La Tribune

Pourquoi un tel engouement pour les pratiques "Do it Yourself" ?

La réunion "Do it yourself " du Carrefour des Possibles / Creative Commons Crédit Fing
Véronique Routin et Hubert Guillaud, de fing.org  |   -  654  mots
Le 20 mars au CentQuatre, établissement culturel de la ville de Paris, la Fing organisait un Carrefour des Possibles sur les Pratiques amateurs (le DIY - Do it Yourself, ce mouvement du "faire soi-même" qui traverse l'internet, promu notamment par le magazine Make) Au-delà de l'effet de mode, qu'est-ce qui explique un tel engouement pour ces pratiques ? Pourquoi autant de gens s'intéressent à ces sujets ? Qu'est-ce qu'ils traduisent ?

 Wiithaa est une communauté en ligne de recycleurs et de créateurs. Son projet est particulièrement simple : il consiste à utiliser le réseau pour rassembler les gens et montrer que l'on peut changer le sens de la consommation, en favorisant le recyclage (upcycling). Sur l'internet, la plateforme met en contact designers, bidouilleurs et utilisateurs à la fois pour partagés des matériaux, des idées et créer prochainement une plateforme d'achats de produits recyclés. Chacun est invité à y partager idées, plans, méthodes pour inventer de nouveaux produits avec nos déchets et nos objets usagers. Le collectif a ainsi récemment envahit la Mutinerie, nouvel espace de coworking qui vient de s'ouvrir à Paris, pour fabriquer des objets en commun depuis un ensemble hétéroclyte d'objets de récupération. L'idée n'était pas seulement de redonner vie à des objets, mais peut-être plus encore de créer un moment de convivialité autour de la pratique même du recyclage et du bricolage. Bricoler à plusieurs, s'entraider, faire de la récupération et du bricolage une fête. Quand on les voit faire d'une palette une chaise ou de bouchons de lièges un fauteuil, chacun se dit qu'il peut le faire.

Devenir acteur de son environnement

Ce type de plateforme nous raconte plusieurs choses sur les rapports que nous entretenons avec les objets. Dans un monde où les produits nous arrivent tout faits, où tout est automatisé, intégré, monté, prêt à être utilisé, ces pratiques révèlent un besoin de se réapproprier les objets, comprendre de quoi ils sont faits, comment ils fonctionnent, comment on peut les transformer, comment on peut en créer de nouveaux...

Elles nous invitent à être à nouveau acteurs de notre environnement le plus immédiat. Elles renouent avec la satisfaction personnelle de faire, dans un monde où le consumérisme ne nous donne plus aucune satisfaction, où le marketing détruit tous les outils de savoir, comme le dit Bernard Stiegler. Elles renouent avec une pratique conviviale, consistant à faire ensemble, dans un monde où la consommation nous individualise. Reste à savoir si c'est une réaction éphémère à un monde qui nous détruit, cultivée par quelques idéalistes passionnés, ou si c'est un mouvement de fond visant à redonner sens à notre société ?

Le bricolage? Un apprentissage

Le bricolage est l'une des pratiques de loisirs les plus partagée par la population. L'idée d'en faire une pratique plus conviviale, dans des moments partagés, festifs, nous rappelle combien le bricolage ne s'apprend pas seul. De tout temps, il a été un apprentissage. Et c'est sûrement ce qui motive la création de nombreuses communautés de bricolage depuis l'internet allant de vidéos amateurs, à des sites de partage de pratiques, voir même, comme le propose Castorama avec les troc'heures, à des modalités d'échanges pratiques.
Pour autant, sommes-nous tous capable de produire nos objets? On voit éclore des lieux dédiés à la fabrication, communément appelés "maker spaces" (englobant les Fab labs, Hacker spaces), voir l'étude Tour d'horizon des Fab Labs . En France, des espaces ouvrent, comme le proposent le FacLab à l'université de Cergy-Pontoise. Des associations comme les petits débrouillards, participent à ce mouvement des "makers" en permettant aux enfants à apprendre par le faire.

Redonner confiance dans sa capacité à faire

Nous ne sommes peut-être pas tous designers, mais peut-être bien tous bricoleurs. Sculpteo, en proposant un service de personnalisation d'objets à partir de créations originales faites par des designers, nous rappelle également combien l'accompagnement des pratiques amateures est important, pour faire que nous trouvions de la valeur à nos propres créations. Finalement, c'est à se demander si ce mouvement ne cherche pas avant tout à nous redonner confiance dans notre capacité à faire, à être, et pas seulement à consommer. S'il ne pouvait que réussir cela, ce serait déjà un formidable élan, non ?

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