La Tribune

Carnet de bord décalé : Revival.com

Gael Vautrin et Fabio Marquetty  |   -  1253  mots
Un regard oblique sur l'actualité économique et financière de la semaine. Chaque jour, un fait, un chiffre saillant.

Vendredi 10. Tuning

Le Mondial de l'Automobile à Paris, ça va être la fête cette année ! Il faut dire que la dernière édition 2008, n'a pas été une réussite. Depuis, il y a eu un grand lifting dans le secteur. D'ailleurs, la quinzaine prévue porte de Versailles s'annonce déjà comme LE Mondial du Tuning. Avec en guess star GM, le ressuscité en passe de retrouver le chemin de la Bourse. Ailerons, jantes, pare-choc, châssis ... Y a plus rien d'origine là-dessus. Les voitures "made in France" sont pas mal non plus dans le genre. Complètement métamorphosées. La preuve par deux. Renault et PSA annoncent aujourd'hui le remboursement anticipé de 2 milliards d'euros (un chacun) à l'Etat. C'est que la mécanique française, ça dégage de la " tune" depuis deux ans ! Cela aura certes coûté bonbon à l'Etat. Car l'argent rendu aujourd'hui provient des primes à la casse financées sur les deniers publics. C'est un peu le chien qui court indéfiniment après sa queue ... Pas indéfiniment en l'occurrence. Parce que les primes c'est fini. C'est donc bien beau de faire des effets d'annonces pour rouler des mécaniques devant les petits copains, mais ça va moins rigoler maintenant que le marché risque d'être moins porteur.. Pas sûr, en effet, que l'on puisse rembourser le reste dans un six ou neuf mois quand une nouvelle bielle aura coulé.

Lundi 13. Revival.com

Les premiers pas de l'homoconnecticus semblaient déjà appartenir à un passé néandertalien. C'était l'époque bénie où les modems façon parpaing crachaient leur premier kilobit dans la friture des câbles téléphoniques. Depuis, Internet est résolument entré dans les m?urs à une vitesse fulgurante. Contrairement au moment de la bulle de 2000, les modèles économiques des acteurs de la Toile ont désormais du sens. A l'époque, il était de bon ton de miser sur la modernité. Quitte à investir dans des coquilles vides de substance et des perspectives bénéficiaires au prix fort. Malheureusement, la révolution tant promise sera plus lente que prévue. Dix ans de retard pour être très précis. Le temps que la baudruche éclate et que seuls subsistent une poignée d'élus, start-up d'hier devenues survivantes d'une époque révolue. Sauvées des eaux par la viabilité de leur business model. Les capitalisations boursières flambent à nouveau mais pour d'autres raisons. Seloger.com s'envole ce jour de 26,5%, celle de Meetic grimpe de 9,7%. Les stars du Web sont sur le départ. La Bourse a permisde financer leur croissance. Les belles à marier attendent maintenant de trouver chaussure à leur pied. Histoire d'être enfin appréciées à leur juste valeur. Autant en profiter. Les poches des prétendants sont pleines !

Mardi 14. L'an II après L.B.

Il y avait eu avant et après J.C. Il y aura désormais pour la finance un avant et après L.B, Lehman Brother la crucifiée. C'était il y a deux ans jour pour jour. Une soirée d'automne avant l'heure. Grise, chargée d'humidité et orageuse. Après une tentative avortée de rachat par Barclay's, la banque américaine se déclare officiellement en faillite. S'en suit une crise financière historique, plongeant les indices boursiers dans la nasse. Aujourd'hui encore, le compartiment des actions patauge dans le ketchup. En repassant au-dessus de ses niveaux de début janvier, le Dow Jones donne l'illusion de faire peau neuve. Mais il en faudrait un peu plus pour tirer un trait sur les affres du passé. L'aiguillon historique de Wall Street devra encore parcourir environ 900 points pour combler le vide crée par la chute de l'établissement bancaire américain. C'est à la fois peu et beaucoup en même temps. Pour les plus optimistes, 8 à 10% de hausse semblent à portée de main. Encore faudrait-il que la cote s'anime. Les flux entrants sont rares. Les contraintes réglementaires induites par Solvency II et Bâle III incitent plutôt les institutionnels à se désengager des placements à risque. Et malheureusement, en la matière, les actions sont logées à la plus mauvaise enseigne.

Mercredi 15. Le yin et le yen

Ah les japonais ! Ils n'ont pas leur pareil pour jouer l'effet de surprise. Eux que l'on connaissait très interventionnistes sur leur devise, étaient, en la matière, plongés dans le formole depuis 2004. C'est dire que l'intervention pour enrayer la flambée du yen ce matin, alors que le reste de la planète dormait encore, a fait son effet. Et hop ! Avec la dextérité et la légèreté aérienne d'un sumo, la banque du Japon procède à 20 milliards d'achats de dollars contre yens. Là. Comme ça. Ni vu, ni connu. La plus importante intervention de son histoire. Ah, faut pas les chatouiller les nippons ... Le Yen, c'est sacré ! Pas moyen de le laisser grimper au-delà d'un plus haut de quinze ans face au dollar. Ça pourrait kamikazer les exportations. Et les Exportations, c'est sacré ! Surtout depuis que la Chine est devenue fin 2009, le premier marché d'export des produits japonais. Le temps de faire comprendre aux investisseurs que les actions japonaises ne sont plus si chères que cela et hop le Nikkei prend 2,34 %. Le problème c'est que 20 milliards, au vu des 4.000 milliards échangés par jour sur le marché des changes, ça pèse pas plus lourd qu'un grain de riz dans un bol de chirashi. Ce n'est pas tant que les investisseurs aiment le yen en soi. C'est juste que, vu les courbes de croissance en occident, ils ne peuvent pas « saquer » le dollar et l'euro. Et préfèrent se porter sur un modèle déjà éprouvé de déflation. Sûr qu'ils vont aduler encore le yen pendant un certain temps.

Jeudi 16. Danse du ventre à la grecque

Dame Merkel l'a mauvaise. Mais alors très mauvaise. Pour venir pleurer dans les jupons de Bruxelles il y a quatre mois parce qu'il y avait un risque de défaut de paiement, il y avait du monde ! Maintenant que la tempête est passée, c'est autre chose. Aujourd'hui, plus moyen d'intéresser qui que ce soit sur d'éventuelles sanctions à imposer en matière de déficit public. Il y a des pistes tout de même. Comme la suspension du versement de fonds européens, des amendes ou des sanctions politiques ... Mais pour ceux qui n'ont pas encore annoncé des mesures d'austérité à coup de dizaine de milliards d'euros, les diversions ne manquent pas. La polémique sur les Roms fait, en soi, un bon écran de fumée. Alors que la foire d'empoigne bat son plein, Angela, seule dans son coin, se désole. Il faut dire qu'elle n'est plus en position de force. Les choses ont changé. La preuve, alors qu'il n'y avait âme qui vive pour acheter un euro de dette grecque au printemps dernier, George Papaconstantinou se fend aujourd'hui même d'une danse du ventre à Francfort pour convaincre les investisseurs que finalement la dette grecque n'est pas si mal que cela. Sûr qu'il va faire un tabac. Forcément maintenant que le pompier européen est venu éteindre l'incendie, que le risque d'une faillite est écarté, des taux longs grecs à 11,5 % c'est de l'or en barre pour des investisseurs au pain sec et à l'eau depuis plusieurs mois avec des emprunts d'état (sûrs) à 10 ans plafonnés à 3 %. Un petit sirtaki pour fêter ça ?

 

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