet commun clair »

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De l'inégalité des villes... et de leur développement, par Emmanuel de la Masselière, Editions L'Harmattan, 16.50 euros.

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Commentaires
a écrit le 16/01/2015 à 17:24 :
On ne peut pas caricaturer en disant que l'amélioration de politiques publiques se résume à un débat sur le nombre d'élus, et je suis certain qu'Emmanuel de la Masselière ne pense pas celà.
Dans un système complexe comme l'Île-de-France, région capitale, le "projet du Grand Paris", ce "message qu'on délivrera au monde", ne se décrète pas. Il nécessite de prendre du temps, d'associer les acteurs et les habitants, et parfois de négocier ce qui doit l'être pour trouver des accords entre des intérêts divergents. Une partie du travail a été fait avec le SDRIF. Il faut maintenant à nouveau se retrousser les manches pour le mettre en œuvre.
Et même si c'est "techno, construire un outil qui permettra d'améliorer, dès le 1er janvier 2016, les politiques publiques pour répondre à la crise du logement, faciliter les parcours résidentiels des habitants ou des entreprises, mener une action résolue contre la pollution de l'air, etc., pourra peut-être quand même trouver quelques supporteurs.
a écrit le 16/01/2015 à 11:42 :
Il devrait commencer par créer une véritable opération de rénovation urbaine au Bourget avant d'imaginer une cité ex nihilo dans les champs à Gonesse, qui ne vivrait qu'avec des modes de transports lourds qui ne sont pas financés.

Ces centres-villes de banlieue sont laissés à l'abandon au profit de zones périphériques... On continue l'étalement urbain sans s'intéresser à l'existant.

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