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La Tribune.fr - 03/03/2009 à 11:36 - 910 mots

Les écoles de commerce sont aujourd'hui la cible de critiques pour avoir, soi-disant, contribué à la crise financière. Les banquiers ont été les premiers visés, alors qu'en Europe nombre de banquiers de premier plan ne sont jamais passés par des écoles de commerce, ce qui est donc injuste pour celles-ci. Cette crise n'est pas le fruit des pratiques d'une seule profession ou d'un seul type d'institution. En outre, la plupart des personnes n'en ont sans doute qu'une compréhension déformée et incomplète. Pour preuve : les explications données sont pratiquement aussi nombreuses que ceux qui les donnent. Mais les écoles de commerce, comme les entreprises, doivent analyser ce que cela signifie pour elles et convenir de la réponse à apporter.
Ne sont-elles pas responsables du fait qu'elles enseignent beaucoup des techniques associées à des niveaux de risque non garanti ? Non, car toute technique, comme n'importe quel outil, doit être utilisée raisonnablement, dans un contexte économique et social varié. Tout outil peut être détourné par un irresponsable, mais cela ne signifie pas pour autant que l'outil en lui-même est à blâmer. Tout dépend de l'usage qu'on en fait (cet argument est bien sûr celui du lobby des armes à feu aux États-Unis). Mais cela ne veut pas dire non plus que les écoles de commerce ne doivent rien remettre en question. Nous sommes des éducateurs qui travaillons dans un système de valeurs. Alors, quelle réponse devons-nous apporter ?
D'abord, nous devons élargir notre point de vue sur les objectifs des écoles de commerce, et des MBA en particulier. Les cours de finances et leurs enseignants dominent traditionnellement les écoles de commerce, car c'est dans ce secteur que les étudiants voient les débouchés professionnels les plus intéressants. Ces opportunités ont aujourd'hui fondu comme neige au soleil et pourraient bien ne plus jamais être ce qu'elles ont été. Les autres sujets liés à la façon dont les sociétés (autres que les banques) créent de la valeur, à la création de nouvelles entités ou à la façon dont elles sont le mieux gérées quelle que soit leur ancienneté, devraient occuper une place plus importante de l'enseignement. Cela implique un rééquilibrage de l'expertise du corps enseignant et un recours accru aux interventions de professionnels en exercice.
Ensuite, le commerce se déroule dans un contexte social et moral. Ce contexte élargi des besoins commerciaux doit être mieux intégré dans les programmes. Considérons les principales raisons présentées comme étant à l'origine de la crise actuelle : des structures incitatives ; des régimes réglementaires trop souples ; des banques d'investissement appartenant à de grands groupes financiers également propriétaires de banques de détail ; la complexité des instruments financiers ; l'extension mondiale de l'exposition financière ; et l'avidité des hommes. Il ne s'agit pas pour l'instant de thèmes généralement abordés dans les cours de finances, mais cela pourrait bientôt changer. La crise de 2008 et au-delà sera sans doute abordée dans les programmes, par un certain nombre d'exemples, de leçons à tirer, ainsi que d'explications sur la façon dont le contexte politique et réglementaire a été bouleversé dans son sillage. Mais il faut également s'assurer que les futurs cours de finances prendront toujours en considération le contexte historique et institutionnel environnant toute théorie économique.
Troisièmement, nous sommes de plus en plus certains que le XXIe siècle sera celui du transfert de la puissance économique de l'Amérique et de l'Europe vers le Moyen-Orient, l'Inde et la Chine, et que la crise actuelle accélèrera cette transition. Ces régions du monde ont des histoires, des religions et des cultures différentes de celles de l'Europe occidentale chrétienne, à l'origine de nos institutions et codes de conduite financiers au début de l'ère moderne. Nos étudiants, nos enseignants, nos partenaires institutionnels et nos bienfaiteurs seront de plus en plus souvent originaires de l'Est (tout au moins pouvons-nous l'espérer) si l'on en croit les signaux envoyés par l'Asie avec la création d'institutions solides qui, un jour, n'auront peut-être plus du tout besoin de partenaires occidentaux. Combien de temps faudra-t-il encore avant que la finance islamique devienne un thème central, elle qui est aujourd'hui négligée ou à peine abordée par les écoles de commerce occidentales ?
Enfin, tous ces développements suggèrent que l'école de commerce autonome se trouvera à l'avenir grandement désavantagée par rapport à celles qui seront bien intégrées dans de grandes universités. L'approfondissement des sujets abordés, le contexte éthique et historique dans lequel le commerce sera enseigné et le besoin pour la recherche et l'enseignement d'intégrer des perspectives situées bien au-delà du management, sont tous des atouts pour l'école de commerce intégrée à un département universitaire. Pour donner un exemple majeur, aucun programme MBA sérieux ne peut ignorer les questions environnementales liées à la conduite des affaires ou à la stratégie d'investissement. Cependant, ces dernières apparaissent peu, voire pas du tout dans nombre d'écoles de commerce car elles sont abordées par d'autres départements universitaires, rarement dans les études de management.
Cela peut paraître étrange. Qu'est-ce que l'histoire, la philosophie morale et les études orientales peuvent bien apporter aux écoles de commerce du XXIe siècle ? Il faudrait pourtant se demander quel avenir attend une école de commerce qui serait incapable d'intégrer ces disciplines, enseignées ailleurs dans la même institution, à une époque qui s'éloigne de plus en plus de l'enseignement traditionnel du management pour s'intéresser de plus en plus à la formation des managers. Voilà deux choses bien différentes et la crise actuelle ne fera que renforcer la deuxième aux dépens des objectifs beaucoup plus simples et étroits de la première.
Roy Westbrook, Doyen Adjoint et Doyen du département Développement et Relations Extérieures de la Saïd Business School, University of Oxford (Grande-Bretagne)
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