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La Tribune.fr - 03/03/2009 à 11:26 - 773 mots

1/Faire preuve d'humilité
Inutile de prétendre le contraire, les écoles de commerce n'ont rien vu venir. Même si certains avaient prévenu qu'une telle croissance ne pouvait pas durer, la plupart des universitaires ont été pris au dépourvu par la rapidité et l'ampleur de l'effondrement. Nous ne sommes pas les seuls, mais nous sommes censés comprendre comment fonctionnent les affaires, nous avons donc encore moins d'excuses que les autres. Pour dire les choses franchement, nous n'avons jamais prétendu être capables de prédire l'avenir, mais nous avons peut-être laissé d'autres personnes penser que nous le pouvions. Nous devons nous montrer un peu moins sentencieux et un peu plus clairs sur ce que nous savons vraiment.
2/L'école d'abord, le commerce ensuite
Nous enseignons le commerce, mais nous travaillons dans des écoles. Personne n'attend de son professeur (à l'école comme à l'université) qu'il crée une réplique du « monde réel » dans sa salle de cours (si c'est votre cas, vous courez à la déception). Le rôle d'un enseignant consiste à vous donner les clés pour comprendre et intégrer le monde réel, tout ce que nous enseignons à nos étudiants est absorbé puis interprété par eux-mêmes.
3/Des théories plus solides
La physique, la chimie et la biologie sont des disciplines nobles depuis plus de trois cents ans. La finance, le management et la stratégie (à l'exception de Lao-Tse) ont à peine un peu plus de cinquante ans de recherche sérieuse derrière elles. Il reste beaucoup à apprendre sur les marchés et sur les organisations, et plutôt que de nous lamenter sur l'échec des théories existantes, notre devoir est d'en chercher de nouvelles, plus solides.
4/Traduire la théorie en pratique
La théorie est importante, mais son application dans la pratique constitue la principale contribution des écoles de commerce. Certaines critiques ont avancé que la théorie n'est pas applicable au management, mais si c'était vrai, les écoles de commerce n'auraient plus lieu d'exister. Pour prouver l'importance de notre rôle, nous devons faire preuve d'une connaissance systématique qui puisse être traduite en résultats concrets.
5/S'engager auprès des gouvernements et des entreprises
Trop souvent dans les écoles de commerce, on enseigne comment jouer alors que les étudiants devraient plutôt « comprendre » les règles du jeu. Le rôle du gouvernement est d'édicter des règles régissant le commerce et les écoles de commerce sont bien placées pour servir d'intermédiaires entre l'arbitre et les joueurs. Beaucoup d'enseignants en école de commerce le font déjà, mais il existe bien d'autres moyens de s'engager de façon fructueuse aux côtés des décideurs politiques.
6/Argumenter
Les écoles de commerce réunissent des experts de nombreuses disciplines : économie, psychologie, sociologie entre autres, mais ceux-ci travaillent bien trop souvent chacun de leur côté. Nous acquérons des connaissances par le dialogue, la discussion et le débat. Les écoles de commerce sont le lieu idéal pour débattre des causes de ce qui s'est passé et des politiques à mettre en place pour éviter de répéter les erreurs du passé.
7/Intégrer
L'individualisme dans les écoles de commerce a également inhibé les points de vue interdisciplinaires dont les managers ont besoin. Par nature, le management intègre des compétences variées pour atteindre un objectif spécifique, mais dans les écoles de commerce, cet aspect est rarement mis en œuvre de façon efficace, même si, pour être honnête, la plupart des écoles en ont conscience.
8/Une école de la vie
Les écoles de commerce fonctionnent bien lorsqu'elles tissent des relations à long terme avec leurs étudiants, un peu comme les clubs de foot avec leurs supporters. Les fans apprennent à vivre avec les hauts et les bas de leur équipe, mais leur fidélité est indéfectible. Les écoles de commerce américaines ont très bien réussi à créer ce type de fidélité, mais en Europe, nous avons tendance à oublier notre école de commerce une fois notre diplôme en poche.
9/Le commerce et la communauté
Le management, pratiqué dans les règles de l'art, est une vocation. Les managers doivent se considérer eux-mêmes comme les gardiens des ressources de la société, tout comme les médecins se consacrent à sauver des vies ou les enseignants à diffuser la connaissance. Cela exige une reconnaissance explicite des liens entre commerce et communauté. L'approche de l'entreprenariat dans les écoles de commerce va dans ce sens, puisque les entreprises nouvelles doivent s'enraciner, mais cet aspect est loin d'être assez approfondi.
10/Faire partie de la solution
Que nous ayons ou non contribué au problème, nous devons contribuer à sa solution. Peu d'institutions sont aussi bien placées que nous pour explorer les nouvelles possibilités du monde après la crise. Nous concentrons un grand nombre d'experts de la finance, de la stratégie, de l'économie, de la gestion des ressources humaines et d'autres encore, et il est grand temps que toutes ces ressources soient mises à contribution.
Stefan Szymanski est Doyen Associé, Directeur du Programme MBA de Cass Business School (Grande-Bretagne)
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