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FICHE TECHNIQUE N°12 : CARACTERISTIQUES DES CROSS DE DEVISES MAJEURES

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1. Le cross EUR/USD

L'euro a été introduit en tant que monnaie électronique au 1er janvier 1999, alors que les pièces et billets euro ont été mis en circulation à partir du 1er janvier 2002. Avec le passage à la monnaie unique, la politique monétaire européenne a été confiée à la Banque Centrale Européenne (BCE). La BCE n'a pas en charge la politique de change de la zone euro qui reste du ressort des ministres des Finances des Etats membres.

Aux Etats-Unis, la politique de change du dollar relève également du gouvernement, c'est le Secrétaire d'Etat au Trésor qui en a la charge. Néanmoins, la Fed, en tant que responsable de la politique monétaire, peut avoir une influence importante sur la valeur du dollar de par les modifications des taux directeurs qu'elle peut décider. Les principaux objectifs de la Fed sont la maîtrise de l'inflation et le soutien de la croissance économique. On évoque en général une politique dite de « benign neglect » lorsqu'on veut décrire la politique de change américaine. Ceci implique que les Etats-Unis, laisse le dollar fluctuer librement sur les marchés, sans se préoccuper des conséquences pour le reste du monde d'une appréciation ou d'une dépréciation trop importante de la première devise mondiale. « Le dollar est notre monnaie, mais c'est votre problème » disait déjà en 1971, John Connally, alors secrétaire d'Etat au Trésor.

Le dollar est ainsi la devise la plus suivie et la plus traitée sur le marché des changes. En réalité, le dollar est présent dans plus de 90 % du total des transactions sur le Forex. Son poids est donc considérable, ce qui explique l'importance des données chiffrées de l'économie américaine et des divers rapports sur les mouvements des cours. Mais ce poids tend à baisser au fil des années avec la montée en force de l'euro en tant que monnaie de réserve des Banques Centrales.

De nombreuses devises émergentes sont « peggées » avec le dollar, ce qui signifie que leur taux de change est fixe par rapport au dollar avec une autorisation de fluctuation au sein d'une bande plus ou moins large. C'est le cas notamment pour de nombreuses devises asiatiques. La devise chinoise a longtemps été peggée au dollar. Depuis le mois de juillet 2005, le yuan est toujours peggé au dollar mais aussi à un panier d'autres devises, parmi lesquels l'euro, la livre sterling ou encore le yen. Il arrive parfois que des pressions sur les marchés poussent les cours en dehors de ces bandes, ce qui provoque des interventions immédiates sur le marché des changes de la part des Banques Centrales des pays concernés pour rétablir les cours au sein des bandes de fluctuation. Ces mouvements influencent énormément le cours du dollar sur les marchés, car elles impliquent en général des achats massifs de dollar. Dans le cas des devises asiatiques, beaucoup d'entres elles apparaissent sous-évaluées par rapport à l'économie et la croissance de leur pays. Ces derniers seront certainement amenés dans le futur à réévaluer progressivement leur monnaie ainsi qu'à diversifier leurs réserves, impliquant un affaiblissement de leur dépendance face au dollar et donc des ventes massives de dollars sur les marchés.

De nombreuses données doivent être prises en compte pour évaluer la valeur du dollar sur le marché. On pourrait citer surtout les différentiels des taux entre les bons du trésor américain et les obligations étrangères. En effet, les investisseurs auront tendance à placer leurs avoirs sur les produits offrant les meilleurs taux de rendement, ce qui implique de forts mouvements sur le marché des devises compte tenu de la valeur élevée du ticket d'entrée sur ce type de produits.

Un autre moyen de se faire une idée de la valeur du dollar est le dollar Index. Cet indice représente la moyenne des taux de change du dollar contre 6 autres devises majeures (l'euro, la livre sterling, le yen, le franc suisse, le dollar canadien et la couronne suédoise) et permet d'avoir une vision plus globale plutôt que de se fier uniquement à l'appréciation ou la dépréciation du dollar par rapport à telle ou telle devise étrangère.

À noter, enfin, qu'il existe une forte corrélation entre le cours du dollar et celui de l'or. Ce dernier évolue en général dans le sens contraire du dollar puisqu'il est coté en dollars. En période d'incertitude sur les marchés, les investisseurs se reportent sur l'or, considéré comme une valeur refuge, ce qui aura tendance à affaiblir le dollar.

L'EUR/USD est de loin le cross de devises le plus traité. Il représentait plus de 28 % des volumes de transaction sur le marché des devises en 2006. Ces volumes ne sont pas dus à l'importance des relations économiques entre la zone euro et les États-Unis, mais aux lois dictées sur le marché des changes par les spéculateurs. Or, le cross EUR/USD est le plus liquide et le plus facile d'accès lorsque l'on veut trader du dollar. De plus, de nombreuses informations et analyses sont disponibles en ligne.

Les spéculateurs favorisent le cross EUR/USD lorsqu'ils ont une vision sur l'évolution du dollar face au reste du monde, et parallèlement lorsqu'ils ont une vision sur l'évolution de la devise européenne. À noter aussi que l'euro, en tant que devise de 15 pays (en incluant la Slovénie et bientôt la Slovaquie), est affecté par toutes les nouvelles économiques importantes de l'un de ces pays, et surtout l'Allemagne ou la France. Cependant, il faut souligner que les politiques monétaires de la Fed et les nouvelles économiques provenant des États-Unis influencent bien plus largement cette paire que les nouvelles provenant de l'économie européenne.

Enfin, le cross EUR/USD est le point de rencontre entre les deux plus grandes zones économiques de la planète. Il donne constamment la température économique des deux zones et symbolise les différents intérêts et anticipations de chaque intervenant sur le marché des changes.

2. Le cross GBP/USD

Les politiques liées à la livre sterling sont menées par la BoE (Bank of England) et notamment par le MPC (Monetary Policy Committee). L'objectif principal de la politique monétaire de la BoE est l'inflation. Elle vise un taux d'inflation cible pour l'indice des prix de vente au détail, le RPIX (Retail Price Index). MPC utilise différents outils (le Bank Repo Rate, les interventions directes sur le marché par le biais d'opérations d'achat/vente d'obligations ou de GBP sur le marché spot) et se réunit une fois par mois pour discuter des grandes lignes à adopter. En revanche, comme cela est le cas pour la BCE ou la Fed, la BoE n'a pas d'objectif de change explicite, le cours de la livre sterling constitue seulement un facteur parmi d'autre que la BoE prend en compte pour prendre ces décisions.

Le cross GBP/USD représente en 2006 un peu plus de 14 % du total des transactions sur le marché des changes. C'est le plus « vieux » cross de devises traité sur le marché des changes du fait de la disparition des devises constituant l'euro. Il est aussi souvent appelé Sterling ou « cable » en raison du câble qui avait été tendu sous l'Atlantique dans le but de permettre les transactions entre l'Angleterre et les Etats-Unis. C'est de loin le couple de devises le plus volatile parmi les devises majeures et il est idéal pour les spéculateurs souhaitant réaliser de rapides aller-retour sur le marché. Il est particulièrement volatile durant les horaires d'ouverture du marché anglais.

Il est intéressant de noter que le GBP a tendance à s'apprécier lorsque le prix de l'énergie augmente. En effet, le Royaume-Uni est aussi un gros producteur d'énergie (10% de son PIB provient de ce secteur) et l'augmentation des prix implique des revenus croissants ainsi que des achats supplémentaires de GBP pour les pays importateurs.

3. Le cross USD/JPY

La politique de change nippone qui vise les fluctuations du yen est menée de façon conjointe par la Banque du Japon et le Ministère des Finances. Ceux-ci représentent des acteurs particulièrement actifs sur le marché des changes en multipliant les interventions lorsqu'ils ne sont pas satisfaits du niveau du cours de change du yen.

Le cross USD/JPY : Les taux d'intérêt japonais se distinguent globalement depuis de nombreuses années par leur faible niveau, largement inférieur à ceux des autres pays membres du G8. Cette politique de taux zéro a été mise en place au cours de années 90 alors que l'économie japonaise faisait face à un important épisode déflationniste, dont il sort à peine aujourd'hui. Cette politique est censée favoriser le retour de la consommation et ainsi celui de la croissance. Elle contribue aussi à maintenir le yen à un niveau particulièrement bas, que l'on considère comme sous-évalué. En effet, dans des conditions de marchés et d'aversion pour le risque dites normales, le niveau bas des taux d'intérêt nippons favorise les opérations de « carry trade » qui consistent à emprunter en yen et vendre ces yens pour prêter sur des marchés où les taux d'intérêt sont beaucoup plus élevés. Ces opérations contribuent à maintenir des pressions baissières sur le yen qui favorise en retour les exportations et donc la croissance japonaise.

4. Le cross USD/CHF (« Swissy »)

Les politiques liées au franc suisse sont menées par la Banque Nationale Suisse (BNS). Son objectif premier, comme les autres Banques Centrales, est de maintenir la stabilité des prix au travers d'une bonne maîtrise de l'inflation. Elle se réfère pour cela à l'indice national des prix à la consommation qui ne doit pas s'apprécier de plus de 2 % par an.

Tout comme l'or, la devise suisse sert aussi de valeur refuge et a tendance à s'apprécier lorsque le climat géopolitique international est instable. Le cours de l'USD/CHF est d'ailleurs fortement corrélé à celui de l'or.

Les opérations de carry trade sont également importantes sur le franc suisse car les taux d'intérêt y sont parmi les plus bas parmi les pays industrialisés. Les investisseurs auront donc tendance à se placer en position longue sur l'EUR/CHF et sur le GBP/CHF, c'est-à-dire à emprunter du CHF à faible taux et à placer de l'euro ou du GBP à des taux plus élevés.

L'EUR/CHF sera préféré pour les investissements à court et moyen terme et les opérations de portage car il est moins volatile que l'USD/CHF qui, lui, sera préféré pour la spéculation en intraday.

A noter également que les opérations de fusion et acquisition ont des conséquences importantes sur le CHF et qu'elles sont fréquentes en Suisse, car ces opérations concernent souvent des instituts financiers, nombreux en Suisse. Ainsi, si une entreprise suisse rachète une entreprise étrangère, elle devra vendre des CHF et acheter la devise du pays d'implantation de l'entreprise rachetée. Ceci engendre alors des pressions baissières sur le franc suisse.

5. Le cross USD/CAD (« Loonie »)

Les politiques liées au dollar canadien sont menées par la Banque Centrale du Canada dont l'objectif majeur est de maintenir la stabilité des prix en maintenant le taux d'inflation cible oscillant entre 1 et 3% par an.

La valeur du dollar canadien est très dépendante des matières premières. Cependant des prix trop élevés (du CAD ou des prix du pétrole) pénaliseraient des gros importateurs comme les Etats-Unis, ce qui se révélerait néfaste pour l'économie canadienne qui est très liée à l'économie américaine. En effet, 85% des exportations canadiennes se font vers le Etats-Unis.

À noter que les importantes opérations de fusion et d'acquisition qui ont lieu entre les entreprises des deux pays peuvent également affecter de manière ponctuelle le cours de l'USD/CAD.

Les opérations de carry trade sur l'USD/CAD sont fortement liées au plus ou moins grand différentiel de taux entre les deux pays. Lorsque ce dernier est élevé, c'est-à-dire lorsque les taux d'intérêt canadien sont très nettement supérieurs aux taux d'intérêt américains, les opérations de carry trade sont très plébiscitées et facilitées par le caractère frontalier du Canada et des États-Unis.

6. Le cross AUD/USD

La valeur du dollar australien dépend beaucoup des matières premières. Lorsque les prix des matières premières s'apprécient, la Banque Centrale australienne aura tendance à augmenter ses taux afin de lutter contre l'inflation. La politique monétaire australienne est menée par un comité monétaire existant au sein de la Banque Centrale australienne. Les objectifs principaux sont la stabilité de l'AUD et une croissance économique favorisant l'emploi. L'inflation ne doit pas dépasser 2 à 3 % par an en référence de l'indice des prix à la consommation.

Il faut noter que du fait des forts taux d'intérêt de l'AUD, la devise est souvent utilisée pour faire du portage (les spéculateurs empruntent généralement du yen pour le placer en dollar australien). Les cours de l'AUD sur le long terme sont par ailleurs largement liés au différentiel de taux entre l'AUD et l'USD.

7. Le cross NZD/USD

La politique monétaire néo-zélandaise est menée par un comité interne à la Banque Centrale. Son objectif principal est de maintenir le taux d'inflation annuel à 1,5 %. Si ce ratio n'est pas respecté, le gouvernement a le pouvoir de renvoyer le Gouverneur de la Banque Centrale.

L'économie néo-zélandaise est liée à l'économie australienne car les pays sont très proches géographiquement et l'Australie représente le principal partenaire commercial de la Nouvelle-Zélande. L'AUD et le NZD sont d'ailleurs très fortement corrélés. Le dollar néozélandais ou Kiwi est, également, très lié à l'évolution du prix des matières premières, qui représentent près de 40 % des exportations. Les mêmes remarques concernant les fluctuations des prix des matières premières pour l'Australie sont donc valables ici.

Le Kiwi est aussi beaucoup utilisé dans les « carry trade » du fait des forts taux d'intérêt néo-zélandais. Cela rend cependant la devise particulièrement sensible aux variations de taux d'intérêt puisqu'une réduction des taux en Nouvelle Zélande combinée à une augmentation des taux américains conduit à une réduction du différentiel de taux et rend les placements « longs » sur le NZD/USD moins rémunérateurs. Les investisseurs auront donc tendance à renverser leurs positions ou investir sur d'autres devises.

 

Fiche technique réalisée par l'équipe Stratégie et Recherches Economiques de Saxo Banque (France) à partir de l'ouvrage de Pierre-Antoine Dusoulier : « Investir et gagner sur le marchés des devises » chez Maxima.

 

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