La Tribune

Les universités européennes affectées par la crise économique

Nombre de pays européens ont réduit leurs dépenses dans l'enseignement supérieur.
Clarisse Jay  |   -  653  mots
Selon une étude de l'European University Association (EUA), la crise économique a, depuis 2008, conduit une majorité de pays européens à couper dans leurs dépenses en matière d'enseignement supérieur et à augmenter leurs frais de scolarité. La France et l'Allemagne font figure d'exception.

La crise économique pourrait bien hypothéquer les objectifs européens concernant l'enseignement supérieur. Alors que la stratégie Europe 2020 a pour objectif de mener 40% d'une classe d'âge à un diplôme d'enseignement supérieur (Valérie Pécresse vise en France 50%), une étude de l'European Université Association montre que la crise a eu un impact non négligeable sur les systèmes d'enseignement supérieur en Europe. A cette nuance près que ces derniers ont été affectés "de manière très différente", relève l'étude. "Les politiques sont très contrastées d'un pays à l'autre. Les différence sont notables même parmi les pays les plus atteints par la crise. Certains ont pris des mesures rapides et brutales", analyse Jean-Marc Rapp, le président de l'EUA. Autre point, les pays n'ont pas tous été frappés au même moment.

Coupes claires

Les universités publiques, qui représentent 75% des établissements européens, et sur lesquelles s'est concentrée l'étude, ont dans certains pays subies de coupes claires : 48% en Lettonie en 2009 (suivie d'une baisse de 18% en 2010), ce qui a mis sous pression le système ; 40% au Royaume-Uni d'ici à 2014-2015 ; 30% en Grèce ou encore près de 20% en Italie avant 2013. Le Royaume-Uni, qui a décidé de porter d'ici à 2012 le plafond des frais d'inscription universitaires de 3.300 livres (3.900 euros) à 6.000 voire 9.000 livres et l'Italie, traversent du coup une crise sans précédent. Le gouvernement Berlusconi a ainsi lancé une réforme drastique (la dernière remonte à 1997) : 9 milliards d'euros de coupes d'ici à 2013, suppression de 130 000 emplois, dont 26 000 contrats à durée déterminée de chercheurs non renouvelés et l'augmentation des droits d'inscription.

Ce qui mobilise depuis des semaines des milliers d'étudiants. Selon l'EUA, vingt-cinq universités sont ainsi déjà dans une situation critique, car si elles ont augmenté leurs frais d'inscription, ceux-ci ne peuvent excéder 20% de leurs crédits publics. Ces derniers ayant été réduits, la sanction est double. Dans une moindre mesures, un certain nombre de pays ont réduit leurs dépenses de 5% à 10%, comme l'Irlande (9,4% en 2010 puis 7% en 2011), l'Estonie (7% en 2009, 10% en 2010), la Roumanie (10%) ou la Lituanie (8%). D'autres enfin, essentiellement en Europe de l'Est, se sont contentés de coupes inférieures à 5% (République tchèque, Croatie, Serbie...) voire de restrictions indirectes ou négligeables (Scandinavie, Suisse, Pays-Bas, Pologne)

La compétitivité européenne menacée

Ces mesures budgétaires risquent de peser "à long terme sur l'enseignement supérieur européen à long terme, de par les changements progressifs et continus qu'elles entraînent", anticipe Thomas Estermann, responsable de l'étude. Elles s'accompagnent ainsi souvent d'une perte d'autonomie, les Etats cherchant à diriger les décisions institutionnelles des universités, relève Jean-Marc Rapp, qui estime que la recherche risque aussi de perdre en compétitivité à cause des réductions de postes pour les jeunes chercheurs et un sentiment général de découragement.

Autre effet néfaste, une baisse de la qualité de l'enseignement, due à la combinaison d'une hausse des étudiants et d'une réduction des postes d'enseignants. Surtout, à long terme, ces trains de mesures risquent d'hypothéquer la stratégie Europe 2020 et son ambition d'améliorer l'accès aux études supérieures. Or, "pour sortir de la crise à long terme, les pays européens ont besoin d'un enseignement supérieur fort. Sinon, ce sont les compétitivités nationales et européenne qui sont menacées", alerte Jean-Marc Rapp.

D'ailleurs, convaincus, certains pays ont maintenu une politique "anti-cyclique", note l'EUA : la France avec son grand emprunt (près de 22 milliards d'euros pour l'enseignement supérieur et la recherche) et l'opération campus (près de 8 milliards d'euros pour une vingtaine de campus), l'Allemagne avec ses "Exzellenzinitiative". Dans une moindre mesure l'Espagne, fragile, tente de préserver son enseignement supérieur, comme le Portugal, bien que les baisses de salaires dans la Fonction publique font peser quelque menace sur ces orientations.

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Commentaires

parismicha  a écrit le 26/01/2011 à 10:18 :

le problème est aussi que l'on accueille en première année trop d'étudiants qui n'ont ni la capacité, ni la volonté de poursuivre des études supérieures et qui ne sont pas au niveau. Certains ne sont là que pour toucher les bourses. Si on veut économiser pourquoi ne pas faire une sélection à l'entrée.