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La Tribune.fr - 04/03/2009 | 10:35 - 856 mots

Comme formateurs au management, La crise nous touche de multiples manières. Elle affecte bien évidemment nos partenaires économiques en France et à l'étranger, leurs salariés, les familles des étudiants ou des candidats, les diplômés, comme nos enseignants chercheurs. Mais surtout, elle remet en question nombre d'instruments techniques auxquels nous formions, soulignant combien leur usage irréfléchi peut être dangereux. En ce sens, elle nous touche tant comme éducateurs que comme chercheurs.
A l'ESSEC, certaines interrogations avaient été anticipées. La prise en compte de la crise intègre trois pans principaux Le premier concerne notre recherche, le second et le troisième correspondent à des défis pédagogiques.
1. Des questions de recherche renouvelées :
Par rapport à nombre d'écoles de management, il est d'usage à l'ESSEC de développer des approches largement critiques des fonctionnements des organisations, qui aident à la prise de recul. La crise nous y oblige davantage. La chaire Audit-KPMG explore comment les décisions européennes d'adoption des nouvelles normes comptables en 2003, ont été prises sans grand débats sur les conséquences de ces décisions. A l'époque les banques françaises avaient souligné le risque procyclique de la « fair value », et les inconnues des temps de marchés illiquides ; elles n'ont pas été écoutées. Une autre équipe découvre comment au début du XXième siècle, à Chicago, la diffusion des idées darwinennes de sélection des espèces a considérablement changé le comportement des capitalistes américains, changeant peu à peu la notion d'investissement au service du bien commun en nécessité d'être le premier pour espérer survivre. D'autres travaillent à explorer la finance comportementale, les formes de gouvernance d'entreprise, les questionnements éthiques des personnes, enfin les enjeux collectifs liés au leadership responsable et au développement durable. S'appuyant sur ces recherches, un travail collectif du corps professoral a été mis en place sur le thème « interroger la crise », qui mobilise une quarantaine de professeurs présentant leurs différentes lectures de celle-ci ; ce travail sera suivi d'une autre étape collective sur le thème « innover pour répondre à la crise ».
2. Former à l'incertitude et la complexité
La crise a souligné l'instabilité systémique et l'imprévisibilité de notre univers, conséquence de sa complexité. Il s'agit de former les étudiants à ce monde incertain, par des approches très pluridisciplinaires, en les initiant à la lecture des signaux à faible bruit. Il s'agit de développer leur capacité et leur goût pour une écoute politique du monde alentour, de les éduquer à prendre du recul par rapport aux évènements comme aux contenus des enseignements. Nous renforçons la présentation simultanée des outils enseignés avec soit leur « kit critique », soit une réflexion structurée des conditions de leur usage.
Plus spécifiquement, dans le cours de risque de crédit nous dédions une séance complète à l'analyse de la crise du crédit depuis août 2007, et son impact actuel sur la régulation des marchés.
Ainsi cette année avons-nous introduit des modules d'éthique dans les cours de finance.
A l'occasion de la création de la filière finances, un séminaire d'éthique et déontologie des métiers de la finance a été introduit. Il identifie les meilleurs standards de déontologie, explore les décisions qui promeuvent intégrité et professionnalisme dans les métiers financiers. Les cadres d'analyse regroupent la gouvernance d'entreprise, les marchés financiers, l'analyse financière et la gestion d'actifs.
Dans plusieurs cours avancés de Finance, les problèmes éthiques sont soulignés. Par exemple: l'impact du blanchiment d'argent sur le fonctionnement des marchés est analysé dans le cours de Finance de Marché ; la responsabilisation éthique des étudiants de la chaire Private Equity est privilégiée (arbitrage salariés/actionnaires); dans le cours de Trading et Organisation des Marchés, l'impact de la recherche par les Autorités de marche d'une transparence optimale des marches est analysée, en particulier au regard de la liquidité des marchés financiers.
3. Préparer à un monde violent : développer lucidité et courage
La crise engendre un univers économique durci, les batailles entre rivaux se transformant en lutte pour la survie. Cet univers exige des acteurs lucides et courageux :
- Lucides, c'est-à-dire capables de choisir avec discernement la décision pertinente pour eux-mêmes et pour le groupe, de décider calmement dans l'urgence. L'éducation au choix raisonné et inspiré est un vrai défi pédagogique, qu'à l'ESSEC nous traitons en obligeant les étudiants à choisir en permanence.
- Courageux, parce que dans ce monde turbulent il faudra oser des décisions difficiles, les mettre en œuvre et s'y tenir, et être prêt à affronter l'échec en ayant assez de confiance en soi et en sa capacité à rebondir. Dans cet esprit, nous mettons en place des formations expérientielles nouvelles, en collaboration avec l'armée, des centres de secours d'urgence, des hôpitaux.
Dans ce contexte, la préparation à l'entreprenariat, qui concerne un nombre croissant d'étudiants, s'inscrit dans cette double dynamique
L'obsession d'une performance mesurée à court terme a conduit à des comportements destructeurs de valeur. Le paradoxe est que l'urgence des situations peut encore accentuer l'obsession du court terme, et faire revenir aux bons vieux réflexes dès que la phase aigue sera passée. La crise devrait obliger à penser l'entreprise autrement, à revenir aux fondamentaux de l'entreprise, et à la considérer comme créant de la valeur économique et sociétale, d'une manière durable. Reste à inventer comment le mesurer : les chercheurs ont un bel agenda.
Pierre Tapie, Directeur général du groupe ESSEC
antoineged a écrit le 12/03/2009 à 19:29 :
Cher " FP ", Quand donc comprendrez-vous que la seule qualité qui vaille quand on prétend être un dirigeant responsable et reconnu c'est la " droiture " ! On peut bien s'entourer de toutes les compétences de la Terre, si l'on n'a pas la " droiture " , on est rien ! Et la " droiture ", on l'apprend à l'ESSEC ! Antoine GED
FP a écrit le 10/03/2009 à 06:10 :
Oui, mais c'est aussi très creux : peut-on penser sérieusement que des cours d'éthique vont pouvoir éviter les crises à l'avenir? Va-t-on apprendre aux traders en herbe à refuser les opportunités de faire du cash au nom de la vertue? Si oui, qui peut croire qu'un seul d'entre eux suivra ces conseils et pourra rester dans le milieu?? Non franchement, si c'est cela "la recherche" à l'ESSEC, je ne donne pas cher de "sa place au classement" (encore une obsession ranking qui vise... à faire du cash, avec vertue bien sûr). Un peu d'audace et de reflexion que diable! attaquez vous au cours de finance de marché...en le supprimant (ou bien mettez le en option "histoire des marchés financiers)
antoineged a écrit le 06/03/2009 à 16:48 :
Cher Directeur Général, C'est très vrai et très juste ce que vous avez dit ! Tous mes encouragements pour que, sous votre conduite, l'ESSEC continue de figurer dans le peloton de tête des plus grands établissements français d'enseignement du management ! Antoine GED ESSEC 71
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