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Trois questions à...

Hervé Le Bras : "il va falloir attirer les travailleurs étrangers"

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Hervé Le Bras est Démographe, directeur à l'Ehess, il vient de publier " les QuatreMystères de la population française " (Odile Jacob).

 Que faut-il faire dès maintenant pour faire face aux problèmes d'emploi que posera le papy-boom européen ?

Il faut, avant tout, avoir une approche fine du vieillissement. C'est, en fait, une question bizarre car l'espérance de vie sans incapacité augmente plus vite que l'espérance totale, ce qui veut dire que la proportion de per sonnes en mauvaise santé diminue. Dans ce contexte, l'enjeu fondamental est de permettre aux gens de travailler plus longtemps. Aujourd'hui, en France, la moitié des hommes de 58 ans est hors d'activité. C'était le cas pour la moitié des hommes de 68 ans en 1946 et de 72 ans en 1936. Et cela alors que, dans le même temps, l'espérance de vie des hommes à 65 ans est passée de 10 ans en 1946 à 17,5 ans en 2007. Pour faire face au papy-boom, on doit d'abordmobiliser les énormes réserves de main-d'oeuvre qui existent en Europe.

Pensez-vous cependant que les politiques migratoires sont adap- tées aux besoins de cette Europe vieillissante ?

Elles ne sont pas du tout adaptées car on n'a pas de dispositifs d'accueil, donc on n'est pas attractifs, notamment pour lamain-d'oeuvre qualifiée.AuCanada, en revanche, on peut demander la naturalisation au bout de trois ans quand on a une qualification. Les gens qui quittent leur pays pour s'installer ailleurs veulent pouvoir développer leur projet de vie. Il faut comprendre que, dans les années 60, il s'agissait d'une migration de survie : on venait travailler en France pour faire vivre sa famille.

Et aujourd'hui ?

Désormais, on émigre pour se réaliser. Les immigrés, comme nous tous, sont devenus beaucoup plus individualistes et exigeants. Ainsi, il y a quatre ans, l'Allemagne avait décidé d'offrir 24.000 permis de travail de quatre ans à des informaticiens. Mais les informaticiens indiens qui étaient convoités ne sont pas venus. Ils ont expliqué qu'ils craignaient la xénophobie en Allemagne et qu'un permis de quatre ans ne permettait pas de se projeter dans l'avenir. Dans une économie mondialisée, les pays européens vont devoir être bien plus attirants, faute de quoi les compétences contourneront ce continent.

propos recueillis par emmanuelle Heidsieck

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