A Toulouse, l'Institut national polytechnique veut créer un statut d'étudiant-entrepreneur

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Désireux de soutenir les projets innovants de ses futurs diplômés, l'Institut national polytechnique (INP) de Toulouse lance un nouveau statut d'étudiant-entrepreneur pour mieux concilier le présent et l'avenir.

Tout est parti d'une épreuve de français en classe préparatoire. Et l'histoire pourrait se poursuivre dès cet été avec des essais de prototypes dans l'Atlantique. Un étudiant d'école d'ingénieurs de 22 ans a imaginé une nouvelle technique de désalinisation qui ne consomme pas d'énergie.

« Au lieu de plancher pendant quatre heures sur un sujet littéraire de prépa, j'avais consacré l'essentiel de l'examen à travailler au brouillon pour résoudre des premières équations », raconte, avec l'enthousiasme de la jeunesse, Jean-Emmanuel Faure, étudiant spécialisé en mécanique des fluides à l'École nationale supérieure d'électrotechnique, d'électronique, d'informatique, d'hydraulique et des tél éc omm uni cat ions de Toulou se (ENSEEIHT, prononcer « N7 »), membre de l'Institut national polytechnique (INP) de Toulouse. « Le surveillant devait me prendre pour un fou... »

Difficile d'imaginer à l'époque que ces quelques feuillets pouvaient déboucher sur un brevet potentiel. Aujourd'hui en deuxième année d'école, Jean-Emmanuel est en lien avec Toulouse Tech Transfer, société d'accélération du transfert de technologies, pour juger de la brevetabilité du procédé.

« Cette technique de désalinisation coûterait moins cher à la construction, à l'entretien et à l'utilisation, que les techniques traditionnelles », explique ce natif de Paris.

Encore très mystérieux sur la description de son innovation, Jean-Emmanuel a pourtant convaincu son directeur, Alain Ayache. Celui-ci est, avec le directeur de l'École nationale supérieure agronomique de Toulouse (ENSAT), à l'origine du statut d'étudiant-entrepreneur de l'INP Toulouse qui regroupe sept écoles.

Cette initiative n'est pas sans rappeler la proposition de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, de créer un statut d'étudiant-entrepreneur à la rentrée 2014 pour les étudiants en cours de formation universitaire et les jeunes diplômés.

« Plusieurs de nos étudiants ont la fibre entrepreneuriale, explique Alain Ayache, directeur de l'ENSEEIHT. Chaque année, nous comptabilisons au moins dix projets d'entreprise qui sont créés après l'obtention du diplôme. Bien souvent, ces projets ont mûri pendant les études. Notre statut d'étudiant-entrepreneur permet d'offrir un environnement favorable avec des aménagements d'horaire et de cours. »

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De gauche à droite : Marion Andrist, Mathilde Guerpillon, Johanna Vemclefs, Jean-Emmanuel Faure, Guilhem Bernard, Matthias Benkort et Gabriel Guiral.

Une trentaine de projets dès cette première année

Pour cette première année, une trentaine d'étudiants ont présenté leur projet devant une commission composée de différents acteurs économiques. Avec le souci, pour la plupart quasi obsessionnel, de ne pas trop en dévoiler, de peur d'être copié ! Une raison légitime qui justifie la prudence de Jean-Emmanuel, mais également celle de quatre étudiantes de l'ENSAT, prétendantes au statut d'étudiant-entrepreneur. Leur idée est née en troisième année dans le cadre d'un projet scolaire.

Au départ fictif, leur produit dans le domaine de la pâtisserie salée pourrait bien figurer dans les rayons des grandes surfaces d'ici un an.

« L'apéritif dînatoire est tendance, nous proposons une préparation simple et rapide tout en préservant la saveur du produit, accepte juste de dévoiler Marion Andrist, jeune bretonne de 23 ans. Nous n'avions pas l'intention de créer une entreprise. C'est de fil en aiguille, après des réactions positives de nos professeurs et de potentiels clients, que nous nous sommes prises au jeu. »

Encore artisanal pour le moment, ce produit, né dans la cuisine de Marion, doit franchir l'étape de la conservation afin d'être industrialisé. Des financements et des partenariats avec des laboratoires deviennent aujourd'hui nécessaires, ce qui explique une candidature au concours d'aide à la création de la Banque publique d'investissement (Bpifrance) et à l'incubateur Agropole d'Agen.

L'engouement rapide de ces étudiants au nouveau statut proposé par l'INP est simple. Avec peu de moyens financiers pour lancer leur projet, les jeunes entrepreneurs ont besoin de temps et d'accompagnement sans pour autant compromettre la réussite des études. Un autre porteur de projet, Matthias Benkort, l'atteste.

« J'avais besoin d'aménagement d'horaires afin de concilier davantage vie scolaire et vie professionnelle, souligne ce Toulousain de 21 ans, en deuxième année à l'ENSEEIHT, filière informatique.

Le samedi, je donne des cours particuliers pendant toute la journée. De temps libre, il ne me reste que le dimanche pour créer mon site Internet de pari en ligne d'eSport. Il s'agit de compétitions internationales à partir de jeux vidéos comme League of Legends ou Starcraft II, qui rassemblent des millions de spectateurs. »

Ce besoin légitime de temps libre a été entendu. Outre les aménagements d'horaires, le statut d'étudiant-entrepreneur offre la possibilité de prendre le temps imparti du stage pour mener à bien son projet personnel. Cette idée a séduit Guilhem Bernard, 21 ans, qui compte utiliser ces six mois pour finaliser son idée d'entreprise de jeux vidéos et rejoindre, une fois diplômé, l'incubateur Midi-Pyrénées, voire, pourquoi pas, une pépinière d'entreprises.

Une formation au management

Également dans la filière informatique de l'ENSEEIHT, Gabriel Guiral pourra bénéficier d'une formation complémentaire en management par le biais de ce nouveau statut. Des notions qui lui seront utiles pour le lancement de son site, Moovup.eu, avec deux autres camarades.

« Nous proposons aux commerçants de valoriser sur Internet certains de leurs produits pour encourager les internautes à se rendre ensuite directement au magasin », détaille le jeune étudiant-entrepreneur de 21 ans. En échange, le commerçant s'aligne sur le prix de ses concurrents sur Internet.

« Sans frais de port ni délais de livraison, de fait, leurs produits deviennent compétitifs »,
explique Gabriel Guiral.

Une première version a déjà séduit plusieurs commerçants de Strasbourg, où il était en classe préparatoire. De quoi lever 5.000 euros pour proposer un site unique mais géolocalisable dans 32 grandes villes de France. Qui a dit que la jeunesse ne savait plus s'engager ?

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a écrit le 10/04/2014 à 4:55 :
Rectificatif :
Il me semble que l'INP de toulouse n'est pas à l'origine de cette création de statut d'étudiant entrepreneur.
Reprenez vos notes sur l'origine des PEPITE
a écrit le 27/03/2014 à 22:07 :
Bonjour,
Pour répondre, @Michel, il semblerait que vous parliez sans trop savoir de quoi il s'agit...
Le statut est mis en place afin que les innovations soient portées par des start-up qui ont une chance de créer un jour de l'emploi, et des ressources (donc des impôts et de rembourser bien plus que ce fameux "bras" qui vous est si cher). Le contribuable peut très bien comprendre ce qu'est un investissement sur l'avenir et un pari sur entreprises à potentiel.
Quand bien même, le contribuable que vous êtes n'aura même pas besoin de débourser un sou, les frais supplémentaires sont supportés par le parrain du statut: GDF-SUEZ .
Pour info : http://www.inp-toulouse.fr/fr/formation-initiale/grandes-ecoles/l-actualite-formation/etudiant-entrepreneur.html

Enfin, je me permet de vous rappeler que l'éducation nationale à beau être"corporatiste et démagogue", elle ne doit pas être confondue avec l'enseignement supérieur .
Cordialement,
a écrit le 26/03/2014 à 14:12 :
Les INP de Grenoble et de Toulouse sont très dynamiques, cela peut être une bonne chose si c'est couplé à une formation entrepreneuriale de qualité. Ils sont présents dans de nombreux cercles entrepreneuriaux et ont des compétences techniques solides et idées (voir http://aae-ensimag.fr/actualites/categorie/revue par exemple).

@Michel : En quoi une proposition serait de la démagogie corporatiste? Un peu d'arguments et de source, svp...
a écrit le 21/03/2014 à 22:33 :
Cela va encore coûter un bras au contribuable... Vive la démagogie de la corporation de l'éducation nationale!
Réponse de le 10/04/2014 à 4:52 :
Je vous invite à voir un peu plus loin dans votre raisonnement.
Soyez optimiste dans les projets d'avenir soutenus par le MESR, et plus particulièrement par l'IAE de Grenoble INP.
PEPITE, regroupe 29 projets labellisés par de nombreuses communautés d'établissements du supérieur.
Enfin un peu de lumière et d'entrain pour nos jeunes.

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