La Tribune

La science citoyenne

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Catherine Bréchignac, présidente du Haut Conseil des biotechnologies Physicienne, membre de l'Institut, Catherine Bréchignac, qui est la fille du physicien Jean Teillac, ancien Haut-commissaire à l'énergie atomique, est actuellement présidente du Haut Conseil pour les biotechnologies, et ambassadeur délégué pour la science, les technologies et l'innovation. Diplômée de l'École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, agrégée de sciences physiques et docteur ès sciences, elle est entrée au CNRS en 1971 pour devenir directeur de recherche en 1985. Cette spécialiste de la physique atomique et des nanotechnologies a dirigé le laboratoire Aimé Cotton à Orsay de 1989 à 1995 puis le département sciences physiques et mathématiques du CNRS. Directeur général du CNRS de 1997 à 2000, elle engage la réforme de l'établissement, sous la tutelle du ministre de la recherche Claude Allègre. Nommée présidente de l'Institut d'optique en 2002 puis présidente du Palais de la découverte à Paris en 2004, elle est revenue à la tête du CNRS en 2006 en tant que présidente, poste qu'elle a occupé jusqu'au début 2010.

«Le Haut Conseil des biotechnologies vient de fêter son premier anniversaire. Cette instance, unique en Europe, fait travailler, au sein de deux comités, scientifiques, élus locaux, parlementaires, et représentants d'associations, afin de donner un double éclairage à la décision politique. La présidence de cette institution est un poste extrêmement sensible, je l'ai acceptée davantage en tant que citoyenne, en laissant un peu de côté ma casquette scientifique.

Nous travaillons sur des problématiques complexes, comme les OGM ou les thérapies géniques, souvent angoissantes pour la société. Je comprends que les manipulations du vivant puissent faire peur, mais il est indispensable d'avancer sur le plan scientifique, pour faire progresser la connaissance. Et il faut dissocier les enjeux économiques des enjeux scientifiques, pour engager de manière sereine le débat nécessaire.

En 2010, le Président de la République m'a nommée ambassadeur délégué pour la science, la technologie et l'innovation. Mon rôle est à la fois de promouvoir l'excellence scientifique et la technologique française, et de porter notre stratégie de recherche à l'international. Ce profil de poste a aussi été créé par quelques-uns de nos partenaires étrangers, tels les États-Unis.

J'ai été élevée dans un milieu scientifique, cartésien. Mon père, Jean Teillac (N.D.L.R.?: ancien Haut-commissaire à l'énergie atomique) était élève d'Irène Joliot Curie. Ma mère était professeur de médecine. Elle était étudiante lorsque j'étais petite et apprenait l'anatomie sur un squelette à la maison. J'avais 2 à 3 ans, j'apprenais la composition du corps humain avec elle. À l'adolescence, j'aimais les mathématiques, la littérature du XIXe siècle et la littérature russe en réaction avec un milieu trop cartésien. J'étais paresseuse, c'est sans doute pour cela que j'ai choisi de poursuivre des études en mathématiques, puis en physique. Après ma thèse en physique atomique, contrairement à la tradition de poursuivre dans des grandes universités américaines, j'ai choisi de partir enseigner la mécanique quantique à Ouagadougou, au Burkina Faso. Après ce contact avec la logique de pensée africaine, on ne voit plus le monde de la même façon. J'ai ensuite fait mon post-doctorat au Canada avant de lancer, en 1981, les premières expériences sur les agrégats, précurseurs des nanotechnologies. J'ai travaillé en Suisse, en Allemagne, aux États-Unis, à Orsay, à la tête du laboratoire Aimé Cotton de 1989 à 1995, puis j'ai dirigé le département sciences physiques et mathématiques au CNRS.

Lorsque Claude Allègre m'a demandé d'être directeur général du CNRS, nous partagions la volonté de donner du dynamisme à cet organisme. Mais je ne voulais pas qu'on me tienne la main pour remplir ma mission. Dans notre pays, il faut bien reconnaître que la tutelle politique est très présente?! Après mon mandat de directeur général, j'ai repris à temps plein ma recherche au laboratoire, avant de revenir, en 2006, comme présidente du CNRS. Cela a été des années très heureuses, avec quelques péripéties, sans doute liées à la réforme que nous avons menée?: j'ai même été séquestrée quelques heures lors d'un conseil d'administration?! Mais nous avons réussi à mettre en place une structure d'organisation en réseau qui nous sera utile pour mieux collaborer avec nos partenaires nationaux que sont les universités, et à l'international.

Mes nouvelles fonctions sont une nouvelle aventure tout aussi passionnante?! J'aime le pouvoir en ce qu'il permet d'actions positives. Ce dont j'ai le plus horreur?? La domination par l'esprit. Toute personne a sa dignité.»

 

JARDINS SECRETS

 

Son objet fétiche. Une représentation de Ganesh (le patron des voyageurs).
Sa devise. Vivre intensément.
Son plat favori. Le poisson grillé.
Son refuge. La musique.
Son défouloir. Tondre le gazon.

 

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