Malgré le stress, deux Français sur trois se disent heureux au travail

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Selon le premier baromètre du « bien-être au travail » Bernard Julhiet Group-Ipsos-« La Tribune », les Français estiment tout de même que leur situation au travail s'est dégradée au cours des six derniers mois.

Les salariés jugent majoritairement satisfaisant leur niveau de bien-être au travail. C'est l'enseignement majeur du premier baromètre du bien-être au Travail Bernard Julhiet Group-Ipsos-« La Tribune », qui mérite toutefois d'être nuancé, puisque les salariés relèvent parallèlement une dégradation au cours des six derniers mois. « 64 % des salariés interrogés sont satisfaits de leur niveau de bien-être, parce qu'ils ont la possibilité de s'investir dans leur travail et d'avoir du relationnel. C'est un niveau correct et cohérent avec les autres études sur le sujet. Mais on constate une baisse puisque 45 % d'entre eux considèrent qu'il s'est dégradé au cours des six derniers mois [Ndlr : 59 % dans les entreprises de plus de 500 personnes] », analyse Marie Mazérat, directrice du développement du groupe Bernard Julhiet.

Du chemin reste à faire

De façon générale, les salariés jugent positivement les actions menées par les entreprises sur le bien-être au travail. En effet, 86 % des salariés des entreprises qui ont pris des mesures pour lutter contre le stress sont satisfaits de leur niveau de bien-être, contre 64 % en moyenne. Leur niveau de stress est également sensiblement plus faible. Et c'est dans le domaine de l'organisation du travail dans l'entreprise et de la reconnaissance du travail que les efforts ont été les mieux perçus. Pour Marie Mazérat, « c'est rassurant et nous conseillons à nos clients de s'engager dans cette démarche qui est une source de mieux-être pour les salariés » et de productivité pour les entreprises. Toutefois, du chemin reste à faire. En effet, un an après le plan d'urgence sur les risques psychosociaux mis en place par le ministère du Travail, seules 21 % des personnes interrogées ont le sentiment que leur entreprise en fait plus pour lutter contre le stress, indique l'étude.

Niveau de stress élevé

Au quotidien, les salariés jugent d'ailleurs leur niveau de stress élevé (62 %). Les cadres sont les premiers à s'en plaindre, mais le niveau de malaise des agents de maîtrise devient à son tour préoccupant. « Cette population, qui est au plus près des clients, semble prendre de plein fouet l'augmentation du stress. Et il ne faudrait pas que ce maillon lâche, car ils essaient aussi de gérer la pression », poursuit Marie Mazérat.

Vers qui se tourner ?

Les résultats du sondage montrent également qu'un tiers des Français estiment que leur travail peut provoquer de graves problèmes psychologiques et une majorité d'entre eux (54 %) et admettent ne pas savoir vers qui se tourner pour obtenir de l'aide. Les Français tirent la sonnette d'alarme pour dire que la situation se détériore. Pour Marie Mazérat, « il s'agit d'un problème de fond lié à des problèmes profonds du monde dans lequel nous vivons et la crise est venue accélérer certains de ces changements managériaux et organisationnels ».

Lien entre bien-être et productivité

Le baromètre montre également que 88 % des salariés jugent le sujet du bien-être au travail important et estiment que le lien avec la productivité est réel. 42 % d'entre eux estiment en effet que leur performance est affectée par le manque de bien-être. Pour inverser cette tendance, ils mettent en avant trois axes-clés : la visibilité professionnelle, le temps accordé au dialogue dans l'équipe, l'écoute du management et le confort de l'environnement de travail.

Le travail aggrave petits et grands maux

Une large majorité de salariés en est persuadée, selon une étude publiée en fin de semaine dernière par le ministère du Travail : le travail accentue les pathologies choniques dont ils souffrent. D'après cette enquête, 68 % des salariés ont un ou plusieurs problèmes de santé chroniques, qu'il s'agisse de « problèmes de stress ou d'anxiété » (30 %), de « problèmes de dos » (26 %) ou de « maux de tête ou de migraines » (24 %). Or, dans près de la motié des cas (48 %), les salariés touchés considèrent que leur pathologie est « causée ou aggravée » par le travail. Les affections lombaires et musculo-squelettiques ainsi que les problèmes psychologiques sont les maux les plus fréquemment liés au monde du travail. Plus de 60 % des personnes qui en sont victimes citent, en effet, un lien de cause à effet entre leur pathologie ? ou son ampleur ? et leur emploi. Au premier rang des catégories socioprofessionnelles les plus sensibles à la pénibilité de leur métier, figurent les agriculteurs, les commerçants et artisans et les ouvriers. Et les hommes plus souvent que les femmes : ils sont 55 % à estimer que leurs maux sont aggravés ou causés par le travail, contre 47 % pour les secondes.

La réforme de la médecine du travail en suspens

Derrière ce sondage se pose aussi la question de la médecune du travail qui doit être réformée. Les opposants à cette réforme avaient repris espoir après la censure début novembre, par le Conseil constitutionnel, du volet « santé au travail » de la loi sur les retraites. Mais ce veto, pour cause de « cavalier législatif », ne leur aura permis que de gagner un sursis de quelques mois. Désormais, ils ne se font plus guère d'illusion. Le gouvernement a bien l'intention de faire voter au Parlement un texte, sinon identique, tout au moins très proche, de la version déjà avalisée par le Parlement à l'automne. Et dans des délais extrêmement courts.

Fin du premier trimestre 2011

Selon nos informations, l'exécutif espère une adoption de la réforme d'ici à la fin du premier trimestre 2011. Pour tenir son objectif, il devrait s'appuyer sur la proposition de loi déposée par le groupe centriste au Sénat, à peine la censure du Conseil constitutionnel connue. Ce texte, qui n'est pas encore inscrit à l'ordre du jour, reprend en 13 articles la réforme telle qu'elle était issue du vote des deux chambres.

"La concertation a eu lieu"

Si l'exécutif n'exclut pas des aménagements à la marge, il n'est pas disposé à reprendre le dossier de zéro. Interrogé à l'Assemblée nationale quelques jours à peine après avoir repris le ministère du Travail, Xavier Bertrand avait indiqué que « la concertation avait eu lieu », avec « 24 réunions » organisées par ses prédécesseurs, « deux réunions du Conseil d'orientation des conditions de travail » et, « entre juillet 2008 et septembre 2009, les négociations entre partenaires sociaux ». « De toute façon, ceux qui nous accusent de vouloir tuer la médecine du travail sont opposés à toute évolution. Inutile donc de renvoyer à la négociation », analyse un expert gouvernemental.

L'Indépendance du médecin

Au moment de l'examen de la réforme des retraites, de nombreuses voix dans les rangs syndicaux ou patronaux avaient pourtant critiqué le volet sur la médecine du travail. Sur la forme, puisqu'il avait été introduit par amendements et pris tout le monde par surprise. Mais surtout sur le fond. Les organisations syndicales ont notamment fait part de leur inquiétude sur le risque d'une moindre indépendance du médecin du travail à l'égard des employeurs. Le Medef, de son côté, avait, dès le début du mois de septembre, promis d'être très « vigilant sur les modalités de gouvernance des services de santé au travail ». Le groupe socialiste au Sénat avait salué la censure du Conseil constitutionnel en invitant le gouvernement à revoir sa copie qui « transformait (la médecine du travail) en un service de santé publique au rabais dirigé par les employeurs qui n'ont pour but que de s'exonérer de leurs responsabilités ». Et tous, de réclamer une réécriture en profondeur du texte. Sans succès. Il ne leur reste plus que la phase réglementaire pour faire avancer leur position.

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Commentaires
a écrit le 23/02/2011 à 15:04 :
on constate sur le 2eme graphique que 3% des gens qui ont repondu au sondaeg bossent a la sncf
a écrit le 05/12/2010 à 8:19 :
Personnellement, je suis le 3°.
Et ce n'est pas au travail que je peux m'épanouir, c'est le grand n'importe quoi, on ne fait plus que du fric, il n'y a que cela qui compte pour nos employeurs qui exploitent leurs collaborateurs et escroquent leur clients(salarié dans une "grande" entreprise française).
Je ne veux pas de ce monde pour mes enfants...! voilà, c'est dit!
a écrit le 04/12/2010 à 19:49 :
en gros, deux français sur trois avec qui le management par le stress a fonctionné...!! (cf. Milgram )
a écrit le 04/12/2010 à 18:16 :
Pourtant on constate depuis des années une certaine "violence" au travail née de la compétition et de la pression. Avec toujours en ligne de mire les gains de productivité. Les 35 heures n'ont rien arrangée à l'affaire malgré les affirmations des idéologues socialistes issus de l'ENA. Surtout vis à vis des futurs retraités qui doivent supporter lors de leurs derniers mois des réflexions du genre : "Alors c'est bientôt... !"
Réponse de le 04/12/2010 à 19:33 :
Et les ideologues du "travailler plus pour gagner plus", ils en sont où dans leur reflexion ? C'est marrant, le refrain des 35h qui revient automatiquement chez certains, pourtant les restaurateurs et hoteliers sont contents des gens qui partent 3 jours s'aerer les neurones en province ....
Réponse de le 05/12/2010 à 2:20 :
On va transformer la France en grand parc d'attraction. 5 jours de congés par semaines, pour aller manger au restaurant et dormir à l'hotel. Evidemment payer temps plein, sinon nous n'aurions pas les moyens!
Nos enfants payerons l'addition, avec tous les gains de productivité qu'ils feront dans 50 ans!!!!!
Réponse de le 05/12/2010 à 8:23 :
Et vive les 32h, il n'y a pas que le travail dans la vie.... travailler pour générer des déchets et tuer la planète, nous ne sommes qu'une infâme bande d'égoïstes.
Je vous remercie de la part de vos enfants...!
a écrit le 04/12/2010 à 8:51 :
Il faudrait plutôt leur demander si ils sont 1) Heureux au travail, 2) Heureux d'avoir un travail ..?

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