La Tribune

Lyon va recréer une Bourse régionale

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Pascale Besses-Boumard  |   -  929  mots
Les Chambres de commerce et d'industrie de Lyon et de la région Rhône Alpes, la Caisse des Dépôts, la Banque de France et Oséo se sont associés pour promouvoir et aller chercher des entreprises locales en mal de financement. Ce retour d'une place régionale devrait donner rapidement des idées à d'autres régions confrontées au même problème.

La création de la Bourse des valeurs moyennes, la Bourse de l'Entreprise, est donc dans sa dernière ligne droite. Encore faut-il que Nyse Euronext, l'opérateur boursier se hâte de présenter un projet dûment ficelé et cohérent d'ici au mois de décembre, a prévenu Fabrice Demarigny, le président du Comité stratégique (COS) ayant planché sur le sujet. Car pour lui, il y a effectivement urgence à concrétiser les choses si la place de Paris mais aussi les autres Bourses intégrées dans Nyse Euronext (à savoir Bruxelles, Lisbonne, Amsterdam) veulent pouvoir compter sur cette nouvelle structure d'ici à l'été 2013.
L'opérateur boursier parviendra-t-il à respecter ce timing ? En a-t-il réellement envie ? Nous serons donc rapidement fixés.
En attendant, l'absence quasi totale de relais régionaux pour la promotion de la Bourse et celles des entreprises locales, actions que menaient au jour-le-jour les anciennes Bourses régionales, disparues à la fin des années 80, a donné des idées à plusieurs interlocuteurs. Au moment où l'investissement direct en actions n'a jamais été aussi impopulaire, les dirigeants d'organes publics et privés ont décidé de remettre au goût du jour l'intérêt pour les entreprises moyennes et l'intérêt pour ces mêmes sociétés de recourir à la Bourse.

Les Chambres de commerce et d'industrie de Lyon et la région Rhône Alpes à la manoeuvre

La première région à s'être organisée et mobilisée pour cela est donc Rhône Alpes. Ainsi, selon nos informations, Lyon est-elle sur le point d'annoncer qu'elle a décidé de recréer une Bourse régionale. A cette occasion une association dénommée "Lyon, place d'échanges" vient d'être créée. Participent notamment à cette association, les chambres de commerce et d'industrie de Lyon et de la région Rhône Alpes, la Caisse des Dépôts, la Banque de France et Oséo. La mission de cette association : promouvoir grâce à la puissance de feu de tous ces interlocuteurs régionaux et nationaux, les entreprises locales, redonnant à la notion de proximité tout son poids. Mais aussi partir à la recherche d'entrepreneurs susceptibles d'être intéressés par une cotation. Pour autant, il semble, d'après les commentaires qu'ils ont reçu lors de la préparation de ce projet, que les candidats potentiels ne veuillent pas d'une cotation classique, les conditions réglementaires requises, y compris sur Alternext, apparaissant trop contraignantes financièrement... et chronophages. Du coup, les promoteurs de Lyon, place d'échanges ont demandé aux dirigeants d'Alternativa, la plateforme de cotation dédiée aux valeurs non cotées de s'associer au projet de manière à permettre aux sociétés intéressées d'avoir accès à une liquidité certaine.

Symbole très fort

Cette initiative est symboliquement très forte. Elle traduit en effet parfaitement l'attente des entreprises régionales confrontées aujourd'hui à une double peine : les banques rechignent en effet à les accompagner dans leurs projets de développement et les fonds d'investissement ont eux-mêmes des difficultés à se financer, les rendant beaucoup plus frileux pour injecter des capitaux dans ces véhicules. D'où le besoin impératif de redynamiser les flux boursiers qui ne sont rien d'autres qu'une mise en lien entre investisseurs et émetteurs. Avec l'assurance pour les investisseurs d'être en face d'entreprises prêtes à faire preuve de la plus grande transparence sur leur compte et leurs axes stratégiques. Une initiative qui devrait très certainement donner des idées à d'autres grandes régions françaises confrontées aux mêmes problèmes et recelant d'un très riche bassin de sociétés en mal de fonds pour croître et perdurer.

Concurrence pour Nyse Euronext ?

Nyse Euronext ne va-t-il pas voir dans ce projet l'émergence d'un concurrent embarrassant? Dans le rapport rendu hier par le COS à Nyse Euronext en vue de la création de la Bourse de l'Entreprise, il était bien stipulé que cette structure devait à tous prix se rapprocher des régions et de ces écosystèmes en mal d'intérêt et de reconnaissance. Il ne fait pourtant aucun doute que l'entité en gestation sera plus particulièrement attentive aux entreprises d'une taille déjà relativement importante puisqu'il est prévu d'y inclure des sociétés ayant jusqu'à 1 milliard de capitalisation boursière. Le spectre des entreprises visées par l'association "Lyon, place d'échanges" et sans doutes les autres Bourses régionales à venir, sera d'une bien moindre envergure. Du coup, il semble que ce projet autour des TPE (toutes petites entreprises) ne vienne absolument pas s'interposer sur les plates-bandes de Nyse Euronext. Au contraire, même, puisqu'il est de notoriété publique que l'opérateur boursier est bien embarrassé avec la problématique des très petites entreprises cotées sur le Marché Libre, ce compartiment regroupant des sociétés sur lesquelles il n'y a parfois aucune cotations pendant des années ou ne communiquant jamais. Un compartiment ne générant donc que très peu de flux financiers.

Qui des investisseurs?

Le retour des Bourses régionales est-il une bonne nouvelle pour les PME ? Cette initiative va indéniablement dans le bon sens et démontre à quel point les acteurs publics et parapublics ont pris conscience des difficultés du Poumon de la France et dans quelle mesure ils sont prêts à se lancer dans des projets concrets. Reste à voir si les investisseurs répondront présents.
 

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Commentaires

Thibaut  a écrit le 01/11/2012 à 13:37 :

L'Allemagne, dont la performance du modèle économique n'est plus à démontrer a conservé de nombreuses Bourses « régionales ». En dehors de Francfurt (Deutsche Börse) il existe Berlin, Hambourg - Hanovre, Munich et Stuttgart.

La stratégie du Groupe Nyse Euronext est avant tout tournée vers les grandes capitalisations internationales et les investisseurs institutionnels (High Frequency Trader). La part des exécutions réalisés par ces investisseurs algorithmiques n'ayant aucun intérêt dans les fondamentaux de l'entreprise et son financement à long terme est comprise entre 60 à 80% des volumes.

Le financement des entreprises est trop important pour la sortie de crise de notre pays pour le confier uniquement à des intérêts privés (Nyse Euronext / banques). Les pouvoirs publics doivent mettre en place des infrastructures permettant de mettre en relation les investisseurs locaux avec les entreprises locales ayant des besoins de capitaux. Il faut redonner du sens à l'investissement pour que les français se réconcilient avec les mécanismes de fonctionnement du marché.