Dix nuances de management : Revivre (9/10)

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(Crédits : DR)
Comment Pascal T, manager dans un grand groupe, parti en vacances en Italie sur les rivages de la Méditerranée avec son ordinateur et ses palmes, découvre, grâce à une rencontre avec une lectrice passionnée, qu'il a oublié l'essentiel : des ouvrages pour lui ouvrir l'horizon.

Chapitre IX - 'Revivre'

Il se leva, remplit d'un courage tout neuf. Non qu'il se sentit pousser des ailes de héros, mais plutôt la barbe d'un sage. D'ailleurs depuis une semaine, il ne se rasait plus. Pascal découvrait une nouvelle exigence : celle d'être au rendez-vous avec soi-même. En le décidant, le courage vous fait agent et sujet de votre vie. Dans le vieil adage "quand on veut, on peut", il réalisait que c'est le vouloir qui compte plus que le pouvoir, qui est déjà en acte un soi. C'est le vouloir qui permet le passage vers le pouvoir.

Pascal se sentait vouloir. Vouloir agir courageusement et surmonter sa peur de ne pas réussir tout en affrontant les désagréments de son travail avec ses activités difficiles sans plaisir immédiat.

Une phrase de Platon, enfouie dans sa mémoire d'étudiant, lui revint : "La victoire sur soi-même est de toutes les victoires la première et la plus glorieuse". Victoire sur l'invitation constante et permanente à ne pas baisser les bras et à faire en sorte que le découragement n'aura pas le dernier mot.

C'est le courage qui nous permet de continuer, non pas d'accepter l'inacceptable, mais de surmonter les vicissitudes de la vie, et ...le découragement. À la façon de Samuel Beckett, Pascal pensait devant ce temps de vacances qui touchait à sa fin : "il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer". Et faire comme disait Aristote « ce qui convient au moment opportun ».

En un mot : il se sentait revivre. Se retrouvait, se rejoignait lui-même, avec un sentiment de certitude et de surprise.

Pour célébrer l'évènement, il avait invité Sabrina à prendre l'apéritif sur la terrasse de la maison, où l'ombre de l'olivier faisait écho à cette impression de paix indicible. Expérience anodine en apparence, il s'était senti entendu par celle qui l'avait écouté et lui avait répondu. Ses questions et ses remarques lui avaient révélé une part de lui-même. Comme s'il avait appris ce qu'il pensait sans même le savoir. Intuition et contact. À travers leurs échanges, le sens de sa vie, de la vie, lui apparaissait plus clairement.

Elle arriva, une bouteille de vin sicilien dans une main, dans l'autre une branche de bougainvilliers. Et toujours ce sourire qui ne la quittait pas. L'épouse de Pascal avait préparé un joli plat de bruschetta. Les deux femmes s'étant déjà rencontrées, manifestement s'appréciaient. L'été avait beau darder ses rayons chauds et sensuels, Pascal ne s'était pas laissé distraire. Sabrina ne lui en avait pas fourni l'occasion. Et sa femme attentive savait mieux que toute autre le faire exister.

- Tenez ! C'est pour vous. Sabrina lui tendit un livre. Au premier regard, il jugea la couverture violette ornée d'une fleur un peu "fille". Le titre le fit aussitôt changer d'avis

- "Revivre" ? Sabrina vous lisez dans mes pensées ?

Il trouvait cela si étonnant de se voir offrir ainsi un livre par une femme qui n'entrait pas vraiment dans sa vie. Réservé, de cette réserve un peu polie que l'on retrouve chez les dirigeants, entre bonne éducation et diplômes rassurants, il n'aimait pas que l'on décelât chez lui ses émotions ou ses humeurs. Surtout, il n'en avait pas (encore) l'habitude.

- Non je vous assure, comprit Sabrina, ne voulant pour rien au monde heurter la carapace. J'ai seulement pensé que cet ouvrage vous plairait et résumerait assez bien la tonalité de vos vacances... pour ce que j'ai pu en saisir. D'ailleurs il est pour vous deux, précisa-t-elle à l'attention de la femme de Pascal.

Celle-ci trouvait en Sabrina, une alliée inattendue. Elle goûtait les capacités de bonne camaraderie et de sympathie de cette femme.

Elle vint à son secours :

- C'est très gentil de votre part Sabrina. Vous savez que j'adore ce genre de lecture. Pascal un peu moins. Mais je sens que nous ne désespérons pas, vous et moi, de l'ouvrir à de nouveaux points de vue. Et puis je vois que c'est écrit par Frédéric Worms. C'est un philosophe n'est-ce pas ? Il me semble l'avoir entendu dans l'émission d'Enthoven sur France Culture ?

- Oui c'est un philosophe. Il est professeur à l'université de Lille III et directeur du centre international d'étude de la philosophie française contemporaine à l'École Normale. J'ai tellement aimé cette lecture que je tenais à vous l'offrir en souvenir de ces bons moments passés ensemble.

- Un philosophe, pas un psy ! ouf. Pascal se croyait drôle.

Sa femme s'était saisie du livre et déjà le parcourait.

- Écoute ça Pascal :

Revivre : Illusion ou réalité, la question ne se pose pas seulement pour notre vie individuelle, pour chacun de nous. Elle se pose aussi, aujourd'hui plus que jamais, pour notre vie collective, pour la vie de tous, prise entre un passé "qui ne passe pas" et qui menace de se répéter, et une action, une transformation qui s'imposent et qui, bien loin de s'être arrêtées, reprennent, fût-ce sous la menace de la crise ou de la catastrophe, dans la société, la politique et le monde. Ne serait-ce pas l'une des clés de notre époque ? Tout se concentre, en tous cas, sur les deux sens que prend en français ce curieux verbe : revivre.

Revivre, c'est en effet répéter, ressasser le passé, d'une manière telle que nous ne nous contentons pas de le contempler comme un spectacle, mais ne pouvons nous empêcher de le vivre à nouveau, comme si nous y étions, comme s'il était encore agissant, en réalité, dans le présent. Pourtant, revivre, c'est aussi repartir, renaître, d'une façon dont la même répétition, chaque matin, ne peut annuler la nouveauté, le sentiment irréductible de nouveauté, "comme si de rien n'était", et, plus encore, comme si nous pouvions avancer, agir, créer, aller plus loin, de nouveau.

Quel sens entends-tu en premier ? Et vous Sabrina ? Quel est celui qui domine ?

- Cela dépend des jours, des heures, des évènements de ma vie... répondit Sabrina. Il y a un peu toujours des deux, comme un indice, une orientation. Je dirais qu'en ce moment je penche plutôt pour le second.

- Je vous rejoins Sabrina, concéda Pascal. Bien qu'une sorte de tension m'apparaisse entre ces deux mouvements, comme une dualité.

- Oui d'ailleurs l'auteur précise : "comme si la vie avait un sens, d'en avoir deux, et, dans sa tension entre les deux, de pouvoir perdre ou retrouver ce sens. (...) Toute notre expérience le prouve, le sens de la vie ne lui est pas donné, ou enlevé "à priori" définitivement, mais selon les expériences que nous vivons et que nous revivons, qui varient et dépendent, en partie au moins, de nous."

C'est magnifiquement écrit ! Merci Sabrina !

- Je sens qu'elle va le lire avant moi ! Je vous l'avoue je suis séduit...

Au moment où il prononçait ce verbe, Pascal se sentit rougir. Oui, il était séduit. Pas à la manière d'un homme habituellement séduit par une femme. Juste conquis. Au fil des conversations, il apprenait effectivement à Revivre. Il ne rêvait pas d'avenir plus brillant. Non, il sentait simplement monter le désir de recommencer à agir, par soi-même et dans le monde. Cette rencontre marquait pour lui une sorte d'expérience constructive. Certes, il en ressortait avec un sacré programme de lecture. Mais pas seulement. Avec un surcroît d'intérêt pour les liens avec autrui. Quelque chose qui en somme lui apparaissait assez concret. Prendre soin de soi et prendre soin des autres touche à notre essence. Et constitue le cœur de toute renaissance. Pascal commençait à comprendre à quel point la vie, c'est donc cette relation avec soi, dans la relation avec les autres et le monde.

- Sabrina, vous restez dîner avec nous ? On se fait un plat de pâtes ?

Sa femme avait repris le fil des éléments concrets, ceux du corps, celui de l'appétit, qui nous relie au sentiment têtu de nous sentir vivant. L'un de ces évènements quotidiens dans lequel nous sommes reliés entre nous et avec tous les autres. Car que signifie ne pas oublier de vivre ? Sans doute la chose la plus simple du monde : manger, boire, dormir, parler avec ses amis et... aimer.

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>>> Demain :  Vivre à propos (10/10)

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Commentaires
a écrit le 18/08/2014 à 15:37 :
10 petits articles sympathiques, mais j'avoue une pointe de déception : une fois les portes ouvertes défoncées, j'attendais un peu de concret. Car l'expérience prouve que même 20% de managers collaboratifs et positifs dans l'entreprise ne suffisent pas à faire changer le Comex et ses obsessions budgétaires... dont découlent tous les comportements déviants listés au début.
a écrit le 16/08/2014 à 21:59 :
Un publi-article (après huit autres du même accabit) qui se donne des airs de littérature, et qui ne peut tromper que les incultes complets en la matière. Tout y est d'une vulgarité affligeante, les idées comme le style.
Je crains que ce ne soit déjà là ce dont a besoin un grand nombre de gens qui vivent hors de toute véritable culture, et à qui on souhaiterait souvent proposer quelque chose de vraiment fort, mais qui pour diverses raisons aurait peu de chance de "marcher", ... d'un point de vue commercial naturellement. L'auteur qui a peut-être conscience de la nature de ces articles a sans doute raison de ne pas aller au-delà. Ah, autre chose : la présentation de l'auteur et la rubrique "à propos" sont édifiantes.

Désolé de ce discours critique et entièrement négatif, je lis et juge en fonction de ma culture ...
Réponse de le 20/08/2014 à 22:50 :
Je ne comprends pas votre point de vue. Pouvez - vous développer?
a écrit le 14/08/2014 à 12:38 :
Pour revivre, il faut d'abord mourir et jusqu'à présent personne n'est revenu de la mort.
Revivre n'existe pas, on continue à vivre même si on a voulu enterrer le passé. Mais on n'enterre qu'un passé vivant qui ne demande qu'à ressurgir à la moindre occasion. Comme dans les films où les morts-vivants revivent pour tourmenter les vivants. Quant à la conclusion:"Sans doute la chose la plus simple du monde : manger, boire, dormir, parler avec ses amis et... aimer."...c'est devenu inaccessible pour l'immense majorité des gens dans le monde actuel.

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