Sans remonter à la devise protectionniste de Monroe, les Américains ont toujours eu tendance à s'occuper d'abord de leur espace intérieur avant de bien gérer leurs dépendances étrangères. Et quand survient la crise, ce sont d'abord ces dernières qu'ils contractent ou délaissent. Loin des yeux, loin du coeur. Leur désastreuse gestion de leurs antennes européennes en matière d'automobile en témoigne. Ni General Motors avec Opel, son double britannique Vauxhall, et le suédois Saab, ou Ford avec un autre suédois Volvo, n'ont montré leur implication ni leur capacité à donner des perspectives à ces constructeurs du Vieux Continent. Si encore ils en sortaient proprement, mais même pas. GM a fait mine de céder Opel au canado-autrichien Magna associé au russe Sberbank avant d'opérer un brutal virage en épingle à cheveu et de décider de garder Opel en le restructurant violemment. Sans pour autant lui donner d'autres perspectives que de voir ses éventuels profits regongler une maison-mère américaine qui tente de renaître de ses cendres. Et la revente de Saab à un petit compatriote spécialiste des voitures sportives de luxe, Koenigsegg, vient d'échouer, GM ayant été, aux dires du repreneur portentiel, peu disponible et guère accomodant. Quant à Ford, il abandonne Volvo, convoité notamment par le chinois Geely, sans s'assurer que la solution de reprise sera totalement viable et de façon pérenne (mais comme pour Saab, on peut compter sur Stockholm pour tenter d'y veiller). Contrairement à la libération de l'Europe par leurs forces en 1944-45, les Américains ne laissent même pas cette fois le chewing-gum et le chocolat.