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La Tribune.fr - 19/02/2009 à 17:04 - 551 mots

Certes, le message révolutionnaire de Mahagonny a pu s’émousser depuis l’époque où le dramaturge Bertolt Brecht associé au compositeur Kurt Weill créaient cet opéra en 1930, à Leipzig. La musique, elle, n’a pas pris une ride. Sinon, pourquoi Weill aurait-il toujours autant de succès auprès d’une foule de chanteurs, des Doors à David Bowie ("Alabama Song"), de Tom Waits à Bryan Ferry, de Lou Reed à Marianne Faithfull?
Absent du répertoire depuis que l’Opéra de Paris en avait offert une somptueuse reprise en 1995, "Mahagonny" réapparaissait une décennie plus tard à l’Opéra de Nancy, dans une version au kitch savoureux. Cette fois, grâce à Angers Nantes Opéra, l’œuvre renaît dans une mise en scène des Français Patrick Caurier et Moshe Leiser, et sous la baguette de Pascal Verrot.
Mais pourquoi Kurt Weill n’a-t-il pas disparu comme tant d’autres musiciens d’opéra? D’abord parce que le propos du dramaturge est sans ambiguïté et demeure actuel. Brecht voyait dans l’opéra un genre coupé de la réalité sociale de son époque et des bouleversements qui la traversaient. Au contact de Weill, il façonne une œuvre se voulant influencée par les nouveaux médias que sont le cinéma et la radio, où la crise des valeurs, et les idéologies - dont celle de la nouvelle économie capitaliste - sont exposées en toute franchise.
Le message politique est un peu gros, et la caricature acerbe de l’ordre bourgeois (celui de l’Allemagne de 1930) à laquelle souscrivaient de nombreux artistes comme le peintre George Grosz, a vieilli. A propos de cet opéra qui raconte l’histoire d’une ville-champignon (sorte de Las Vegas avant l’heure), depuis sa naissance et ses premières crises jusqu’au tournant décisif de son évolution, de son époque glorieuse à sa décadence, le musicien indiquait qu’il s’agissait de "tableaux de mœurs de notre époque" transposés sur une scène de spectacle sous la forme d’un "théâtre épique", vœu express du marxiste Brecht.
Cette forme nouvelle de théâtre lyrique ne serait rien sans la veine musicale qui l’irrigue de bout en bout. Car avec Kurt Weill, la moindre situation, la scène la plus banale, prennent une tournure cocasse. Sa musique sent "l’asphalte", selon une formule qu’il considérait comme un compliment. Elle ne cherche pas à faire table rase du passé, au contraire, elle l’exalte, quitte à le parodier. Ainsi, les amateurs reconnaîtront au passage Monteverdi (pour l’enterrement du glouton), Wagner (au moment où le condamné à mort supplie la nuit de s’éterniser), où des emprunts au "Freischütz" de Weber et à la "Flûte enchantée" de Mozart.
Dans son souci d’écrire une musique aussi accessible que les paroles, Weill combine élans opératiques et rythmes populaires, fox-trot, tonalités jazzies, blues, airs de cabaret et rengaines de fêtes foraines, que renforcent le banjo, le piano, la guitare et le bandonéon habilement glissés dans l’orchestre. Cette musique y gagne une couleur spécifique. "C’est tonique, vivant et musclé", conclut le chef d’orchestre Pascal Verrot. Prêt pour l’opéra encanaillé ?
Kurt Weill, "Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny", direction Pascal Verrot, mise en scène Patrick Caurier et Mosher Leiser, à Nantes (Théâtre Graslin) du 21 au 26 février, et 1er et 3 mars, à Angers (Grand Théâtre) les 10, 12 et 15 mars, à Lille (Opéra) les 3, 5, 7 et 9 avril. De 10 à 55 euros. www.angers-nantes-opera.com
Franck Mallet
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