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La Tribune.fr - 11/12/2008 à 16:10 - 439 mots

Il y a un an, Maurice Béjart nous quittait. C'était le 22 novembre 2007 Il avait 80 ans. L'artiste français (qui voulait devenir Suisse) était, et reste plus que jamais, l'une des grandes figures populaires de la danse contemporaine. Il aura réussi là où la plupart des chorégraphes ont échoué : ouvrir son art au grand public. Certes, cela ne fut pas toujours bien vu. Drainer les foules, être populaire, c'est louche. Lui s'en flattait.
Aussi passionnant que déconcertant, Béjart s'est essayé à tout. Il s'est laissé inspirer par Mozart comme par Freddy Mercury du groupe Queen. Sur les quelques 140 chorégraphies qu'il aura imaginées, toutes ne sont pas des chefs mais au moins ont-elles le mérite de témoigner de la liberté que le chorégraphe a toujours tenu à s'accorder.
Aujourd'hui, l'Opéra de Paris lui rend hommage à travers un programme reprenant trois de ses ballets les plus emblématiques. La soirée s'ouvre sur les bouleversants "Quatre derniers Lieder de Strauss". "Serait-ce la mort ?" - le titre du ballet - prend désormais, inévitablement, une dimension nouvelle. Un homme - dans une interprétation très aérienne et délicate de Nicolas Le Riche lors de la première - revoit les femmes qu'il a aimées avant de suivre celle qui le mènera vers l'au-delà. Les amours qui ont ponctué les étapes de sa vie renaissent sur scène au gré de chorégraphies où affleurent successivement nostalgie, peur et enchantement.
Ensuite, place à la grandeur et à la puissance du Phénix. "L'Oiseau de feu" est la première musique de ballet écrite par Stravinsky. Elle fut commandée par Diaghilev pour les Ballets russes en 1910. Lorsque Béjart reprend le livret pour l'Opéra de Paris soixante ans plus tard, il l'adapte à sa manière. Première modification, l'Oiseau est pour la première fois incarné par un danseur plutôt que par une ballerine. Côté décors, c'est le minimalisme qui règne. Le ballet est un jaillissement permanent. Une ode à la jeunesse, à l'énergie, à la vie. Son final explosif, sous un soleil rouge incandescent, atteint une intensité phénoménale. Mais la soirée n'a pas encore atteint son zénith. L'apothéose viendra avec le "Sacre du Printemps".
Tout chorégraphe succombe, un jour ou l'autre, à la tentation de se frotter au chef d'œuvre de Stravinsky. Peu s'en sortent avec les honneurs. La version de Béjart fait partie de cette minorité d'exception. Créé en 1959, son "Sacre" n'a pas pris une ride. Il conserve intact son vrombissement spirituel et érotique. Il rugit, gronde de tous côtés. Béjart continue bel et bien de respirer. Et son souffle de nous emporter.
"Hommage à Maurice Béjart", à l'Opéra Bastille jusqu'au 29 décembre. Réservations : 0 892 89 90 90 - www.operadeparis.fr
Olivier Le Floc'h
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