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Les opéras de Lyon et de Nantes-Angers célèbrent Philip Glass, le plus iconoclaste des compositeurs américains.

Philip Glass

Il est toujours là, bouillonnant d'activité, de projets, d'idées, quand il ne part pas en tournée avec le Philip Glass Ensemble pour interpréter des extraits de ses musiques de films, "La Belle et la bête" l'un de ses trois opéras de chambre d'après Cocteau, ou reprendre "Music in twelve parts", l'une des pièces maîtresses de son catalogue.

Apparu au sein de l'underground new-yorkais des années soixante, le compositeur se produit alors dans les seuls lieux qui veulent bien l'accepter : galeries d'art, toits d'immeubles, lofts. On s'y allonge tout en écoutant religieusement un homme en osmose avec son instrument, l'orgue électrique. De longues boucles se répètent à l'infini : nous sommes ailleurs. Ni rock, ni jazz, ni musique classique, ni musique indienne, mais un peu tout cela à la fois : ainsi est née la musique répétitive, à laquelle s'associent également d'autres musiciens comme Steve Reich, Terry Riley et La Monte Young. Venu de Baltimore, où il est né en 1937, Philip Glass bouscule l'idée académique du musicien classique telle qu'on l'enseigne dans les conservatoires.

Avec une musique qui revient à une pulsation franche et enjouée, il renoue avec toute une frange du public qui avait déserté les salles de concert, au contact d'une musique contemporaine devenue rébarbative, absconse. C'est probablement ce que l'intelligentsia des "Modernes" n'a jamais "pardonné" à Philip Glas: son succès immédiat et durable auprès d'un public de plus en plus vaste.

De marginal, il a accédé au statut de musicien universel, passant du minimalisme sauvage et rugueux de ses premières partitions à "Einstein on the Beach", le plus sidérant des anti-opéras du XXe siècle co-signé avec Robert Wilson et Lucinda Childs en 1976. Sa musique dépasse les clivages idéologiques par ses multiples sources d'inspiration, réconciliant les genres : populaire/savant, Occident/Orient... Avec Glass, on ne se pose plus la question. "L'idée même de l'opéra nécessite la collaboration de plusieurs personnes", aime-t-il à dire.

On ne peut que se réjouir de pouvoir assister à la première française de son dynamique "Hydrogen Jukebox", sur un texte du poète clé de la Beat Generation Allen Ginsberg, qui réunit sur scène des comédiens-chanteurs aguerris au rock et au chant lyrique, dans une mise en scène de Joël Jouanneau. Son récent "Dans la colonie pénitentiaire", d'après Kafka en 2000, est aussi une création en France, grâce à l'Opéra de Lyon et le metteur en scène Richard Brunel. Une heure et demie fractionnée en seize scènes tendues à l'extrême à la manière d'une tragédie grecque, pour deux voix (ténor et baryton), la polychromie d'un quintette à cordes... et la machine infernale sur l'île des supplices de Kafka. Intrépide Philip Glass.



• "Hydrogen Jukebox", à Nantes, Angers, Orléans, Dijon, Besançon, Poitiers et Caen, du 12 janvier au 5 mars. De 10 à 40 euros. 02 51 88 25 25. www.angers-nantes-operas.com
• "Dans la colonie pénitentiaire", au Studio Lumière 2 de Villeurbanne, du 23 janvier au 4 février. De 10 à 35 euros. 0 826 305 325. www.opera-lyon.com
• "Glass Box, a Nonesuch Retrospective". Coffret 10 CD Nonesuch-Warner, 72 euros.
• "Music in twelve parts". Coffret 4 CD Orange Mountain-Codaex, 27 euros.

Franck Mallet

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