"Le burn out est un chagrin d'honneur"

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A l'heure où le rapport sur les risques psycho-sociaux figure en bonne place sur le bureau du ministre du travail, le psychiatre suisse Davor Komplita, spécialiste du burn out, explique les enjeux et dérives de ce qui pourrait bien être "la maladie du siècle".

Vous traitez des urgences psychiatriques de "malades du travail", quels sont vos constats ?

Les nouvelles formes d'organisation du travail s'évertuent à mobiliser et à s'approprier la subjectivité des collaborateurs et, ce, à tous les niveaux de la hiérarchie. La culture du résultat, des chiffres, de la performance, de la gestion des projets et des évaluations, se développe dans une rupture croissante avec la réalité du travail humain. Cette tension est hautement pathogène pour les individus qui, quant à eux, se confrontent en permanence aux résistances de la réalité. Lorsque je reçois un nouveau patient, il n'est souvent plus en état de rétablir le dialogue. C'est trop tard. Un peu comme un cancer que l'on découvre par hasard dans état très avancé. Mieux vaut un méchant divorce qu'un fort burn out. Je découvre des pathologies que je ne voyais pas il y a quinze ans. A l'époque quand cela n'allait pas on changeait d'emploi. Le deuxième constat est quantitatif : un tiers de nos consultations spécialisées sont en lien avec la souffrance au travail. Et la moitié des arrêts maladie à Genève en découlent. On ne peut donc plus parler d'un élément anecdotique. Depuis quelques années les « burn out » sont de plus en plus nombreux et fréquents. Troisième constat : Nous sommes tous comme des aveugles autour d'un éléphant, à le palper pour comprendre ce que nous voyons. Le travail n'est pas simple à décrire et à appréhender. Beaucoup d'éléments dépendent de la taille de l'entreprise, de son univers. Mais nous constatons des invariants : l'isolement, l'absence de dialogue autour du travail. On ne peut plus se parler du "comment". D'où des conflits entre les gens qui faute de pouvoir débattre et trouver les moyens de s'organiser, ne se parlent plus que du "qui".

Quels sont les symptômes ?

C'est comme lorsque vous êtes coincé en voiture dans les embouteillages. On s'habitue. Au fait d'avoir une boule au ventre en venant travailler le matin, à celui d'être inquiet à la perspective de rentrer en réunion, et on finit par tirer la sonnette d'alarme de plus en plus tard. Parfois l'état de délabrement des personnes qui viennent à moi est tel qu'ils sont d'emblée mis en invalidité. Ils vont mettre un temps fou à remonter la pente. C'est lié à la nature psychopathologique du burn out. Scientifiquement il a été prouvé qu'un cerveau soumis à un stress permanent et continu entre dans l'inhibition. Le cerveau est à ce point rétréci qu'il tombe en panne. Au bout de plusieurs mois les individus n'arrivent plus à penser et même « se penser ». C'est un traumatisme réel. Résultat : la convalescence est beaucoup plus longue qu'il n'y paraît. C'est un profil nouveau de dépression car il est sans affect. Rien à voir avec un chagrin d'amour. J'appelle cela un « chagrin d'honneur ». Car il relève de la perte de dignité de l'être humain. Si la souffrance d'un individu ne suscite aucun signe de compassion, son « je » n'existe plus. Ce qui détruit les gens c'est de n'être plus rien aux yeux des autres. On ne souffre pas du travail, on souffre de n'être plus rien aux yeux des autres. Ils disent en substance « nous n'avons pas notre place dans ce monde là ». Il y a beaucoup de tristesse, celle de l'effort fourni. Car il y a une trahison au sens clinique du terme. Quand on impose à quelqu'un un paradoxe on le trompe. On accule les individus à trahir leurs valeurs. Seuls règnent en maître les processus.
Les plus vulnérables, ce sont les quadras et les quinquas qui ont intégré les valeurs du travail car leur dignité se joue là. Sans compter l'imposture qu'ils vivent d'être évalué individuellement lorsque leur travail est collectif. Ceux-ci n'ont aucun anti-corps pour lutter contre le mal. . Mon rôle est de les aider à prendre de la distance par rapport à cette notion de « travail bien fait » qu'ils ne peuvent plus exercer à cause des multiples contraintes dans lesquels ils sont pris. En revanche les générations X, Y et Z (de 35 à 18 ans) ont non seulement des anticorps mais aussi des antidotes.

Lesquels ?

Le portable ! Avec, ils ne sont jamais séparés. Et n'importe quel entretien inique a des chances de se retrouver sur Youtube. Les solidarités perdues au travail sont en train de se recréer dans la virtualité. Le totalitarisme de l'entreprise est photodégradable. Car la violence des rapports dans l'entreprise se déroule dans le secret, souvent entre quatre yeux. La lâcheté est alors proportionnelle à l'isolement. Le dialogue fait défaut car le pouvoir prend toute la place. Plus personne ne dialogue par manque de temps et de marge de man?uvre. Dans bon nombre de situations, travailler consiste à résister à l'incohérence, voire à l'aliénation. Les choses vont changer car les jeunes générations ont moins peur et sont moins naïfs. Exactement comme ceux des pays Arabes. Mais la conflictualité pose encore aujourd'hui un problème parce que ce symptôme est mal pris en compte.

Vous proposez une solution d'un genre nouveau : l'arbitrage

Oui j'appelle cela le fait d'instituer une « justice de paix dans l'entreprise » par le biais d'un arbitre qui instruit les situations et peut investiguer les problèmes au travail. Cela améliore non seulement la qualité du management et ses perceptions mais permet également d'organiser le travail. On a trop tendance à pathologiser les conflits c'est-à-dire à considérer que si les gens vont mal c'est qu'ils sont malades et qu'il ne s'agit pas de douleur au travail. C'est un déni de la réalité. De surcroît, lorsque l'on aide une entreprise à soigner ses individus sans toucher au système, on transporte le blessé ailleurs, qui une fois guéri reviendra se faire contaminer par le système. Quelqu'un qui a un problème est aussi le symptôme d'un déséquilibre collectif. On a su réduire l'usure physique au travail (les TMS) mais on n'a pas travaillé à faire émerger les non-dits dans les entreprises. Le travail humain est devenu invisible. Or sa valeur ajoutée n'est pas dans l'organigramme et les processus mais dans ce que font réellement les gens. Il faut soigner l'organisation par le dialogue sur le travail, le management, les politiques et la stratégie. Car plus il y a des prescriptions, plus les gens doivent se coordonner. La relation au travail a ceci de différent avec la relation intime qu'elle se situe dans le « faire ensemble » et non dans « l'être ensemble ». L'objectif est de mettre en place une écologie du travail en récompensant les travailleurs par de la considération et du temps. On a besoin de nouveaux horizons car on ne peut plus parler vrai. C'est par cette capacité à établir une nouvelle relation que les individus pourront renouer avec le travail.

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a écrit le 25/04/2014 à 16:06 :
ce qui est déplorable , c'est que le burn out touche surtout les personnes les plus impliquées dans leur travail
Quelle injustice : défaillance du management , pauvreté du soutien de ses propres collègues et in fine isolement . le burn out n'est pas considéré comme maladie professionnelle , il est grand temps que cela change et que en effet , les dégâts soient pris en charge par les employeurs et non plus la collectivité
a écrit le 16/08/2013 à 0:55 :
L'épuisement professionnel est maintenant, je pense à qualifier comme le synonyme d'un profond mal-être généralisé et honteusement banalisé, provoqué par une Société qui part, non seulement à la dérive mais qui est décadente et qui se permet même jusqu'à ne pas suivre rigoureusement les bonnes règles pour une juste application du Droit du Travail de certains salariés et donc de les bafouer dans leurs propres droits et leur propre dignité. Tout le monde le sait, l'employeur transgresse certaines lois et les détourne et par ce constat n'applique plus normalement les règles strictement liées au Droit du Travail. L'épuisement professionnel est donc l'aboutissement d'un effondrement mental, émotionnel et physique à visée destructrice, provoqué par de nombreux et différents abus s'avérant eux-mêmes dévastateurs et engendrés par les différents acteurs et professionnels d'une société de consommation dont la principale responsable est la crise socio-économique grave et majeure que nous vivons et que nous traversons tous depuis trop longtemps, sans que les pouvoirs publics n'y attache le moindre intérêt ni la moindre importance. Je pense qu'il est grand temps que le Ministère du Travail et de la Santé se préoccupent et se donnent la peine d'une nécessaire remise en question de nature collective et surtout d'une indispensable prise de conscience politique, face à ce fléau qu'est la destruction massive de nos emplois qui sont donc supprimés par des moyens souvent détournés et répréhensibles et qui se révèlent en général pernicieux, dévastateurs et injustes au détriment de la valeur et de la dignité humaine, de toute éthique et qui, de ce constat, va à l'encontre d'une quelconque relance de l'activité économique. Qu'est-ce qui est mis en place concrètement pour, au mieux, prévenir, ou bien éviter, ou encore et surtout éradiquer le harcèlement moral verbal et écrit, enfin surtout lorsqu'il est verbal, au sein de l'Entreprise ? Quelles sont les mesures concrètes qui ont été envisagées et prises ? Actuellement, lorsque le salarié contribuable a été licencié et devient donc demandeur d'emploi, quel peut-être l'avenir professionnel envisageable, souhaitable et alors possible qu'un professionnel de la réinsertion à l'emploi peut lui suggérer, comment va-t-il efficacement l'aider, dès lors que ce salarié contribuable a été victime d'abus de toutes sortes, de discriminations, d'humiliations diverses et de mises au placard radicalement compromettantes pour sa propre évolution professionnelle ? Je vais vous dire ce que je pense pour ma part, celui-ci est lâchement marginalisé et majoritairement, dans une société de consommation qui ne l'a jamais pris en considération surtout qu'une fois que l'employeur s'est bien servi de lui, il n'hésite pas à lui faire subir ce que l'on appelle, le fameux harcèlement moral verbal qui peut prendre n'importe quelle forme, si il est collectif, c'est encore mieux pour lui, l'objectif étant pour l'employeur de voir son salarié honteusement harcelé, éreinté, car vidé de toute énergie positive, démissionner, ou soit de le licencier : l'employeur n'a que l'embarras du choix en ce qui concerne l'application du Code du Travail. Tout le monde sait que l'employeur redouble d'énergie et d'imagination si il a pris la décision un tant soit peu malhonnête de licencier un de ses salarié en le poussant volontairement à bout, au préalable. Je pense que c'est malheureusement une affaire très grave qui relève d'un véritable problème de Santé Publique et qui est en recrudescence, surtout en période de crise sociale et économique et qui doit être réellement pris au sérieux, car les enjeux socio-économiques sont inexorablement liés. J'ai subi moi-même un épuisement professionnel dû en partie à une insatisfaction professionnelle mais, surtout à différentes discriminations de la part de mon employeur à mon encontre et à une déconcertante et humiliante déshumanisation que j'ai constatée moi-même dans mes diverses relations de travail. Cette manière d'avoir été injustement déconsidérée et mise à l'écart, est d'autant plus pernicieuse que cela a pris la forme d'un phénomène empirique et destructeur au fil du temps. Voyez jusqu'où et à quel prix est-ce que le salarié contribuable doit payer ses performances au travail, sa persévérance dans l'effort et sa ténacité à se montrer toujours à la hauteur dans toutes les circonstances et surtout dans les moments où le fort absentéisme dans une société se fait tellement ressentir de manière récurrente, que les pressions de l'employeur se font également plus persistantes et que le salarié contribuable en paie encore le prix en subissant un stress majeur, d'autant plus dévastateur qu'il va, quand même tenir le rythme, même lorsque ses conditions de travail sont détériorées et dégradées. Même s'il est, avant tout un être humain à part entière et que, parce qu'au nom de toutes les valeurs morales et sociales liées à une certaine éthique et qu'on lui a inculquées, au cours de son éducation, il ne veut pas perdre une part de sa dignité mais la dignité est avant tout une histoire de respect de l'autre et donc des personnes avec qui il travaille et avec qui il s'investit pleinement et c'est en même temps le véritable reflet d'un profond humanisme qui relève d'une très grande conscience professionnelle. Je voudrais également vous signifier mon profond désarroi lorsque je m'aperçois que certaines collègues féminines qui vivent également les mêmes difficultés et les mêmes contraintes liées à de mauvaises conditions de travail comme vous et qui sont les conséquences d'un management inadéquat, qui aboutissent à des ambiances de travail désastreuses et destructrices entre autres. De ce fait, ces collègues ne sont même pas capables de vous soutenir bien au contraire, je pense que lorsqu'on est rentré dans cette spirale, nous sommes mis à l'écart sans même le vouloir. Je tiens à souligner que c'est un véritable facteur aggravant de ce mal - être en milieu professionnel, qui je pense, de part mon humanisme et de part ma propre expérience personnelle, est injustement très mal perçu par les Managers, les responsables et les collègues et donc vécu par eux comme un déni de "l'Etre Humain" de son mal-être à part entière et donc, le fait qu'il puisse souffrir leur fait peur. Ces personnes ne veulent tout simplement pas voir la réalité en face. En clair et pour m'exprimer de façon très cynique, est-ce que notre Société ainsi que nos Managers, nos responsables et pire encore, nos collègues n'en sont-ils pas arrivés à préférer voir une "machine" à la place de "l'Etre Humain", à chaque fois que cette Société applique le harcèlement moral verbal à l'encontre de quelqu'un et que les auteurs ont désigné lâchement comme le bouc émissaire à abattre. Une "machine" est-elle à ce point beaucoup plus rentable et par ce constat, moins culpabilisante et d'autant moins susceptible de susciter l'envie, la jalousie, la haine ? Surtout est-elle d'autant moins contraignante par rapport à notre incapacité à bien communiquer avec autrui ? D'où les recrudescences de conflits en tous genres que nos responsables ne prennent même pas la peine de comprendre, d'écouter, d'entendre les différentes explications de leurs subalternes mis en cause, d'analyser et de mettre en lumière de mauvaises relations de travail, par le jeu de la transparence et surtout veiller au respect de chaque personne et donc de pouvoir et savoir résoudre les conflits internes et inhérents à la Société. C'est avant tout de la responsabilité de l'employeur dont je parle et de son devoir de prendre pleinement en considération ceux-ci, pour la bonne marche de la Société. L'employeur est en train de détruire l'être humain à part entière, car il n'en a plus rien à faire, et pour son propre intérêt, par le fait qu'il est animé surtout par l'appât du gain, par le fait de, soit disant diverses restructurations et au nom de certaines fausses croyances liées à l'évolution du monde et des nouvelles technologies. Mais ne soyons pas dupes et surtout, ne nous voilons pas la face. Nous sommes en train de nous fourvoyer. En vérité, nous évoluons malheureusement vers une Société qui régresse humainement et socialement, de façon inexorable, alarmante et répréhensible pour le bien-être et la survie de chacun d'entre nous. Notre Monde est en perdition.
SURTOUT A MEDITER POUR LA SURVIE DE L'HUMANITE. PAR LE FAIT QUE NOUS SOMMES ANIMES EGOISTEMENT PAR L'APPAT DU GAIN, PAR LE FAIT DE NOTRE IMMOBILISME EHONTE ET SURTOUT NOTRE INDIFFERENCE A LA SOUFFRANCE ET AU MAL-ETRE DE L'ETRE HUMAIN, NOUS NOUS RENDONS TOUS COMPLICES DE NOTRE PROPRE DESHUMANISATION ET DE L'ANEANTISSEMENT INEXORABLE DE L'ESPECE HUMAINE. IL EN VA DE LA RESPONSABILITE DE CHACUN, D'APPORTER NOTRE PART DE CONTRIBUTION AFIN DE TROUVER DES SOLUTIONS ADEQUATES OU A DEFAUT D'AMELIORER LE BIEN-ETRE DE NOTRE SOCIETE, CAR IL NE FAUT SURTOUT PAS OUBLIER QUE NOUS NE SOMMES EN FAIT QUE LES LOCATAIRES DE NOTRE PLANETE ET QUE NOUS NE SOMMES DONC QUE DE PASSAGE SUR TERRE. NOUS N'AVONS DONC PAS LE DROIT DE LA DETRUIRE ET DE CE FAIT, NOUS N'AVONS AUCUN INTERET A DETRUIRE LES EMPLOIS D'AUJOURD'HUI ET DE DEMAIN, QUI NE PEUVENT QU'AIDER A FAIRE VIVRE LES JEUNES GENERATIONS FUTURES A LEUR PROCURER UN AVENIR DECENT ET AINSI CONTRIBUER A LEUR PROPRE BIEN-ETRE PERSONNEL ET LEUR EPANOUSSEMENT PROFESSIONNEL.
a écrit le 26/08/2011 à 11:10 :
Oui enfin, il y a un responsable c'est l'employeur qui doit s'assurer de la santé et de la sécurité au travail.... Evidement puisque les lois ne sont pas appliquées... Il aurait tord de se priver, mettre la pression , harceler, établir des management iniques etc..
Les conséquences, c'est la collectivité qui les paye ! Si les employeurs payaient les choses se passeraient autrement...
a écrit le 02/07/2011 à 14:50 :
C'est un sujet sérieux. La vraie remarque serait de souhaiter qu'une réflexion soit entreprise à propos des troubles liés .. aux psychiatres. Car il faut bien le dire la manipulation des cadres et des personnels est intense, parfois sans raison, "au cas ou" et les problèmes sont plus sûrement liés à ces prises de tête qu'au travail proprement dit. L'on fait jouer à ces apprentis sorciers des rôles qui ne devraient pas exister, les poussant à justifier leur rôle de chiens de garde au quotidien. Cette pression en donne d'autres en retour, terribles et inutiles. L'abus de psychiatre peut nuire gravement à la santé cela devrait être inscrit sur le paquet.
a écrit le 20/06/2011 à 6:36 :
Je pense que l'auteur de cet article oublie un point fondamental, le syndicalisme. J'ai été cadre dans une entreprise et j'ai été confronté à un problème grave suite à un manque de moyens et un manque de considération. Alors que faire ? J'ai décidé d'adhérer à un syndicat d'inspiration chrétienne et de devenir délégué syndical. Le résultat a été au-delà de toute espérance. J'ai obtenu non seulement tout ce que je voulais, 2 personnes supplémentaires, une machine tridimensionnelle dernier cri, un bureau immense dans un magnifique local, mais aussi par exemple, de très beaux rideaux qui ont été mis en place dans mes locaux sans même que je fasse la moindre demande. Alors, pour tous les salariés qui à la peine, adhérer à un syndicat, cela en vaut la peine !
a écrit le 14/05/2011 à 21:42 :
Le "burn out" existe aussi dans le public. Je travaille comme cadre A en contrat de 3 ans (durée de contrat maxi quand on n'est pas fonctionnaire) dans une très grosse administration territoriale et je me retrouve au placard en attendant d'être viré.

Pourquoi ? Parce que j'ai "fait des vagues" et dérangé des cadres et des hauts fonctionnaires qui avaient des choses à cacher. Il s'agissait de gros gaspillages d'argent public et de conflits d'intérêts.

Dans l'administration où je travaille, la pression ne découle pas d'exigences de résultats et de productivité, puisque l'évaluation des politiques publiques est inexistante ou falsifiée. Pour gérer leur carrière en toute tranquilité, les cadres et les hauts fonctionnaires se protègent entre eux ("pas de vagues"), s'auto-évaluent et enfument les élus.

Et si jamais des fiascos ou des problèmes sont quand même visibles ou risquent de le devenir, ils flinguent un lampiste ou un cadre intermédiaire (par exemple le chargé de mission qui bosse sur le dossier contre vents et marées), surtout si celui-ci a refusé de jouer le jeu de la falsification et de la dissimulation.

Alors, je l'ai constaté pour moi comme pour d'autres, les mécanismes de pouvoir sont les mêmes que dans le privé : le pouvoir hiérarchique est discrétionnaire, secret et violent. Vous êtes jugé dans des réunions où vous n'êtes pas invité et dont vous n'aurez jamais les comptes-rendus car tout reste uniquement verbal. Si vous tentez des recours (n+x ou DRH), les portes se ferment ou on vous balade.

Les techniques de mise au placard sont aussi les mêmes que dans le privé : vous n'êtes plus invité aux réunions qui concernent vos dossiers, on ne vous communique plus aucune info, on vous met des bâtons dans les roues, etc.

Pour ne pas sombrer dans un "burn out" destructeur, il vaut mieux prendre du recul, tourner la page, passer en mode "absentéisme moral" (phénomène décrit par Hubert Landier et d'autres), lire Zoé Shepard pour se sentir moins seul et se préparer sereinement à un rebond professionnel quitte à passer par une période de chômage.

Certes, ce n'est pas facile en temps de crise, mais cela vaut mieux que de continuer à se faire broyer petit à petit.
Réponse de le 16/06/2011 à 15:42 :
Votre récit est édifiant... Ne pensez vous pas à vous soulager via des outils type blog / twitter / youtube et publier des info "insider" pour faire savoir au contribuable ce qu'il se fait avec son argent ? A ce degré il ne devrait plus il y avoir de scrupules à rendre public des informations professionelles...
a écrit le 06/05/2011 à 9:02 :
Cadre dans une entreprise du Cac, en congé suite à un burn out aujourd'hui, je vous remercie de cet article.

La façon dont les entreprises cotées se débarassent du problème est édifiante. Deux/trois discours bien pensants, une plaquette à destination du personnel (si vous avez mal au dos, vous êtes peut être stressé), un e-learning à faire rapido par les managers.

Cest bon, on a gagné le droit d'écrire dans le rapport annuel que tout le personnel est informé des risques et que les managers sont formés.

Et on peut retourner faire du cash tranquillement.


a écrit le 29/04/2011 à 11:32 :
Mouais bof ! De jolis discours, encore une fois, les conseilleurs ne sont pas les payeurs... On charge le management, c'est tellement facile ! Certains s'imaginent qu'on exige de la rentabilité pour le plaisir ! Mais dans n'importe quelle boite soumise au triangle infernal client-actionnaire-salarié c'est ainsi ! ou alors, soyez des clients moins exigeants prêts à payer plus chers des produits de moins bonne qualité, soyez des salariés moins assistés prêts à être moins payés, avoir moins de congès, être plus souples, etc..., et soyez des actionnaires (ou financeurs) acceptant plus de pertes !... Comme chacun ne veut bouger de sa position, chacun se renvoie la balle et finalement le manager est le bouc emissaire tout trouvé !
Soyez responsable, en tant que potentiel salarié/client/investisseur... et nous aurons résolu le problème... je crains que ce ne soit trop demander :)
Réponse de le 01/05/2011 à 12:44 :
Les managers ne sont pas des boucs émissaires. C'est tout simplement de leur responsabilité d'organiser le travail de façon efficace. C'est simplement ce pour quoi ils sont payés! Et le travail efficace passe par de bonnes conditions de travail! Et les bonnes conditions de travail ce sont le sérieux, l'écoute, l'échange, la collaboration, l'intégration!
Réponse de le 19/05/2011 à 10:16 :
Je suis en burn out depuis 3 ans. J'ai toujours travaillé correctement, on me confiait la charge d'une puis deux puis trois personnes. Ma hiérarchie faisait cela. Sous prétexte que j'étais un bon élément. Mais la contrepartie rémunération-reconnaissance (même verbale) ne variait pas en fonction de mes résultats, au contraire, plus je travaillais, moins j'étais considéré. Cependant, les "points à améliorer" ne concernaient JAMAIS mon travail, mais plutôt mon humeur (12 heures de travail par jour influent forcément sur l'humeur...)
La hiérarchie a une énorme responsabilité. L'un disait : à grands pouvoirs, grandes responsabilités. Encadrer est une responsabilité.
Je ne vais certainement pas défendre ceux (car il n'y eut pas qu'un manager, mais deux en l'occurrence) qui ont réussi à me faire perdre goût à la vie.
La pression vient sans doute de plus haut, mais un bon hiérarchique sait dispenser ses troupes d'une pression inutile et les guider et donner du sens à leurs actions.
Réponse de le 10/01/2014 à 22:51 :
Bonjour ,
Comment ça se passse maintenant ?

Amitiés
a écrit le 29/04/2011 à 10:19 :
Excellent article que beaucoup de pseudo-managers devrait lire et assimiler. Je sors d'un mois d'arret pour burn out et depuis 3 jours les crises d'angoisse et de larmes ont repris, je ne sais plus quoi faire.
En face personne pour discuter (RH inexistantes et chefs capricieux) on me reproche bien sur mon arret et il faudrait que j'aille voir les personnes car perte de confiance (genre mea culpa). Si vous avez des solutions, je suis très intéressée car là, je comprend mieux les suicides chez FT vu comment on nous traite dans le milieu professionnel.
Certains ont-ils essayé le support psy en parallèle du travail car je me vois mal repartir en arrêt et surtout pas revenir après.
Réponse de le 19/08/2011 à 9:11 :
relativisez.... la carriere professionnel, est secondaire dans la vie . .. . ce n'est qu'un moyen afin de payer vos factures... mais en aucun faite passer votre metier devant votre famille, et votre vie.... il faut etre conscients que nous ne sommes pas irremplacable, et par consequents , les dirigeants, et metiers non plus ...
la vie est faite de bien plus de chose qu'un simple metier....
a écrit le 27/04/2011 à 10:24 :
Excellente analyse! Normalement, le rôle d'arbitre et la compréhension des malaises incombent en premier lieu aux MANAGERS et en dernier recours aux RH! Malheureusement beaucoup de managers aujourd'hui refusent de prendre leurs responsabilités et de règler les problèmes en menant la politique de l'autruche. Et il n'y a personne pour le leur rappeler! Pourtant ils sont bien payés pour ça! Les RH quant à eux ne sont très souvent sollicités par les managers que pour se débarasser de ceux qui pointent les incohérences. Ils interviennent uniquement pour constituer des preuves en vue de recourrir à des licenciements si la personne ne démissione pas. C'est ainsi que l'on peut voir dans certains services des personnes qui défilent chez les RH, les arrêts de maladie qui s'accumulent, sans que personne ne se pose la question en interne, et, plus grave, sans que la sécurité sociale ne se pose la question de pourquoi elle est obligée de payer pour tout ces arrêts de maladie! C'est dire à quel point la situation est grave! TOUT le monde est au courant!

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