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A Copenhague, il sera aussi question d'adaptation au changement climatique

A l'exemple de la nature, l'homme va devoir s'adapter au réchauffement climatique, tout en le combattant pour en limiter l'ampleur: en construisant des digues plus hautes, en déviant des cours d'eau ou encore en modifiant des pratiques agricoles, soulignent les experts.

L'adaptation à la hausse du niveau des océans et à des températures plus élevées, ainsi que son coût, devraient être l'un des grands sujets de discussions à la conférence sur le climat organisée du 7 au 18 décembre à Copenhague.

Jusqu'à ces dernières années, les experts évitaient de parler d'adaptation au réchauffement de la planète, par crainte de paraître fatalistes ou de conduire des pays à relâcher leurs efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

"C'est quelque chose qui a été négligé, dont on n'a pas parlé mais que le monde devra faire", souligne Rajendra Pachauri, président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). "L'adaptation sera absolument cruciale pour certaines sociétés."

Des biologistes décrivent des exemples d'adaptation dans la nature. En Grande-Bretagne, le très papillon Adonis semblait condamné à l'extinction: il ne pouvait voler sur de longues distances, et le réchauffement rendait son habitat inadapté. A la surprise des scientifiques, il a développé un thorax et des ailes plus longs, ce qui lui a permis de voyager plus loin, vers des zones moins chaudes. "La société doit changer comme les espèces sauvages", déclare la biologiste Camille Parmesan de l'université du Texas.

L'adaptation au changement climatique se traduit déjà par des mesures concrètes dans le monde. La Grande-Bretagne renforce le dispositif anti-crues de la Tamise tandis que les Pays-Bas, particulièrement exposés, consolident leur système anti-inondations.

La Californie a entrepris de modifier la conception des vannes qui acheminent l'eau dans le delta du fleuve Sacramento, crucial pour l'agriculture, de manière à ce qu'elles puissent fonctionner si le niveau du Pacifique augmente fortement.

Boston a surélevé une usine de traitement des eaux usées pour éviter qu'elle ne soit inondée en cas de hausse du niveau de l'Atlantique, et New York réfléchit à une mesure similaire.

Chicago encourage le développement des toits végétalisés et réfléchissants qui absorbent moins la chaleur et pourraient ainsi maintenir une certaine fraîcheur dans les habitations et aider à mieux supporter les vagues de chaleur.

En Alaska, des ingénieurs installent des "siphons thermiques" le long de l'oléoduc de cet Etat, construit sur du permafrost en voie de dégel, pour évacuer la chaleur du sol. Des arbres appréciant l'humidité en Colombie britannique, au Canada, sont transplantés par des chercheurs dans les forêts de pins de l'Idaho, où ils ont plus de chances de survivre.

Singapour prévoit de diviser par deux les zones inondables d'ici 2011, en élargissant et approfondissant ses canalisations et canaux, et en achevant la construction d'un barrage.

En Thaïlande également, des initiatives sont menées pour protéger certains lieux de la montée du niveau de la mer. Les moines d'un temple près de Bangkok ont ainsi surélevé le sol du bâtiment de plus de 90 centimètres. Le Bangladesh, un des pays les plus pauvres de la planète, tente de lutter contre la même menace avec des dispositifs de contrôle des inondations et des constructions sur pilotis.

Selon Yvo de Boer, principal responsable de l'ONU sur le climat, une enveloppe annuelle 10 à 12 milliards de dollars par an sera nécessaire jusqu'en 2012 pour aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement. La facture devrait ensuite s'envoler.

La Banque mondiale estime que le coût de l'adaptation atteindra 76 à 100 milliards de dollars par an au cours des 40 prochaines années. Chris Hope, professeur de l'université de Cambridge, qui a participé à une étude de l'Institut international pour l'environnement et le développement (IIED), un cercle de réflexion londonien, table de son côté sur une fourchette de 200 à 300 milliards de dollars par an.

M. Hope prévient toutefois que ne pas s'adapter coûtera beaucoup plus cher: peut-être 6.000 milliards de dollars par ans sur les 200 prochaines années... Les mesures d'adaptation pourraient réduire ce chiffre d'environ 2.000 milliards de dollars par an, selon lui.

Les investissements seront surtout nécessaires dans les pays en développement, soulignent les experts. "Ce ne sont pas les pays qui sont à l'origine" du réchauffement, souligne M. Hope. Il serait donc hautement "moral" que les pays riches, qui sont largement responsables du problème, les aident à faire face aux conséquences du changement climatique.

Dans certains cas, comme les îles Maldives et certaines villes côtières, l'adaptation à la montée du niveau de la mer ne sera pas possible à terme et les populations devront être déplacées, souligne Saleemel Huq, membre de l'IIED, qui dirige un centre d'adaptation au Bangladesh.

Et, note de son côté Camille Parmesan, les gens vont devoir se rendre compte que "certaines régions ne seront pas assez hospitalières pour y vivre au cours des 100 prochaines années". AP

lma/v/nc

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