Plus jamais « Charlie » !

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L'édition des survivants datée du 14 janvier, une semaine après l'attentat à Charlie Hebdo.
L'édition "des survivants" datée du 14 janvier, une semaine après l'attentat à Charlie Hebdo. (Crédits : ERIC GAILLARD)
« Je suis Charlie », « je suis flic, je suis juif, je suis Charlie » ! Les immenses manifestations du 7 au 11 janvier ont été un message de rage, d'émotion, un message pour la nation, pour nos enfants. Et après ? La répression ! Et après ? Voici quatre axes de travail pour qu'il n'y ait « plus jamais ça ! ».

Le premier axe est mondial. Il s'agit d'éteindre le djihadisme, pas seulement par les armes. Les guerres d'Afghanistan, d'Irak et du Mali montrent leurs limites.

L'Organisation de la conférence islamique (OCI), qui regroupe 60 États musulmans - car c'est bien l'islam qui est concerné au premier chef -, doit travailler avec l'ONU à ce but, car ce sont bien les 192 États de cet organisme qui sont concernés. Le deuxième axe est occidental. En effet, hors les pays musulmans eux-mêmes, le djihadisme tue dans les pays occidentaux. Non seulement il faut échanger sur le plan sécuritaire, mais il faut aussi tendre à des définitions communes - ce qui est le plus compliqué -qui encadrent le djihadisme pour mieux comprendre la place de l'Islam dans le monde occidental et contribuer à organiser la société musulmane. Sur ce point, la France a une place particulière, avec les musulmans les plus nombreux et un principe de laïcité qu'elle est seule à comprendre...

Le troisième axe est national. Il est d'ailleurs le reflet des fissures de notre société : résoudre le vivre-ensemble et non créer le vivre-à-côté. Ce sont bien les « banlieues », les « quartiers », qui sont les ferments de ces djihadistes.

Résoudre par exemple soixante ans d'échec de politique urbaine en constatant le gouffre financier de la politique de la ville (des dizaines de milliards d'euros dépensés en pure perte), résoudre quarante ans d'errements dans l'enseignement pour arriver à un classement Pisa catastrophique, notamment pour les élèves des banlieues.

Le quatrième axe est aussi national : comment changer la pensée unique qui étreint et éteint la nation. Ce sujet est évoqué sans cesse depuis plus d'une trentaine d'années. Reconnaître, accepter, changer la pensée unique, c'est écouter l'Autre, c'est voir différemment le vivre-ensemble. C'est ne pas proposer année après année des solutions identiques qui ne fonctionnent pas. C'est ne pas être dans l'opposition ou l'accord systématique. C'est changer le regard sur la nation, avoir une vision, être dans le champ et dans le chant du monde.

Utopique ? Peut-être, mais urgentissime si l'on ne veut pas un dixième anniversaire « chaud brûlant » des émeutes des banlieues de la fin 2005.

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

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Commentaires
a écrit le 27/01/2015 à 12:17 :
Axe- 4 : comment, au niveau national, changer la pensée unique qui étreint et éteint la nation ?

Vous avez raison ; mais "écouter l'autre" n'y changera sans doute pas grand chose. Car sur ces questions plus encore que sur d'autres, "L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter." (G. Bachelard)
Il conviendrait davantage de dépassionner les choses en y injectant plus de raison, de connaissances. Hélas, rien ne nourrit autant la politique que les passions : celles des hommes politiques communiquées à l'opinion, celles de l'opinion communiquées aux hommes politiques. Des média très professionnels et conscients de leur rôle politique, societal, pédagogiques nous seraient d'un énorme secours. Hélas, moribonds, ils se tirent la bourre et, même sur ces questions, surtout sur ces questions, versent dans un sensationnalisme et des simplismes tragiques. Autant dire que nous avons encore de sombres jours devant nous.

Désolé d'avoir fait long ; mais vous soulevez des questions terriblement importantes. Il aurait été dommage d'y réagir par des commentaires à l'emporte-pièces.
Réponse de le 03/02/2015 à 17:35 :
Merci de votre réflexion !
a écrit le 27/01/2015 à 4:23 :
Axe-2 : en Occident, échanger sur le plan sécuritaire et tendre à des définitions communes.
Ce sera certainement, c'est déjà, l'axe privilégié. Parce que le plus simple, le plus technocratique. Fichiers, nomenclatures, rapports, nouvelles lois, collaboration entre services etc. C'est simple, c'est rationnel, c'est politiquement payant parce que ça donne l'impression de vachement bosser... mais, c'est superficiel. On ne va pas au fond des questions parce que c'est tabou (et pas dans le sens qu'on pense souvent...) ; même si c'est assez efficace (grace notamment aux services secrets) jusqu'à la fois ou ça ne marche pas. Comme dernièrement. Manifestement, les organisations djuhadistes aussi savent comment ça marche. Ce n'est pas pour rien que depuis Ben Laden, la stratégie est de disséminer, de franchiser. On sème au vent (internet), on lâche la bride sur le cou, on décentralise (comme dans la Silicon Valley on investit un peu sur beaucoup de projets parce qu'on ignore a priori celui qui remportera la timballe. Mais on sait que ce gros coup fera mieux que rembourser tout ce qu'on a perdu sur les projets sui n'ont pas marché.)
Les terroristes aussi n'ont besoin que de ça : gros coup et appréhension (tension) chez leur cible du gros coup qui peut venir de n'importe où, n'importe quand. Autrement dit dans tous les cas, c'est "usant".
a écrit le 27/01/2015 à 1:51 :
Axe 1 : ONU, OCI...
Je crains que ça soit des vœux pieux.
- par ONU, vous entendez sans doute son Conseil de Sécurité ; soit : Russie, Chine et... surtout USA.
A la limite, ils voudraient la paix ; la faire éventuellement ; mais au prix de leurs intérêts ? Certainement pas !
Or, une grande partie des zones de chienlit sont liées à leurs intérêts (vous les avez vus se ruer tous en Arabie Saoudite).
Dans ces zones, si une micro-élite rassasiée et mysticisante (H. El Tourabi, typiquement Ben Laden...) peut haïr l'occidentalisation et l'hédonisation de leurs sociétés, presque toutes les populations y aspirent (parfois avec le ressentiment de n'y pas accéder assez vite). La démocratie, le développement social et la sécularisation qui s'ensuit y seraient donc bien accueillies par les populations (Tunisie, Égypte...). Hélas, les pays développés, USA en tête, n'y ont pas intérêt. En effet, si tous les pays du Maghreb, du proche et moyen Orient devenaient des Danemark, avec des dirigeants, rigoureux, épris d'égalitarisme et dévoués aux intérêts de leurs peuples, le business pourrait difficilement continuer à se faire de manière biaisée et déséquilibrée en faveur des pays développés. On préfère donc soutenir le moyen-âge saoudien, le vilain petit Qatar, des très molles démocraties (Irak de Chalabi, Afghanistan de Karzai etc.)

- OCI : ils sont le problème, pas la solution. Autant demander la paix il y a quelques siècles, aux monarchies européennes déchirées par leur volontés de puissances respectives, intrigant les unes contre les autres et occasionnant des siècles et des siècles de guerre. Il aura fallu qu'ils aient été au bord de s'annihiler, l'émergence des USA et l'UE pour avoir une paix durable. Les pays de l'OCI en sont encore loin.
a écrit le 27/01/2015 à 0:57 :
Vous êtes un homme de bonne volonté ; c'est méritoire par ces temps... même si je suis loin d'être ok avec vous.

Commençons peut-être par un axe-0 : quelques observations.
- Le Jihadisme comme guerre "sainte" voulant islamiser le monde est-ce autre chose qu'un fantasme ? Celui de quelques illuminés (Kouachi, Coulibaly) chair à canon d'autres, rares, illuminés (Ben Laden, Baghdadi...), acteurs ayant d'autres projets... politiques visant d'abord plus leurs propres pays que l'Occident. Quand on oublie ces dimensions politique et territoriale la menace en semble plus irrationnelle et donc plus effrayante
- chassé-croisé plutôt que "salafisation" générale. Si on prend l'exemple du "voile", suivant une sociologie complexe, il connaît une, modeste, poussée protestataire dans nos pays développés et sécularisés ; alors que dans les pays musulmans sous la double coupe de la corruption des élites et d'un traditionalisme imputable aux retards de l'éducation formelle, les classes pauvres adoptent une "théologie de la libération" (Frères musulmans, Hamas...) avec un fondamentalisme ascétique qui se veut surtout une critique des élites corrompues et/ou des classes moyennes et supérieures tentées par la sécularisation, l'hédonisme moderne et la globalisation culturelle.
L'impression d'un islamisme compact envahissant tout et voulant s'imposer partout est un effet d'optique, la focalisation sur ce qui nous inquiète au détriment de ce qui pourrait nous rassurer.
Il n'en reste pas moins que, pour être une poignée, par rapport au milliard et demi de musulmans du monde, les illuminés, ont une capacité de nuisance dévastatrice, à quoi tout autre chose donnerait tout autant prétexte.
a écrit le 26/01/2015 à 9:09 :
et résoudre l’extrémisme laïque qui fait que depuis les années 80 la simple vue d'une soutane heurte la société!!! c'est la que se trouve la pensée unique !!!cette pensée qui a cru que la religion allait s'éteindre à petit feu avec la modernité!!! Il y a un défaut de conception à l'origine qu'il convient de rectifier au plus vite!!!
Réponse de le 26/01/2015 à 13:55 :
Il n'existe pas d'extrémisme laïque tout comme il n'existe pas de croyance modérée. La foi religieuse est aveugle (l'histoire et les sciences l'ont démontré) et ne requiert que la soumission aux lois divines au risque d'être relégué théologiquement chez les damnés. Les soutanes, croix, kippas, niqabs, burqas, etc ne posent aucun problème à la laïcité lorsque ces éléments religieux restent dans le domaine privé. Sur la place publique cela s'appelle du prosélytisme religieux! Le prosélytisme religieux est source de division dans toutes les démocraties du monde et doit être combattu avec force.
a écrit le 26/01/2015 à 8:29 :
les pompiers -pyromanes ont défilé dans l"hystérie collective du moment.
Ceux-la même qui sont à l'origine du problème se sont donnaient bonne conscience à peu de frais mais en toute "bonne foi" ; l'immigration mal gérée aboutit aussi au chômage, la relation est évidente mais politiquement incorrecte ! Aucune issue.
a écrit le 25/01/2015 à 13:47 :
Merci a nos "amis" US d'avoir été a l'origine de tout ce qui se passe aujourd'hui en désorganisant le moyen orient! Mais c’était dans leur plan!?
a écrit le 25/01/2015 à 3:07 :
Les occidentaux ne veulent pas modifier l'occident. Et je suis d'accord avec celà. Puisque l'islam de france, d'angleterre ou de belgique (ou contrairement à ce qu'avance l'article, la situation est meme pire qu'en France), ne veux pas s'adapter aux moeurs occidentales, il faut refuser trés fermement l'assimilation, et cesser d'écouter pour rien, sinon à suicider l'occident. c'est aux non-occidentaux musulmans d'avoir envie de quitter l'occident, sinon, si la ligue arabe n'organise pas des migrations organisées de masse, avec des quotas par pays d'europe, vers des pays musulmans, en synergie amicale, afin d'éviter des guerre civiles, ce sont les partis radicaux et les fashistes qui vont le faire à leur place, et ca ne sera plus amical. Pour éviter le fashisme,la guerre civile et la disparition de l'occident chrétien et laïque, il n'y a évidement pas d'autres alternative. L'alternative de l'écoute signe la fin de l'occident tel que nous le connaissons, et les jihadistes ont déja prévu leur victoire compléte sur l'occident, à la lecture d'articles pleutres, collaborateurs et défaitistes tels que celui-ci.
Réponse de le 25/01/2015 à 6:22 :
Occident "chrétien et laïc"
Ou les ravages de l'abrutissement télévisuel...
Réponse de le 25/01/2015 à 11:40 :
Bien répondu. Nous avons identifie l'ennemi et je suis édifié par la réponse qu'on leur donne. Nous avons assisté à une déclaration de guerre et nous répondons par la lâcheté.
Réponse de le 25/01/2015 à 18:45 :
Maintenant je pense que vous avez compris qu'il n'y a que Marine pour sauver la situation .Si ce n'est pas déjà trop tard .Mais moi c'est clait maintenant je voterai Marine .

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