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http://www.latribune.fr/carrieres/jeunes-diplomes/ecoles-de-commerce-universites-quelles-bonnes-filieres-/debat-quel-enseignement-au-management-apres-la-crise-/20090304trib000351112/reapprendre-le-sens-de-la-responsabilite-.html
La Tribune.fr - 04/03/2009 | 10:30 - 654 mots

Face à la crise que personne n'avait anticipée dans sa violence et probablement dans sa durée, se pose bien sûr la question de savoir si l'enseignement de la gestion doit être peu ou prou modifié. Certains vont à se demander si, au fond, il ne faudrait pas supprimer les business schools. Ben, voyons !... Restons sérieux et commençons par ne pas tomber dans l'auto-flagellation. On sait bien qu'il s'agit d'une crise systémique et, le jeu qui consiste à chercher des boucs émissaires, est une perte de temps. Et puis, ce ne sont pas nos plus jeunes diplômés, ceux qui viennent de suivre nos enseignements, qui tenaient les manettes au moment du déclenchement de cette crise.
Je crois, pour ma part, que la leçon qu'il faut d'ores et déjà retenir est que l'enseignement de la gestion doit s'imposer une extrême rigueur dans son contenu. Pendant trop longtemps, et ce n'est pas fini, beaucoup ont pensé que la gestion n'était pas une discipline, n'était que du « concentré de bon sens » et beaucoup croient même que c'est en reproduisant les discours circulant dans le monde économique que l'on enseigne la réalité des entreprises. Ceci est faux. Il nous faut, à HEC comme dans les autres meilleures écoles mondiales, nous battre pour refuser toute idéologie dominante. Pour cela, une seule solution : poursuivre et renforcer nos efforts en recherche. C'est parce que nous saurons montrer scientifiquement à nos élèves qu'une perspective à long terme n'est pas une succession de décisions à court terme, c'est parce que nous saurons leur montrer, chiffres en mains, l'importance de l'économie matérielle que nous éviterons dans quelques décennies qu'ils se laissent emporter dans les à peu près portés par toute idéologie.
Il nous faut éviter de promouvoir des recettes construites à la va vite. Il nous faut sensibiliser nos élèves - jeunes et moins jeunes - à l'importance des nuances. Il faut du temps pour façonner un jugement. Il faut du temps pour éviter de se contenter d'arguments simplistes et peu élaborés. On ne dit pas assez que la crise d'aujourd'hui est probablement due à un manque de rigueur dans beaucoup de démarches, à une précipitation dans les analyses et à une profusion d'idées mal ciselées : ce sont celles-là qui font plus de dégâts que les autres. Notre pédagogie doit repousser l'immédiateté des simplifications criantes. Nous devons conduire nos élèves à « séjourner dans les choses ».
En ce qui concerne la formation comportementale, il faut être moins dupe que jamais. Le leadership et le sens de la responsabilité qui doit l'accompagner, ne sont pas innés mais cela ne s'apprend pas non plus sur le tas. Il faut réinvestir massivement dans des réflexions sur l'essence du leadership.
La crise actuelle est en effet, et peut-être essentiellement, une crise du leadership. Ces dernières années, on a vu se développer des organisations sans âme, sans identité. Ceci peut s'expliquer parce que les leaders se sont fait rares ; dans n'importe quelle entreprise, sans leader, il n'y a aucune œuvre collective qui puisse s'imposer aux intérêts particuliers. Les organisations remplissent alors banalement des tâches mécaniques et seuls le court terme, les rapports de force et les égoïsmes peuvent s'épanouir.
Le leadership est justement ce travail qui doit transformer des organisations banales et sans âme en institutions. Là aussi, cette « pédagogie du leadership » demandera du temps car le leadership est un talent et non une technique. Un talent se cultive par la pratique, mais apprendre un talent ne peut se réduire à une pratique. La pédagogie du leadership et de la responsabilité passe par une compréhension du monde. Pour comprendre l'évolution du monde, il est utile d'avoir de multiples perspectives : économique bien sûr, mais aussi historique, anthropologique et même artistique. On l'aura compris : la pédagogie du leadership requiert une certaine ascèse, un long exercice sur soi-même. Il faudra donc que l'ascèse revienne à la mode. C'est en soi un excellent projet pédagogique !
Bernard Ramanantsoa, Directeur général du groupe HEC
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