La Tribune

Manager par gros temps

Sophie Peters  |   -  560  mots
Chaque semaine, découvrez les chroniques sur la vie au bureau réalisée par Sophie Peters. Anecdotes, conseils, expériences : pour sourire mais aussi mieux se sentir dans son job.

 

Filons la métaphore. Le temps s'y prête. Comment croyez-vous qu'un skipper prend soin de ses membres d'équipage en pleine tempête ? Il sait que le moral des troupes est essentiel à la bonne marche du bateau. Il a conscience de la porosité des états d'âme de chacun. L'espace est si restreint. Les hommes si proches. Et les éléments si terribles que le moindre mot, la moindre expression peuvent déclencher des torrents d'émotions. Une entreprise dans la tourmente actuelle est du même tonneau. On épie la tête du patron, ou de la DG, pour sonder le niveau de tension du marché, on s'inquiète de la moindre rumeur, on surinterprète les données de la météo économique, et les marchés déchaînés accentuent l'appréhension. Dans ce contexte, pas question de jouer les fiers-à-bras. Plus personne n'est dupe de la difficulté. Il faut faire face avec calme et détermination sans minimiser les enjeux.

 

À l'annonce quotidienne des mauvaises nouvelles, j'entends des commentaires du style « c'est la faute des médias, ils en rajoutent, alors forcément tout le monde a peur ». Je ne sursaute pas seulement parce que je suis journaliste. Cela me désole de voir des adultes désireux d'être protégés comme des enfants, et préférant se voiler la face. Faudrait-il tenir des discours rassurants parce que la réalité est trop effrayante ?

 

Être responsable

 

C'est avec les bonnes informations que le marin peut affronter les éléments déchaînés. Non en cachant à tout l'équipage qu'il y a des récifs droit devant. Être adulte. Être responsable. Chacun à sa mesure. Chacun vigilant. Et tous reliés. Elle est là, la difficulté. Ne pas serrer les dents et s'enfermer dans sa logique. Ne pas chercher à ménager son voisin. Accepter au besoin de se faire aider. Parce que tout simplement c'est trop dur. Parce que la fatigue gagne. À bord, il y a des quarts de nuit. Il y a une nécessaire confiance qui s'instaure. Qui rend fier et honoré d'en être. Il y a un partage du danger. Et une reconnaissance de l'importance de chacun. Dans l'entreprise, le stress, les peurs et les pressions paralysent, amènent à se réfugier dans des attitudes régressives, des solutions du passé en se sécurisant avec des chiffres, des planifications, et du serrage de boulons, délaissant ainsi toute créativité. Je me souviens d'un best-seller en management d'il y a environ dix ans : « Oser la confiance ». Il n'a pas pris une ride. L'auteur, Vincent Lenhardt, continue d'officier comme coach auprès des grands patrons. L'essentiel demeure : « La confiance se trouve dans la certitude que la personne va tout faire pour réussir, pas dans le fait qu'elle va réussir. Confiance dans l'être, pas dans le faire. » Comme un skipper en pleine tempête, le manager doit pratiquer l'alliance avec ses équipes. Les traiter en collaborateurs responsables. Plus qu'un contrat relationnel, il s'agit d'un acte de foi réciproque, en référence à des valeurs et une vision commune, tout en intégrant la tolérance, la compassion, et parfois la frustration. Partagez avec vos collaborateurs les hésitations quant à la meilleure route à suivre, vous pourriez être surpris de leur talent de navigateur? par gros temps.

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