Achats d'obligations souveraines : la BCE confrontée à l'hétérogénéité de la zone

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Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne
Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (Crédits : Reuters/Francois Lenoir)
Le président de la BCE évoque un achat d'obligations souveraines. Mais émises par quel pays? Peut-il privilégier le soutien aux pays périphériques, comme le voudrait la logique économique? Par Urszula Szczerbowicz, économiste au CEPII

En évoquant la possibilité d'achats d'obligations souveraines, la BCE confirme sa détermination à contrer le risque de déflation en zone euro. Cependant, là encore, la banque centrale se trouve confrontée à l'hétérogénéité de la zone et à la nécessité de compromis qui pourraient mettre en jeu l'efficacité de son action.
Les dernières communications des dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE) témoignent de leur détermination à contrer le risque de déflation dans la zone euro. Le 21 novembre, le président de la BCE, Mario Draghi, a souligné que la BCE ferait tout ce qu'elle doit faire pour augmenter l'inflation et les anticipations inflationnistes aussi vite que possible. Le 26 novembre, le vice-président de la BCE, Vítor Constâncio, a évoqué la possibilité d'achats d'obligations souveraines des États de la zone euro comme un moyen pour atteindre cet objectif.

La fragmentation financière s'est atténuée

Les achats d'obligations souveraines pressentis pour 2015 semblent bien différents des deux programmes précédents, SMP (Securities Markets Programme) et OMT (Outright Monetary Transactions), qui avaient été annoncés dans le but de limiter la fragmentation financière de la zone. Depuis l'annonce de l'OMT en 2012 la fragmentation financière s'est considérablement atténuée et les écarts de taux souverains entre les pays membres ne semblent plus menacer la stabilité de la zone euro. Les achats d'obligations souveraines ont, cette fois-ci, pour objectif de faire baisser le niveau général des taux longs afin de stimuler l'investissement et la consommation dans la zone euro, et d'ainsi augmenter les pressions inflationnistes.

Bien que très bas, les taux d'intérêt découragent l'investissement

On remarque que les taux longs dans la zone euro sont déjà à un niveau historiquement bas. Cependant, afin de juger quel serait le niveau approprié des taux d'emprunt, il semble important de les comparer au taux de rentabilité marginal net du capital (« taux naturel » dans le cadre théorique de l'économiste suédois Knut Wicksell). Or, alors que les opportunités d'investissement rentables sont rares et que les entreprises accusent des pertes, il se peut que ce taux de rentabilité soit négatif. Ainsi, les taux d'emprunt bien que très bas sont encore trop élevés et découragent l'investissement. Dans ce contexte, les achats d'obligations souveraines par la BCE destinés à faire baisser les taux d'emprunt à long terme seraient, s'ils atteignent leur objectif, favorables à l'économie car ils diminueraient le risque de stagnation prolongée .

Acheter des obligations des pays périphériques?

Selon cette logique la BCE devrait acheter les obligations des pays dans lesquels les écarts entre les taux d'emprunt et la rentabilité du capital sont les plus élevés, c'est-à-dire celles des pays périphériques de la zone euro. Ceci semble pourtant difficile à mettre en œuvre en raison de la réticence des pays du centre à un soutien monétaire asymétrique favorable aux pays en difficulté. Cette réticence est liée au fait que le risque de crédit que la BCE prendrait en achetant les obligations souveraines serait supporté par les pays membres au prorata de leurs souscriptions au capital de l'institution.

La BCE a donc laissé entendre que les achats se feraient plutôt en fonction de la part du capital détenue par chaque pays dans la BCE, ce qui réserverait une place plus importante aux obligations allemandes, françaises et italiennes.

La politique monétaire devrait tenir compte des situations macro-économiques

La politique monétaire devrait pourtant tenir compte des conditions macroéconomiques disparates dans les pays membres : être plus souple dans les pays périphériques et plus stricte dans les pays comme la France ou l'Allemagne. Mener la politique inverse pourrait avoir des conséquences dommageables : provoquer une inflation trop importante et favoriser la formation de bulles dans les pays du centre, tout en décourageant l'investissement dans les pays du Sud. La fragmentation de la zone euro n'en serait qu'accrue.
Malgré ce point d'interrogation, le programme d'achats d'obligations souveraines semble être le seul moyen dont dispose la BCE pour atteindre son objectif de stabilité des prix. Qu'elle l'envisage dans un contexte européen aussi compliqué témoigne de sa détermination à contrer le risque de déflation et renforce ainsi sa crédibilité. Cet effet de signal pourrait en lui-même favoriser des anticipations inflationnistes.

Retrouvez plus d'information sur le blog du CEPII.

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a écrit le 04/12/2014 à 13:57 :
Tout ça c'est du baratin à deux balles pour abrutis moyens dont les économistes et les politicards. Il y a 6 mois tous les économistes comme de vrais moutons étaient favorable aux rachat d dettes des pays le mieux notés comme l'Allemagne ou même la France, certains chroniqueurs et commentateurs d'articles avons pris l'option opposée ce qui paraissait tellement évident ne serait-ce que pour mettre fin aux rentes des banques espagnoles ou italiennes qui croulent (leurs bilan d'obligations émises par l'Etat des quelles elles dépendent). Ce qui est évident c'est que nous sommes en déflation, ce qui est évident c'est que l'Allemagne n'a rien compris outre le fit que la démagogie, la corruption et la spéculation immobilière ont plombé les comptes des pays du sud et fait explosé leur endettement. L'Allemagne et Bruxelles et vice versa sont influence des lobbys industriels et financiers ont mené une politique absurde l'ouverture des frontières à tout va sans contrepartie et sans contrôle. L'Allemagne a surcroît fermé les yeux sur l'évasion fiscale et la fraude fiscale massive dont en Allemagne, et l'Allemagne ne joue pas le jeu ni de l'investissement et la modernisation de ses propres infrastructures ni celui de l'investissement dans les secteurs stratégiques d'avenir comme les télécom (satellites) et l'Espace ou les nanotechs ou biotechs ou clean techs ou pas assez. Le reste c’est de la roupie de sansonnet, c’est aux US de mettre fin à leur politique de dumping monétaire et c’est à nous d’amener les banques à prendre des risques et à faire leur métier, avant elles ont fait n’importe quoi entre autre en finançant la spéculation immobilière ou les activités interdites et maintenant elles continuent à faire n’importe quoi en restant assises sur leurs rentes et en faisant du zèle bureaucratique. Donc en clair ce que doit faire la BCE c’est de faire perdre de l’argent aux banques qui regorge d’actifs obligataires d’Etat, ce qui n’est pas banal, puisque c’est la même BCE qui soi-disant est chargée de la surveillance des banques et de la qualité de leurs actifs et des fameux stress tests. Ubuesque, nous sommes « gouvernés » par des charlots, des clowns ou des z'Ubus, c’est pareil.
Réponse de le 05/12/2014 à 19:32 :
Machin : TOUTES les banques "centrales" du monde sont devenues des bad-banques car il fallait "sauver le système. La BCE est pour l'instant la moins pourrie et c'est cela qui "empêche" la fumeuse croissance. Croissance qui sauve tout charlot politicien ou oligarque ou riche de tout poil.
Et tu voudrais qu'ils tuent LEUR veau d'or..??
a écrit le 03/12/2014 à 15:30 :
Très intéressant, enfin une analyse fine de la politique monétaire;
Juste une question: pourquoi la rentabilité du capital est-elle plus élevée dans les pays périphériques de la zone euro ?

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