La Tribune

L'amour au bureau : clef du redressement productif ?

Copyright Reuters
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Sophie Péters  |   -  954  mots
A l'heure de la prolifération des sites de rencontres, le bureau reste l'un des lieux les plus propices aux contacts amoureux. Mieux : il doperait la productivité et serait un antidote au stress. Mais pour combien de temps ?

Selon les sources, les statistiques diffèrent et vont bon train en affichant une fourchette de 20 à 30% de couples formés sur le lieu de travail. Et près d'un européen sur deux aurait  déjà eu une relation amoureuse avec un(e) collègue. Mais le plus croustillant n'est pas tant la rencontre professionnelle et la fameuse question autour de la machine à café "Qui est avec qui ?", que ce qu'elle suggère comme nouvelle idéologie : les entreprises les plus créatives seraient celles où les relations intimes sont les plus nombreuses.  C'est bien connu des psy et Freud n'aurait pas dit mieux : la pulsion de créativité n'est jamais loin de la pulsion sexuelle. Le chercheur Alain Samson, auteur de "Sexe et flirt au bureau", estime, lui, que "le milieu du travail est tout simplement aphrodisiaque".

 

Un univers où l'on se montre séduisant

De là à faire de l'amour au bureau une clef du redressement productif...il n'y a qu'un désir. Toujours à la recherche d'éléments nouveaux pour accroître la productivité, les DRH seraient donc  prêts à jeter un voile pudique sur les relations amoureuses au travail...pour peu que celles-ci dopent le moral de leurs salariés. 

Le travail, lieu propice à la rencontre ?  Presque une évidence à l'heure où on passe plus de temps au bureau qu'au café ou dans les boîtes de nuit et où on y fait plus attention à la façon de se vêtir, de se tenir, et de parler...bref où on est finalement plus séduisant que le dimanche matin en jogging ! Entre collègues il y a aussi des points communs : mêmes diplômes et parfois mêmes centres d'intérêts. Mais l'élément accélérateur est venu de la tension qui règne dans les bureaux. A l'instar du milieu médical connu pour "favoriser" les relations fortes comme remède à la pression ambiante, les entreprises -et parmi elles les plus innovantes- où le stress est à son maximum,  par passion ou par pression, font le lit des rapprochements entre les individus. Cela permet de se sentir à nouveau exister, regardé(e), revalorisé(e). Et de venir travailler le coeur léger le lundi matin, la proximité avec l'être aimé apportant sa part de bonheur au travail...et de performance, histoire de lui en mettre plein la vue.

Quand amour et économie se mettent en ménage

De fait l'univers amoureux a quelques traits de ressemblance avec le monde des affaires. Dans l'un comme dans l'autre, il est question d'initiative individuelle et de courage d'entreprendre. Comme dans l'économie, les tentatives de régulation et de rationalisation tournent souvent court. Le dirigisme n'est plus de saison en amour comme en management. Et l'entrepreneuriat tout comme la responsabilisation font florès. Enfin, c'est bien connu plus on est haut placé, plus on fait des affaires et plus...on séduit. Mais différence de taille, malgré la mondialisation, les marchés de l'amour restent toujours au quotidien des marchés locaux. Pour preuve ? Loïc Roche auteur de "Cupidon au travail" (Ed d'organisations) a révélé en matière de rencontres la prééminence de la vie de bureau sur la vie personnelle. Ce docteur en psychologie et professeur de management estime qu'un ou une partenaire se découvre en quatre mois sur le lieu de travail contre six à douze mois dans la vie privée. 

Le côté aseptisé des relations entre collègues par échanges de mails ou réunions interminables fait également naître pour certains le besoin de développer des relations plus proches, voire intimes, façon "de reconstruire du vivant" selon la formule de Loïc Roche. Selon lui une personne aura en moyenne un nouveau partenaire issu de son entourage professionnel tous les 7 ans d'ancienneté dans la même entreprise...statistique à mettre sur le compte de la proximité du quotidien et de l'envie d'aller voir ailleurs qu'il nomme "la loi de Cupidon".

La crise n'est jamais loin  

Le "No zob in job" chanté par la "Grande Sophie" en 2006 serait-il alors passé de saison ?  Pas tout à fait. Si elle peut doper un temps l'ardeur à se lever le matin pour aller au bureau et à rester tard le soir, apporter sa part de bonheur quotidien, et assurer la fidélité à son entreprise, chacun sait qu'avec le temps, la situation apporte son lot de complications. Entre rumeurs, jalousies, tensions hiérarchiques, ou rupture éventuelle, le libéralisme amoureux appliqué à l'Open space n'est pas sans risques. Le Happy end n'étant bien évidemment pas exclu mais se faisant rare. Et même dans ce cas, les intéressés déclarent avoir du mal à scinder vie privé et vie professionnelle de façon harmonieuse. L'autre écueil étant de découvrir que l'élu(e) est carrément moins séduisant(e) dans la "vraie vie". Ou encore de se retrouver condamné(e) à passer ses journées en face...de son ex...et d'accuser le contre-coup d'une chute brutale de la productivité.

Mais sachez qu'au pays des french lovers, depuis les lois Auroux de 1982,  les entreprises ne peuvent interdire à leurs salariés d'avoir une aventure, ni les muter ou les licencier pour cette raison. A condition d'assurer une certaine discrétion conforme aux bonnes m?urs et d'éviter les heures de travail pour se rencontrer, au risque de se retrouver une bonne fois pour toute dehors pour avoir vaqué à des occupations personnelles.

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 A l'occasion de la Saint-Valentin, l'agence Care dresse le bilan du "taux de pénétration du sexe en agences". 350 collaborateurs d'agences françaises ont accepté de se soumettre à un questionnaire sur le sujet. Mais les réponses, bien qu'anonymes, restent relativement convenues.

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Commentaires

Jacques99  a écrit le 29/03/2013 à 11:02 :

Peut être que le point est que la volonté de séduire développe une attitude créative, et surtout fait que l'on va avec une attitude positive au travail.

coco-rico  a écrit le 14/02/2013 à 21:20 :

On sent un frémissement de redressement productif qui envahit le pays, arnaud montebourg fait des petits....peut-être les prémices du printemps....

business  a écrit le 14/02/2013 à 20:22 :

Le sexe était sacré à la base, mais récemment les tabous sont tombés, il est devenu banal, vendeur, un produit de consommation.

contrepèterie à COCO  a écrit le 14/02/2013 à 17:00 :

Attention à ne pas confondre :stress à fleur de peau avec "string au bureau"!

Coco-rico  a écrit le 14/02/2013 à 16:26 :

Verra t-on fleurir des affichettes sur les portes des bureaux..."Merci de ne pas déranger, en réunion de redressement productif". La pression managériale étant de plus en plus forte, les dirigeants rh vont-il inclure une nouvelle notion de "flirt à fleur de peau" comme soupape de sécurité au "stress à fleur de peau". Il faudra "encadrer" tout cela pour éviter que ça ne se termine en redressement improductif par "chienlit" ou pire en redressement reproductif !!!

gustave COURBET  a écrit le 14/02/2013 à 16:21 :

Je vous propose plutot le tableau: sous le bureau, l'origine du monde!

Finaud  a écrit le 14/02/2013 à 16:11 :

C'est ce qu'on appelle : prendre du plaisir en travaillant.Chouette, on ne risque plus le burn-out,plutot le born-né!

STONE1  a écrit le 14/02/2013 à 11:54 :

M6 envisagerait, mais cela reste à confirmer, une nouvelle série qui s'intitulerait " l'amour est dans le bureau" ! Enfin le titre n'est pas encore définivement adopté,certains "journalistes" de la chaîne proposeraient en effet "l'amour est sur le bureau" , intitulé certes un peu racoleur mais quand on veut faire de l'audience on ne s'embarasse pas de bienséance! Heureusement il y a , non pas Findus, mais Arte !

françois h  a écrit le 14/02/2013 à 11:27 :

info : les services d'arnaud montebourg envisagent le remboursement du gingembre pour les boites qui en font la demande