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La Tribune.fr - 12/01/2009 à 16:28 - 387 mots

Un choc. Mais surtout un énorme coup de cœur. Car les photos réalisées en Afrique par Guy Tillim au cours de ces dernières années, actuellement exposées à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris, tranchent avec ce qui se fait aujourd'hui. Peut-être parce qu'elles ont été saisies par un enfant du continent dont l'œil, toujours aiguisé, se refuse à quelque sorte de jugement, pitié ou misérabilisme. Tillim photographie les siens.
Né en 1962 dans l'Afrique du Sud de l'Apartheid, Guy Tillim a été éduqué dans un pensionnat et une université uniquement réservés aux Blancs. "Je n'avais aucune idée de ce qui se passait de l'autre côté de la frontière raciale, confie-t-il. Jusqu'à ce que la photo m'aide à le découvrir". Photo-reporter à ses débuts, il commence peu à peu à se tourner vers des travaux plus personnels et réalise différentes séries. Telle celle montrée à la Fondation HCB, consacrée à une poignée d'immeubles du centre ville de Johannesburg, jadis habités par de riches familles blanches de la ville.
Terrorisées à l'idée de voir affluer les Noirs après l'abrogation des lois raciales, ces dernières sont allées vivre ailleurs, en laissant la gérance des bâtiments à des agents. Sauf que ces derniers ont détourné l'argent des modestes locataires à leur profit, en se gardant bien de payer les factures. Laissés à l'abandon, les bâtiments, décrépis, sont devenus de véritables taudis. La vie s'y est néanmoins organisée comme en témoignent les photos de Tillim, par exemple celle de cette cuisine de fortune impeccablement rangée.
Très vite, Tillim s'en est allé voir le reste de l'Afrique. Il est par exemple allé dans les différentes cités du continent à la recherche des rue baptisées Patrice Lumumba, du nom du révolutionnaire indépendantiste congolais assassiné par les Belges en 1961. Toutes ou presque accueillent ces immeubles modernistes construits à la veille des indépendances qui sont, aujourd'hui, devenus des squats aussi sales qu'insalubres.
Ces photos aux couleurs mates, sourdes, superbes sans pour autant être séduisantes, disent l'Afrique d'aujourd'hui avec une extraordinaire justesse. Mais l'on ne peut s'empêcher en les voyant, de penser aux rêves soulevés au moment des indépendances. Totalement brisés aujourd'hui.
"Guy Tillim, Jo'burg, Avenue Patrice Lumumba", Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, 75014 Paris. Tel : 01 56 80 27 00. M° Gaité. Demain propose une conversation autour de la photographie avec Guy Tillim de 18h30 à 20h.
Yasmine Youssi
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