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Des années folles de photographies

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Le Jeu de Paume présente la collection de photos de Christian Bouqueret. Autant d'images réalisées à Paris dans l'entre-deux-guerres qui offrent une magistrale leçon de photographie.

Christian Bouqueret

Ils ont débarqué sur un quai de la Gare de l'Est un petit matin des années 1920. Certains fuyaient la misère, d'autres, le nazisme ou une dictature d'Europe de l'Est. Parmi eux, les Hongrois Brassaï, André Kertesz ou François Kollar. Aux côtés de leurs collègues nés ou déjà installés en France, tous ont fait de la ville lumière la capitale de la photographie pendant l'entre-deux-guerres, comme le raconte aujourd'hui une magnifique et passionnante exposition.

Présentée au Jeu de Paume (Site Sully) à Paris, elle rassemble une centaine de tirages d'époque en noir et blanc regroupés par thèmes. Tous appartiennent à Christian Bouqueret. Historien du médium, éditeur, marchand, collectionneur avisé, mais surtout passionné par la photographie de ces années-là, ce dernier a amassé au cours des trois dernières décennies un ensemble exceptionnel. Car ses images rappellent l'extraordinaire effervescence qui régnait à Paris autour de la photographie pendant les Années Folles. Elles permettent aussi de découvrir des artistes encore peu connus du grand public. Telle l'Allemande Marianne Breslauer (1909-2001), dont les instantanés annoncent la photographie humaniste de l'après-guerre. En témoignent le portrait de cette grande gigue allumant péniblement une cigarette, véritable clone d'Olive, la femme de Popeye.

Pour gagner leur vie, la plupart de ces photographes d'avant-garde travaillaient aussi bien pour la publicité, que pour la mode ou la presse. Et profitaient de leur temps libre pour mener des recherches plus personnelles. Nus, portraits, photos d'architectures, natures mortes... Ils touchent à tous les genres. A tous les styles aussi. Les nus d'Emmanuel Sougez sont néoclassiques, tandis qu'Erwin Blumenfeld flirte alors avec le surréalisme. Dora Maar immortalise dans le plus simple appareil la belle Assia, un célèbre modèle de l'époque. Et donne à son ombre portée sur le mur, des formes picassiennes. Toutes aussi surprenantes sont les natures mortes. Nombre d'entre elles mettent en scène des objets du quotidien, des légumes ou des fruits, saisis sous des angles originaux, en gros plans, sous un éclairage subtil. Ainsi magnifiés, souvent d'ailleurs pour de la publicité, ces tasses, peignes, cordes ou choux acquièrent soudain une présence inédite, tout en témoignant de la volonté de ces photographes d'explorer les multiples possibilités techniques du médium.

Kertesz excelle dans des distorsions capables de transformer un corps en une masse abstraite. Maurice Tabard s'essaye à la solarisation, technique inventée par Man Ray et sa muse Lee Miller. André Steiner réinterprète le célèbre tableau de Munch, « Le cri », en superposant plusieurs négatifs. Dora Maar compose des photocollages d'inspiration surréaliste. Une magistrale leçon de photographie.

Renseignements pratiques :

« Paris, capitale photographique 1920/1940. Collection Christian Bouqueret», au Jeu de Paume (Site Sully), 62 rue Saint-Antoine, 75004 Paris.

Tel : 01 42 74 47 75.

Ouvert tous les jours sauf le lundi de 12h à 19h, dès 10h le week-end. Jusqu'au 24 mai. A lire : « Paris, capitale photographique 1920/1940. Collection Christian Bouqueret», La Martinière, 192p., 35€.

 

Yasmine Youssi

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