Le burn out, maladie professionnelle ou pas ?

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(Crédits : Reuters)
Une étude du cabinet Technologia relance le débat sur le burn out. Et réclame sa reconnaissance au tableau des maladies professionnelles. Et si, plutôt que de stigmatiser la souffrance, on apprenait aux individus à moins s'y exposer, et à l'organisation à s'interroger sur son mode de management ?

La dernière étude du cabinet Technologia braque les projecteurs sur le burn out. Plus de trois millions de salariés en seraient victimes. Face à la recrudescence des cas se pose la question d'un tableau des maladies professionnelles consacré au syndrome d'épuisement professionnel. Mais avec le risque de stigmatiser ceux qui tombent au champ du travail alors même que les critères qui mènent à cet état sont très variés, voire inclassables. Sans compter qu'il faut trouver le lien direct et essentiel entre la dépression d'épuisement, ou l'épuisement professionnel et les contraintes de travail.

"Si les enquêtes rétrospectives sur des patients qui présentaient des épuisements montrent qu'à chaque fois la maladie est liée à une surcharge de travail, il reste éminemment difficile de l'évaluer. Même chose s'agissant du déséquilibre vie professionnelle/vie personnelle ou du questionnement autour du conflit des valeurs, ou encore autour du sentiment d'injustice par rapport au travail. Tous sont des signes révélateurs de l'épuisement", précise Marie-Christine Soula, praticienne attachée à l'hôpital Cochin en pathologie professionnelle, ancien médecin inspecteur du travail en Île-de -France et dirigeante du cabinet Management Conseil Santé.

Entre l'histoire d'un individu et la culture d'une entreprise se joue un scénario très singulier. D'autant plus singulier qu'on aurait tort de croire que les individus concernés sont "fragiles". C'est tout le contraire. Au point que le burn out est définit aujourd'hui par les spécialistes comme "la maladie du battant". Le "burn out" ne frappe pas au hasard. Et s'attaque en priorité à ceux qui ne le sentent pas arriver. Pire : à ceux qui s'en croient radicalement éloignés, et placent leur travail dans une telle estime qu'ils se donnent sans compter, à l'instar d'un cadre habitué à toujours surmonter les surcharges de travail en tirant sur la corde. Il en va ainsi de leur vie...jusqu'à la mettre parfois en péril.

Pris en étau entre ce qu'il pense qu'il fallait faire et ce qu'il était tenu d'accomplir

Pour eux, le stress est perçu comme vecteur de performance et l'accomplissement professionnel comme essentiel. "Or si le stress n'est pas une maladie en soi, une exposition prolongée au stress fait le lit du burn out", souligne Bruno Lefebvre, psychologue clinicien et fondateur d'AlterAlliance spécialisé dans les Risques psycho-sociaux. Comme le définit l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail "un état de stress survient lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face".

Résultat : l'individu implose parce qu'il s'est trouvé pris en étau entre ce qu'il pense qu'il fallait faire et ce qu'il était tenu d'accomplir. Entre le "il faut" et "j'ai les moyens de". Il s'est usé, grillé, et éteint comme l'indique le terme anglais de "burn out". Et n'a sûrement pas prêté attention aux premiers signaux d'alerte. Ceux du corps d'abord : maux de têtes, insomnies, troubles intestinaux, crampes, fatigue chronique physique et mentale.

Un sentiment de honte chez le perfectionniste stressé

Ensuite, les pensées envahissantes du type "je n'y arriverai jamais", "comment faire", "c'est impossible mais je dois tenir", "je vais perdre mon client", "je ne suis pas à la hauteur", qui provoquent un sentiment de honte chez le perfectionniste stressé au point de s'isoler sans pouvoir confier à quiconque son mal être grandissant. Pour peu que s'y ajoute une surcharge de travail, des rythmes effrénés, des horaires imprévisibles, des objectifs contradictoires, une mutation technologique, des mails à n'en plus finir, une peur du licenciement, ou encore un manque de reconnaissance... et c'est le gouffre.

Le hamster dans la roue

Si la variable organisationnelle joue son rôle, la dimension relationnelle du management est toute aussi déterminante. «Un chef tyrannique qui s'emploie à casser les liens de solidarité court le risque de voir ses collaborateurs souffrir de burn-out», affirme Bruno Lefebvre, coauteur de «Stress et risques psychosociaux au travail» (Masson). Reste à retrouver une marge de manœuvre pour baisser la pression. En premier lieu : identifier et prendre du recul par rapport aux logiques de pensées destructrices. Vous savez... le hamster dans la roue !

Essentiel également : savoir demander de l'aide et en parler, même si parfois ce sera la plus grande difficulté du candidat au burn out, certain de ne pouvoir, malheureusement, compter que sur lui. Avec les indicateurs de performance fixés de plus en plus haut et le manque de moyens pour y parvenir, il faut savoir raison garder. Et se souvenir, comme au besoin le faire valoir à sa hiérarchie, que le bien être est indissociable du bien faire. Ça tombe bien : le sujet de la qualité de vie au travail commence à prendre de l'ampleur au point de compenser le pessimisme ambiant autour de la souffrance au travail et des Cassandre qui lui prédisent une amplification.

S'attaquer au problème de fond

En matière de réparation plus qu'une reconnaissance avec tampon officiel pour maladie professionnelle, mieux vaudrait s'attaquer au problème de fond. Et à organiser le retour des salariés post-burn out à leur poste de travail avec un véritable accompagnement qui prenne soin de ces "battants" prêts à s'investir à nouveau avec un sens accru de leur mission et un nouveau regard sur la vie.

 
 

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Commentaires
a écrit le 10/12/2014 à 12:46 :
Organisations pathogènes, chefs absents, management à distance, déshumanisation, pression incessante. En 4 ans, 5 nouveaux chefs ! à qui il fallait s'adapter, qu'il fallait former et informer sans cesse. L'entreprise fait des millions de bénéfices et annonce une énième réorganisation. Son doux nom, vous n'allez pas le croire : SLIM ! Ou comment booster le résulat operationnel (le graal, aujourd'hui, il s'appelle l'EBITDA) avec moins de personnel.
Démissions, arrêts maladie, burn out se multuplient depuis 2 ans.
a écrit le 20/08/2014 à 11:08 :
Mon assurance a refuser le burn out alors que la cpam m'a mis en invalidité 2éme catégorie
pour cette maladie ai je un recours !!!
a écrit le 24/03/2014 à 15:37 :
Dans le cadre de mon mémoire portant sur la conduite du changement et l’épuisement professionnel, je réalise une enquête afin de recueillir votre témoignage sur la manière dont vous avez vécu le changement au sein de votre entreprise.
A noter que ce questionnaire est anonyme et que votre témoignage est important.
LIEN :
https://docs.google.com/forms/d/1m_jg4sDKlVYNzcvFwiQIAMHA6vd7HyQv_g0FaSxVY0c/viewform

Je vous remercie d’avance d’avoir accepté et consacré quelques minutes pour répondre à cette étude de la manière la plus sincère possible. Je me tiens à votre entière disposition, pour toute information supplémentaire.
a écrit le 26/02/2014 à 15:38 :
J'ai travaillé pendant 10 ans en gestion des ressources humaines comme psychologue du travail pour ensuite aller aider des gens au niveau individuel en clinique privé. J'ai donc vu et expérimenté plusieurs facettes, du côté employé, employeur, et coach. J'ai guidé plusieurs personnes en arrêt de travail (burnout). A mon avis, nous ne pouvons pas mettre la cause uniquement sur le milieu de travail. Chaque cas est unique. J'ai des clients qui avaient une combinaison de problèmes personnels et professionnels. Souvent, les gens sont très anxieux de perdre leur emploi bien qu'ils admettent que leur employeur, n'a rien à leur offrir de très intéressant, ne serait-ce qu'une paie pour faire vivre leur famille. Idéalement, je rêve du jour où je pourrai intervenir davantage en entreprise afin d'optimiser les changements organisationnels afin de bien accueillir l'employé qui est de retour. Je compare souvent à l'image de la femme qui est violentée par son conjoint, si je la guide dans son rétablissement et qu'elle retourne auprès du conjoint qui lui n'a rien changé, les prévisions futures sont assez simples: elle va souffrir encore. L'employé a des choix mais j'avoue qu'ils ne sont pas faciles à mettre en action. Avec un bon coaching, y a moyen de s'en sortir. Sylvie Martin, psychologue du travail, psychologue clinicienne, Laval, Québec
a écrit le 21/02/2014 à 18:39 :
Moi j'ai eu un BURN OUT, en région parisienne car je passais plus que 4 heures par jour dans les transports en commun, sans compter les heures supplémentaires au bureau !
Alors un jour j'était si fatigué, je dormais au bureau , je suis allé voir le docteur, un peu plus j'allais mourrir, et j'ai du démissionner !
Et j'ai eu aucune aide, aucun argent , aucune alloc, rien la misère !
J'ai mis plus de 5 ans à m'en remettre physiquement, mais les séquelles sont encore là !
a écrit le 11/02/2014 à 20:45 :
On parle burn out, c'est une question d'opinion et de justice: les commerçants font 70 heures par semaine, le double du temps officiel des fonctions publiques au sujet desquelles on parle suppression des statuts. C'est un problème politique hors économie puisque nous sommes sans croissance. C'est un coût, 70 milliards en terme de santé alors qu'on autorise des profs à faire la moitié des programmes dont certains disent supprimer le bac... C'est une question de société du bonheur, le chômage, en parlant Jefferson... Au sujet de Google, en France, les navigateurs sont piratés et on ne peut fonctionner correctement avec des awesomehp indésirables, on fait dans la piraterie! Aux municipales, y a-t-il remise en cause des statuts? et péréquations? Et déficits? Entre les dirigistes et les déclinégationnistes, on sort du socialisme? Alors on fait du libéralisme? Et si on parlait de l'histoire financière de la France?
a écrit le 08/02/2014 à 18:14 :
je suis dans une grosse institution publique : Management désincarné (mail, reportings chiffrés, et réunions powerpoint) l'employé n'est plus qu'une ressource (humaine ??) qui coute cher. Il ne comprend souvent plus pourquoi il travaille, les décisions lui tombent dessus ; il voit partir ses collègues en retraite, sans remplacement, alors que les procédures sont de plus en plus compliquées et que sa charge de travail augmente. ça ne va en s'améliorant avec les empilements hiérarchiques et l'arrivée de nouveaux énarques formés dans le moule néo-libéral ! OUI pour que ce soit une maladie professionnelle
a écrit le 08/02/2014 à 13:47 :
Le "burn out "frappe aussi bien les ouvriers,le personnel d'encadrement et les cadres,contrairement à certains qui ne pensent qu'aux cadres.Si maladie il y a ,à mon avis non ,elle peut se soigner.Il existe des méthodes de travail pour chacun,il suffit de trouver celle qui vous concerne.Plus de 50 ans de vie active,de 16 à 69 ans ,avec 28 mois de guerre d'Algérie,D'ouvrier à ingénieur m'ont entouré d'une carapace suffisante à faire exploser ce qu'on appelle du nom barbare :"burn out ".Je vous citerai juste une clef fondamentale :l'amour et le connaissance de votre travail et en plus une vie de famille pleine avec une femme aimante et surtout compréhensive.J'ai 4 enfants,8 petits-enfants et 4 arrières-petits-enfants.
Réponse de le 21/02/2014 à 18:41 :
Vos années 50 60 70 les trentes glorieuses, vous avez connu le paradis par rapport à aujourd'hui, alors arretez de parler de ce que vous ne connaissez pas.
a écrit le 07/02/2014 à 10:03 :
Je suis en plein burnout, je n'arrive plus a penser avancer, ni même dormir. Pour la 1ère fois de ma vie je suis sous anxiolytique. Des heures sup? même pas, simplement une manager pour qui mon job n'est jamais assez bien, jamais assez rapide. Jamais de remarques positives, au mieux aucune remarque du tout, au pire 1h de reproches dans notre meeting hebdomadaire. L'image du hamster dans sa roue est exactement celle là, ça s'auto entretient, plus vous vous enfoncez, moins votre travail est bon, plus on vous enfonce.... C'est sans fin, ou plutôt si, vous partez ou alors on vous force à partir. Si le boulot poussait sous les pieds d'un cheval, je serais déjà loin, mais j'ai une famille à nourrir, donc je tiens, comme je peux, mais je tiens la boule au ventre, le coeur lourd, avec 4h de sommeil encore cette nuit malgré le Bromazépam, j'ai beau me dire que ce n'est qu'un boulot... Ca ne rend pas les choses moins difficile et moins douloureuses.

Alors oui s'attaquer au problème de fond, mais une reconnaissance permettrait déjà à ceux qui en souffre de se sentir moins con et moins seuls.
Réponse de le 07/02/2014 à 15:21 :
Tu n'es pas seul Jérome. Nous sommes nombreux à vivre cela et à penser à la famille pour tenir. En ce qui me concerne, je pense effectuer une cure thermale pour m'aider à lutter contre le burn out... Plus de 3 millions de victimes : Tu n'es pas seul !
Réponse de le 08/02/2014 à 9:09 :
@Jérome. Il faut essayer de chercher un autre travail ou monter sa petite entreprise car rester dans cette situation n'est pas la solution.
a écrit le 07/02/2014 à 0:00 :
Pas d'accord du tout pour la reconnaissance en tant que maladie professionnelle. Il faut que les gens assumet leurs responsabilités. On ne peut pas faire des heures sup pour gagner plus ...et détruire sa santé et sa vie familiale, et se plaindre qu'on a détruit sa santé. C'est un peu comme le type qui saute du 5e étage sans raison et qui se plaint de s'être cassé la jambe...quoi que ce genre de personnage pourrait fort bien demander le remboursement de ses frais de psychiatrie :-)
Réponse de le 07/02/2014 à 6:22 :
Les cadres ne sont pas payés en heures supp mais au forfait. De plus, aujourd"hui, face à une surcharge de travail, il est très difficile de dire non. C'est une situation subie et non pas voulu comme vous le pensez.
Réponse de le 07/02/2014 à 7:07 :
Le sentiment d'appartenance au groupe, à la volonté d'accompagner les décisions du gérant même si ces choix ne correspondent pas aux nôtres, le gout de l’excellence ou tout simplement la volonté de ne pas faire redescendre aux exécutant l'ensemble des pressions reçues conduisent au burn out, les heures sup (non payé par ailleurs en tant que cadre) n'ont rien à voir dans dans ce débat
Réponse de le 07/02/2014 à 23:37 :
C est bien triste de prendre a légère le burn out
Je pense que tu ne sais pas ce qu est exactement un burn out et je ne te souhaite jamais d y passer
A cause de personne comme toi, les personnes atteintes de burn out ont encore plus de mal a s en sortir
Réponse de le 12/02/2014 à 22:06 :
@Patrickb

Bien vu. C'est toujours une histoire de beurre, d'argent du beurre et d'une crémière...
Réponse de le 10/12/2014 à 12:39 :
Le burn out ne concerne pas que les cadres. Un ami, peintre en bâtiment, a fait un burn out. Pression des délais, pression des clients, absence de communication avec la hierarchie (son chef ne se deplacait pas sur les chantiers, ben non, ce n'étiat pas sa place... Et ainsi, il évitait les critiques des clients...) bref, mon ami encaissait, endossait les responsabilités qui n'étaient pas les siennes, etc... Je continue ?? Seule réponse du chef : si ça ne te plait pas, tu pars.

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