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La Tribune.fr - 27/11/2008 à 17:28 - 411 mots

"Il hait les anniversaires et les commémorations. Et voici que l'on s'apprête à fêter son centenaire", est-on tenté d'écrire, en clin d'œil à l'incipit du livre le plus connu de Claude Lévi-Strauss, "Tristes tropiques" ("Je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m'apprête à raconter mes expéditions. Mais que de temps pour m'y résoudre !"). Il n'a pas fallu beaucoup de temps au monde intellectuel pour se résoudre à célébrer l'anniversaire de Claude Lévi-Strauss, l'un de nos penseurs les plus importants du XXème siècle. Dès le mois de mai, il entrait dans la Bibliothèque de la Pléiade, un privilège rare du vivant d'un auteur.
Et aujourd'hui, le musée du quai Branly à Paris, en accès libre de 11 heures à 21 heures, organise une journée exceptionnelle pour ses cent ans. Au programme: visite guidée de la collection d'objets de l'ethnologue, exposition de photographies, et lecture exceptionnelle, par une centaine de personnalités, des plus grands textes de l'auteur.
Né le 28 novembre 1908 à Bruxelles, il fait ses études à Paris et s'oriente d'abord vers le droit puis la philosophie. En 1933, la lecture d'un ouvrage d'un anthropologue américain va susciter sa vocation d'ethnologue, qui s'exercera dès 1935, lorsqu'il accepte un poste à l'Université de São Paulo, au Brésil. Jusqu'en 1939, il dirige plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie. Elles seront racontées dans "Tristes tropiques", en 1955.
Il va construire, au contact de la linguistique, la sémiologie, la sociologie et même des mathématiques, une pensée neuve. Une anthropologie structurale qui pose l'existence de structures qui régissent inconsciemment l'esprit humain, et s'efforce de dégager des propriétés générales communes aux différentes sociétés ("Ce ne sont pas les ressemblances, mais les différences, qui se ressemblent", écrit-il dans "Le Totémisme aujourd'hui").
Dans ses ouvrages, Claude Lévi-Strauss montre notamment que les mécanismes à l'œuvre dans la pensée des peuples dits primitifs se retrouvent dans le monde civilisé. Les sociétés sauvages ne constituent pas pour Claude Lévi-Strauss des sociétés primitives, au sens où elles renverraient à une origine des sociétés modernes. Un relativisme qui a souvent été reproché à l'auteur, qui se garde pourtant bien de juger les cultures entre elles. La comparaison ne tournerait d'ailleurs sans doute pas à notre avantage, car le penseur centenaire a souvent déploré, en moraliste et en précurseur de l'écologie, les mauvais traitements que nous infligeons à la planète. Et ses dernières déclarations à la presse témoignent d'une vision pessimiste de notre avenir. De quoi gâcher la fête ?
Aurore Bandini
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