Les MOOC, futur canal de recrutement des entreprises ?

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Suivre un Mooc pour développer ses compétences, le futur de la recherche d'emploi ?
Suivre un Mooc pour développer ses compétences, le futur de la recherche d'emploi ? (Crédits : Reuters)
Les cours en ligne ? Une aubaine pour développer ses compétences lorsqu'on recherche un emploi. Encore faut-il que les entreprises les valorisent...

 

Les MOOC peuvent-ils être utilisés à des fins de recrutement ? Alors qu'en France, l'idée fait sourire, aux Etats-Unis, la question est prise tout à fait au sérieux. D'ailleurs, certaines grandes entreprises comme Google ou Facebook travaillent d'ores et déjà sur la question avec des plates-formes de MOOC comme Udacity ou Coursera. LinkedIn a établi un partenariat avec Coursera, et il est désormais possible d'afficher sur le réseau social les certificats obtenus auprès de l'entreprise pionnière des MOOC. Alors qu'en est-il réellement ? Les MOOC, futur Eldorado du recrutement ou mode passagère ?

Des systèmes de certification pour faire tomber l'anonymat

Premier obstacle: le problème de l'authentification de l'identité. Comment peut-on être certain que la personne qui a obtenu le certificat est bien celle qui a réalisé le travail ? Après tout, comme disent les anglo-saxons : "on the Internet, nobody knows you are a dog."

Pour répondre à cette critique, des systèmes de certification à distance et en présentiel ont été mis en place, à travers des partenariats avec des entreprises du domaine. ProctorU s'est spécialisée dans la certification à distance, tandis que Pearson VUE utilise ses milliers de centres à travers le monde pour les examens en présentiel.  Ce sont les solutions qu'ont par exemple choisi Udacity, mais aussi bien d'autres organisateurs de MOOC à travers le monde. Les organismes de certification partagent alors les recettes avec les plates-formes de MOOC. Aux dernières nouvelles, la vente de certificats authentifiés est d'ailleurs la principale source de revenus de Coursera.


Une infime partie des étudiants obtient son certificat

Néanmoins, ce modèle présente un certain nombre d'inconvénients. Tout d'abord, ces certificats sont chers. Rien d'étonnant, l'organisation d'examens est coûteuse, et les organisateurs prennent une part significative. Il est difficile de descendre sous les cent dollars pour les examens en présentiel ou organisés avec Proctor U. Seule Coursera propose des certificats un peu moins chers, entre 30 et 100 dollars, car l'entreprise est parvenu à internaliser le service.

Toujours est-il que le nombre de certificats vendus par MOOC demeure relativement faible. En moyenne, 10% des participants obtiennent un certificat, et seule une fraction infime de ces 10% paie pour être authentifié. Pour Coursera, seuls quelques dizaines de milliers de personnes ont acheté des certificats authentifiés. Un peu décevant quant on sait qu'ils disposent de près de 6 millions d'utilisateurs. Pour un MOOC de 10.000 personnes comme Gestion de Projet - une taille raisonnable pour un MOOC francophone - cela signifie entre 50 et 100 candidats potentiels. Rien de surprenant dans la mesure où la valeur de certificat est encore faible, vu leur manque de reconnaissance officielle.

 

A quelles compétences les certificats de MOOC correspondent-il ? 

Par conséquent, si on ne considère comme base de recrutement que les participants qui ont obtenu un certificat authentifié, cela ne représente plus grand monde. Certes, ce seront des personnes motivées, mais on perd ce qui fait justement l'intérêt des MOOC, leur caractère massif. On passe sans aucun doute à côté de nombreux talents qui n'auront pas jugé utile de payer pour un certificat encore considéré comme une monnaie de singe. Deuxième argument contre la restriction aux certificats authentifiés : la valeur du certificat en termes pédagogiques. A quelles compétences les certificats de MOOC correspondent-il ?

N'oublions pas que les examens ne durent en général qu'une ou deux heures tout au plus, et ne sont pas corrigés par des examinateurs. Tout va pour le mieux si les compétences recherchées peuvent être évaluées de manière automatisée via des QCM, textes à trous ou réponses numériques. Cela passe assez bien pour des sujets qui demandent un peu de calcul, typiquement la finance, la comptabilité, etc. Mais si l'évaluation de la compétence se base sur des productions écrites qui nécessitent des journées entières de travail, c'est une autre affaire.


Ce qui compte, c'est le niveau de difficulté du certificat

Impossible d'enfermer les participants de MOOC dans un centre d'examen ou de prendre le contrôle de leur écran pendant une semaine, il est nécessaire de leur faire confiance. Cela dit, les établissements de formation sont tous confrontés à ce problème. Impossible de contrôler si les devoirs réalisés hors de l'établissement ont bien été faits par la personne qui reçoit la note. Or ce sont les productions qui nécessitent un investissement plus conséquent qui à mon sens ont un intérêt sous l'angle du recrutement.

Il est donc à mon sens plus pertinent de prendre en considération l'ensemble des participants qui ont obtenu le certificat, et non uniquement les certificats authentifiés. Ce qui compte véritablement, c'est le niveau de difficulté et la quantité de travail nécessaires pour obtenir la certification. Bien sûr, dans le tas des non authentifiés, il y aura des gens qui tricheront, qui parviendront à faire faire les examens de programmation par leur cousin développeur, leur rédaction d'anglais par leur oncle en Amérique, ou tout simplement pratiquer le plagiat (mais on peut le détecter assez facilement). 

 

Un round de séléction

Il ne faut pas prendre les résultats des MOOC comme parole d'évangile, c'est certain. Les MOOC peuvent servir de premier round de sélection, mais ils ne permettent pas de faire totalement l'économie des méthodes classiques de recrutement. Cela dit, je doute qu'il y ait tant de fraude que cela. Il serait dommage de dénigrer un système intelligent pour quelques fraudeurs agissant à la marge.

Cependant, avant d'adopter les MOOC comme canal de recrutement, il faut se poser la question de savoir s'ils sont tous adaptés à la sélection. A priori non. Il faut garder à l'esprit que de nombreux établissements se lancent dans le domaine avant tout pour obtenir de la visibilité sur Internet. Et bien souvent, l'essentiel de l'attention porte davantage sur la qualité technique des vidéos de cours que sur la pertinence des exercices et activités proposées.

 

Finie, l'opacité des diplômes

Pour qu'un MOOC soit intéressant du point de vue du recrutement, il faut qu'il soit scénarisé dans cette optique, ou au moins que l'aspect "sélection" soit un peu réfléchi. Il est donc probable que seule une fraction des MOOC qui verront le jour puissent être utilisés dans une optique de recrutement. Et pour ceux-là, la marque de l'établissement ne sera peut être pas aussi importante que le contenu de la formation.

L'intérêt principal pour les recruteurs, c'est de pouvoir identifier très précisément les compétences associées au certificat, dans la mesure où il est possible d'avoir accès aux énoncés des devoirs, voir directement aux productions des participants si ceux-ci les stockent dans un e-portfolio. Fini l'opacité des diplômes. Maintenant, on veut avoir du concret, voir ce que le candidat potentiel sait faire. Et le numérique est parfait pour cela. Et dans la mesure où c'est l'apprenant lui-même qui souhaite le plus souvent mettre en valeur son savoir-faire en exposant ses productions, on ne peut reprocher à cette approche d'être une nouvelle forme de contrôle.


Bientôt sur Google Jobs ?

Alors, les MOOC, futur du recrutement ? Si nous avons soulevé quelques points de questionnements, il est impossible de prédire l'avenir. Il est possible que les cours de certains établissements deviennent des références en matière de recrutement, des partenariats étant mis en place avec des entreprises. Il est également probable que les entreprises qui en ont les moyens organisent à terme leurs propres MOOC pour satisfaire leurs besoins de recrutement. A voir.

Dernière interrogation: le rôle de Google dans tout cela. Rappelons que le géant de Mountain View lance en partenariat avec le consortium edX (MIT, Harvard, etc) le service mooc.org, qui a vocation à devenir le "Youtube du MOOC". D'ici là fin de l'année, tout le monde disposera d'une plate-forme gratuite pour lancer son MOOC. Est-ce que cela impactera à terme les méthodes de recrutement ? Finira-t-on par chercher des candidats sur Google Jobs ? Affaire à suivre ....





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Commentaires
a écrit le 12/06/2014 à 13:35 :
Merci pour cet article complet et intéressant qui présente bien l'intérêt du MOOC pour la carrière. Pour la recherche d'emploi, je vous invite à découvrir également Academyk.org, le Mooc de l'emploi.
a écrit le 30/01/2014 à 19:34 :
le contrôle de l'identité est je pense anecdotique et est ni plus ni moins un problème que les diplômes mentionnés sur les CV et qui n'ont jamais été obtenus...
a écrit le 14/01/2014 à 21:45 :
Bonjour. Article très intéressant.
Juste une petite coquille à corriger : "Encore faut-il que les entreprises les valorise... "
==> "valorisent" (ici, ce sont bien les entreprises qui valorisent les cours).

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