Contenu :
| Informations sociétés |
| Sur le même sujet |
| Top articles : |
![]() | Les plus commentés |
![]() | Les plus envoyés |
| Les plus lus |
Lien permanent vers cet article :
http://www.latribune.fr/blogs/les-acteurs-de-copenhague/20091222trib000455643/copenhague-et-maintenant.html

En ce retour de Copenhague, la déception se lit dans la presse française, elle est immense, à la hauteur des attentes d'avant-forum. Qu'en retiendrons-nous ?
Revenons tout d'abord sur la teneur et la portée de « l'accord de Copenhague », puisque tel est son nom, en français comme en anglais. Cet accord, non-contraignant sinon par sa portée politique, est le premier texte international qui reconnaît formellement la nécessité, d'un point de vue scientifique, de contenir l'évolution de la température de la planète au-delà de 2°C. Le texte reconnaît également la nécessité pour les pays développés de montrer l'exemple dans la réduction des émissions, et pour les pays en voie de développement d'examiner simultanément les questions du développement humain, de l'éradication de la précarité et du dérèglement climatique.
L'accord valide également le protocole REDD-plus pour la lutte contre la déforestation, ainsi que le principe d'un fond d'adaptation, d'un montant initial de 30 milliards de dollars sur les années 2010 à 2012, pour atteindre 100 milliards par an dès 2020. Enfin, il encourage les parties à rendre transparents les modes et chiffres de mesure des émissions, et en fait un préalable pour les mesures bénéficiant d'un soutien international.
C'est un premier pas effectué en présence de 119 chefs d'Etats, même si c'est notoirement insuffisant. On ne peut que regretter que cet accord ne prévoit pas d'engagement chiffré de réduction des émissions par pays, tant sur les suites du Protocole de Kyoto (KP) que sur la stratégie à long-terme (LCA). La forte mobilisation étatique des dernières semaines, répondant à la pression des opinions des media, des ONGs et des citoyens, ne doit pas faire oublier que ces points ont été très insuffisamment préparés par les Etats en 2009, et que seul un miracle aurait pu faire espérer une converge rapide fin 2009 à Copenhague. Malheureusement, ce miracle n'a pas eu lieu.
L'échec de Copenhague voit la mise en place d'un calendrier adapté sur 2010, qui nécessite une forte mobilisation des Etats :
- chaque partie fait part de ses objectifs 2020 de réduction d'émission de gaz à effet de serre avant le 1er février, en précisant le caractère contraignant ou non des émissions
- la Conférence de Bonn, en juin 2010, devra gérer les éventuels points durs et s'assurer que des chiffres réellement transparents et ambitieux ont été fournis, permettant globalement d'atteindre l'objectif de contenir le réchauffement climatique à 2°C,
- cela afin d'arriver à décembre 2010 à la 16ème Conférence des Parties à Mexico, qui devra impérativement faire adopter un texte juridiquement contraignant pour succéder au Protocole de Kyoto et engager juridiquement les nouveaux Etats rejoignant ce texte.
Au-delà des péripéties ayant émaillé les derniers jours de la Conférence, son organisation a mis en évidence les faiblesses du mode de fonctionnement de l'ONU. Un travail en commission à l'unanimité des Nations aboutira difficilement sur un texte ambitieux, plutôt à un consensus long et difficile sur le plus petit dénominateur commun. Cela donne de facto un avantage à l'immobilisme. De plus, la seule focalisation sur les enjeux climatiques sans traiter simultanément l'accès à l'alimentation et au développement humain, rend difficile par essence l'interaction entre pays développés, pays en développement et pays les moins avancés.
L'Europe, qui avait été le moteur des précédentes négociations, a été particulièrement en retrait lors de cette conférence et n'a pu imprimer son leadership. Les positions européennes, connues très longtemps en avance, ont semblé immuables, avec des chefs d'Etat européens divisés dans leurs priorités de négociation, et un président Barroso en retrait et sans marge de négociation.
Les pays les moins avancés ont eu l'impression de ne pas être entendus. Dans une situation où l'adaptation revêt pour les populations une urgence vitale, où la lutte contre le changement climatique ne peut être dissociée de l'alimentation, les montants, les mécanismes et la rapidité de mise en place du fond d'adaptation est loin d'être à la hauteur de leurs attentes par rapport au forum. Cette question ne peut être prise à la légère.
Enfin, les ONGs, qui jouent un rôle essentiel dans la préparation des conférences nationales et internationales sur le changement climatique, ont été refoulées de la séquence finale des négociations. Même si elle peut avoir été contrainte par des raisons logistiques, cette décision a créé des plaies visibles dans la négociation entre les Parties. En France, les ONGs ont joué un rôle majeur dans la préparation du Grenelle de l'Environnement¸ et fortement contribué à un dialogue constructif entre l'opinion publique, les acteurs économiques et décideurs politiques, pour mettre en place rapidement des dispositifs efficaces. De même pour la CoP15, afin de préparer et rendre compte de la mobilisation de la société civile pour un accord ambitieux.
La déception étant passée, les constatations scientifiques de l'évolution du climat restent les mêmes, tout comme la nécessité d'y remédier. Pour le moment, le traité conduit vers une augmentation de la température moyenne de 3,5 à 4°C, largement au-delà de ce qui est considéré comme gérable par l'humanité.
Fortement impliqués dans la réduction des émissions à effets de serre, les villes et gouvernements locaux désirent jouer un rôle moteur et ambitieux dans la réduction des émissions. Leur association, la CGLU (cités et gouvernements locaux) représente plus de 1 000 villes et 112 régions ou états provinciaux sur les cinq continents.
Dans un contexte où près de 75% des émissions de gaz à effets de serre sont effectuées dans les agglomérations, leur poids dans la lutte contre le réchauffement climatique est considérable. Pourtant, les cités et gouvernements locaux ne sont pas représentés à la Conférence des Parties. Ils ont donc déposé une requête en ce sens, et réaffirmé leur volonté de s'engager, sur leurs territoires, à une réduction de 40% des émissions pour 2020, ainsi qu'à une quantification systématique des empreintes sur l'environnement de chaque décision avant qu'elle soit votée. Cela passe également par la promotion de la sobriété énergétique et des énergies renouvelables, la maîtrise de l'urbanisme et de développement des transports publics et doux, la préservation des ressources et de la biodiversité, la santé, la solidarité et la lutte contre les précarités.
Pour ne pas rester lettre morte, ces actions devront être prises dans le cours de l'année 2010. Il y a donc fort à parier que en France, sitôt après les élections régionales, les agendas 21 soit finalisés ou révisés, et accompagnés de plans d'actions ambitieux qui permettront de préparer l'avenir, mais également de développer les emplois verts. Cela représente un défi majeur pour les différentes collectivités qui devront à la fois simplifier leur mode de gouvernance et assurer un passage de la décision politique à l'action sur des temps très courts, tout en trouvant des mécanismes novateurs de financements.
Les entreprises ne seront pas en reste. La réforme de la taxe professionnelle tout comme la taxe carbone, viennent d'être votées pour le budget 2010. La période se prête aux investissements d'efficacité énergétique, tant que le pétrole est bon marché et que les compétences sont relativement disponibles. Les mécanismes associés à la taxe carbone et la généralisation des boni-mali prévus dans le cadre du Grenelle II vont ouvrir de nouveaux champs d'activité et permettre de donner formellement un avantage concurrentiel à la vertu environnementale.
Copenhague a montré quelle pouvait être la vitesse « lente » de la négociation climatique, impliquant l'ensemble des partenaires sans mise en place de mécanismes ambitieux et innovants. Les entreprises et gouvernements locaux ont de plus en plus les leviers pour montrer qu'une vitesse « rapide » est possible, et de nombreuses voix s'élèvent pour le faire. Les ONGs et la société civile ont montré par leur mobilisation à quel point cette action était souhaitée. La démonstration par l'exemple sera nécessaire pour accélérer l'action internationale et rendre nécessaire la mise en place des moyens de gouvernance (Organisation Mondiale de l'Environnement, compensation aux frontières...). L'Europe a un rôle pionnier à y jouer, formellement à travers ses Etats, mais aussi via ses régions, ses entreprises, ses villes-métropoles et ses opinions publiques.
Nicolas Imbert, Ineum Consulting
Publicité
![]() |
Pour voir toutes les vidéos, cliquez ici. |
Pied de page :