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Carrières / Débat : quel enseignement au management après la crise ?

Débat

Pour une réforme intellectuelle, culturelle et morale

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Oubli des fondamentaux, incapacité à donner de la perspective aux enseignements, manquements à la déontologie, voilà les fautes de l'enseignement du management, selon Jean-Pierre Boisivon, de la Fondation Nationale pour l'Enseignement de la Gestion des Entreprises et Jean-Pierre Helfer, directeur d'Audencia et président du Cercle de l'Entreprise

Boisivon + Helfer

Les graves évènements que nous vivons depuis plusieurs mois et dont personne aujourd'hui ne peut prévoir ni l'ampleur ni la durée, traduisent un triple échec qui concerne, certes, au premier plan les acteurs de l'économie et singulièrement ceux de la finance, mais aussi les business schools qui les ont formés et qui sont à l'origine de la plupart des innovations financières de ces vingt dernières années : échec intellectuel, échec culturel, échec moral.

La crise traduit un échec intellectuel. Nous avons cru que l'on pouvait impunément s'écarter des fondamentaux et nous avons participé à la conception et à la mise en oeuvre de systèmes, de produits, de marchés ... qui se sont révélés être des initiateurs et des accélérateurs de crise. Les exemples abondent. Les normes comptables dites IFRS qui introduisent une rupture radicale dans le mode d'évaluation des actifs et des passifs ont instauré une véritable instabilité des bilans qui a puissamment contribué à la propagation de la crise. Les techniques d'évaluation et de notation qui ont montré leurs limites lorsqu'il s'est agi d'appréhender les produits complexes issus de l'imagination fertile des financiers, ces mêmes financiers, nos étudiants pour un grand nombre d'entre eux, qui ont par ailleurs fait preuve d'une inimaginable naïveté devant l'escroquerie Madoff, forme la plus primitive de l'escroquerie financière. L'invraisemblable et inutile sophistication des produits dits dérivés dont la croissance exponentielle a fini par générer une monstrueuse grossesse extra utérine sur l'économie réelle avec les conséquences que l'on sait.

Face à cet échec nos enseignements doivent revenir aux fondamentaux - ou à des fondamentaux reconfigurés - à commencer par l'analyse et la gestion du risque qui sont au cœur de nos disciplines : en droit comme en fiscalité, en marketing comme en gestion des stocks et naturellement en finance car il n'y a pas de rémunération sans risque. Nos enseignements devront aussi réhabiliter le temps qui a été le grand oublié de la période qui s'achève : l'obsession de la rentabilité immédiate a joué un rôle déterminant dans le désastre qui s'annonce. Or, il n'y a pas d'investissement sans temps. Entendons nous bien il ne s'agit pas de succomber à la nostalgie du passé. Les sciences de gestion ont connu de formidables avancées mais il faut ancrer leur enseignement dans des méthodes et des thématiques éprouvées.

La crise traduit un échec culturel. En négligeant la dimension culturelle de nos enseignements nous n'avons pas donné à nos étudiants la capacité de mettre leurs décisions en perspective dans le temps et dans l'espace, capacité qui devient décisive quand le contexte change radicalement. Quand tous les repères se dérobent il reste la culture, l'histoire, la géographie, l'économie, la sociologie...Nos écoles qui en ont déjà compris l'enjeu devront profiter des circonstances pour en renforcer la place car ces enseignements sont à la source d'un approfondissement de l'intelligence managériale dont les fruits sont autrement plus abondants et durables que l'initiation à une technique supplémentaire.

La crise traduit un échec moral. En effet, au delà de la délinquance caractérisée telle qu'elle a pu se manifester chez ENRON, PARMALAT et chez quelques autres, nous avons vu s'étendre le champ de la cupidité ordinaire. Il ne faut pas l'éluder, certains acteurs ont été saisis de vertige devant les niveaux sans précédent atteints par les rémunérations, singulièrement dans les industries financières. Cette démesure a conduit certains d'entre eux à s'accommoder de manquements à la déontologie et à la morale. Plus grave, l'attractivité des rémunérations offertes par le système financier a été telle que c'est toute une partie de l'élite scolaire d'une génération qui a découvert le monde du travail à travers ces paradis artificiels. Le réveil sera difficile. Ce relatif échec doit nous conduire à repenser nos enseignements d'éthique des affaires mais plus généralement ceux qui traitent de la responsabilité citoyenne de l'entreprise. Les managers de demain ne pourront pas oublier que les sociétés sont venues massivement au secours des entreprises dans les temps difficiles .

Les temps difficiles présentent néanmoins l'avantage de permettre des réformes profondes qui seraient combattues en d'autres circonstances. Profondes elles devront l'être car c'est bien d'une réforme intellectuelle, culturelle et morale dont a besoin l 'enseignement du management.
 

Jean-Pierre BOISIVON, Conseiller du président de la Fnege, Fondation Nationale pour l'Enseignement de la Gestion des Entreprise et Membre du Cercle de l'Entreprise, Jean-Pierre HELFER, Président du Cercle de l'Entreprise, Directeur d'AUDENCIA Nantes Ecole de Management

Vos réactions

  • antoineged a écrit le 14/04/2009 à 06:48 :

    • Cher Jean-Pierre Boisivon, Nous, les ESSEC, nous n'oublierons jamais que, si l'ESSEC est devenue ce qu'elle est, c'est, en grande partie, grâce à vous ! De tout coeur " Merci " ! Antoine GED

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