Comme une histoire de famille

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Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR
Florence Autret, correspondante à Bruxelles / DR (Crédits : DR)
Vous n'y aviez peut-être pas pensé mais... « gérer votre propre argent est différent de gérer celui des autres ».

Telle est une des conclusions radicales à laquelle a abouti une récente table ronde sur la gouvernance des entreprises familiales organisée par la Commission européenne. Cette « différence », justement, est par ailleurs au centre d'un projet de directive de la Commission européenne sur la gouvernance des entreprises, qui attend depuis quelques semaines l'imprimatur du collège.

Le pari de la société anonyme consiste justement à réconcilier les intérêts des actionnaires (votre propre argent) avec celui des gestionnaires (celui des autres). Et la tâche est tout sauf évidente. Pendant quelques décennies, la grande question a été de rendre les gestionnaires un peu plus responsables du bien d'autrui.

La « valeur pour l'actionnaire » était l'alpha et l'oméga. Le prédécesseur de Michel Barnier, le commissaire au Marché intérieur et aux Services - un Irlandais libéral en diable qui aurait aimé tordre le cou aux golden shares -avait finalement quitté Bruxelles sans avoir réussi à toucher à ces titres de propriété qui rompent l'égalité entre actionnaires.

La roue avait déjà commencé à tourner

Elle a à présent accompli sa révolution : le nouveau leitmotiv de la Commission pourrait s'appeler « la valeur pour l'entreprise ». Après des décennies où l'anonymat de propriétaires uniquement guidés par le rendement de leurs titres était vu comme une incitation nécessaire à la bonne gestion, Bruxelles veut faire en sorte que les entreprises y voient clair sur l'identité de leurs actionnaires.

Les gestionnaires doivent savoir pour qui ils travaillent. En retour, les propriétaires doivent se sentir responsables de leur bien et exercer leurs droits, ne pas seulement « gérer leur propre argent » mais se sentir à leur tour comptables. Y compris - et c'est sans doute la raison pour laquelle ce texte met si longtemps à sortir - en contrôlant de près la rémunération des administrateurs, autrement dit de leurs propres représentants.

Ce n'est donc pas un hasard si la Commission s'intéresse à présent aux entreprises familiales, et pas seulement sur un mode suspicieux en cherchant à montrer du doigt les risques de népotisme ou de mauvaise gestion inhérents au mélange entre propriété et gestion.

Réunis à Bruxelles, leurs représentants en ont profité pour défendre leur cause. Laissez-nous en paix ! clament-ils en choeur. Nous savons gérer nos propres affaires. Comme si, en l'espèce, la (loi de la) famille, sans être une alternative au droit, devait pouvoir garder toute sa place. Ils ont quelques arguments. Prenez l'archétype de la (très) grande société familiale : au hasard, un très grand distributeur « nordiste ».

Faire partie du cercle des 500 et quelques actionnaires ne s'y résume pas à une rente

Les règles internes de l'affectio societatis familial ont été écrites pour écarter la tentation d'agir en passager clandestin. S'il le faut, les membres de la famille invités à faire partie d'un ou plusieurs conseils de surveillance des filiales du groupe ne sont pas juste triés sur le volet, leur rôle est proportionné à leur compétence, cela dût-il provoquer quelques grincements de dents lors des déjeuners dominicaux.

La jeune génération se voit prestement encouragée à faire ses classes dans les rayons des « hypers », histoire que « le lien se noue et que l'on ne bascule pas dans une logique de fonds de pension », indique une source « maison ».

Et quand Gérard Mulliez, le fondateur, a voulu, une seconde fois, en 2006, déroger à la limite d'âge fixée dans la charte familiale, cette même famille qu'il a enrichie au-delà de toute espérance l'a pourtant gentiment poussé vers la sortie. En somme, la Commission, gardienne du droit et défendeuse des principes de l'économie de marché, redécouvre que l'entreprise, pour être bien gérée, est un peu comme une histoire de famille. Le bon sens, en somme.

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Commentaires
a écrit le 17/04/2014 à 11:28 :
Une commission de Bruxelles ou un article pour brasser du vent. Les entreprises familiales grandes ou petites celles créées avec l'argent d'entrepreneurs qui un jour ont osé se lancer avec leur propre deniers dans l'aventure appliquent un bon sens de base dans leur gestion.
Quand est il de l'entreprise ETAT de la France au sens large ? Les propriétaires sont les citoyens les gestionnaires les politiques à tous les échelons de la société. Ces gestionnaires devraient ne jamais oublier le bon sens de la gestion "bon père de famille" les magouilles , les enrichissement personnels sur le dos des citoyens (cumul de mandats sans prestations)sont autant de fautes de mauvaises gestion que de vol du patrimoine des citoyens!

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