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The Associated Press - 20/10/2008 à 19:08 - 662 mots

A peine arrivé au Parlement, le budget 2009 est déjà obsolète du fait de la crise financière. Dès l'ouverture du marathon budgétaire à l'Assemblée, le gouvernement a annoncé lundi qu'il allait très probablement réviser à la baisse à la mi-novembre l'hypothèse de croissance de 1% qui fonde ce projet de loi de finances.
En présentant le budget le 25 septembre dernier, Christine Lagarde et Eric Woerth avaient insisté sur la "prudence" de leur prévision de croissance pour l'an prochain. Trois semaines plus tard, cette prévision est déjà dépassée. "Il est très probable que la croissance en 2009 n'atteigne pas 1% et que nous soyons amenés à réviser notre prévision", a donc reconnu la ministre de l'Economie devant les députés. Le FMI prévoit une croissance proche de zéro, à 0,2%, en France en 2009.
Mme Lagarde a ajouté que cette révision interviendrait sur la base du chiffre de la croissance au troisième trimestre, publié par l'INSEE le 14 novembre, et des nouvelles prévisions de la Commission européenne.
La ministre de l'Economie a justifié ce "changement exceptionnel" par la "situation elle-même exceptionnelle" de la crise financière. Une telle révision du budget durant son examen au Parlement est un événement rarissime.
Cette révision de l'hypothèse de croissance conduira à une réduction des prévisions de recettes, a annoncé Eric Woerth. Le ministre du Budget a parlé de "quelques milliards".
Le rapporteur général du budget, le député UMP Gilles Carrez, a chiffré à "cinq à sept milliards d'euros maximum" la diminution supplémentaire des recettes qui pourrait découler de la crise, qui s'ajouterait aux cinq milliards d'euros de moins-values fiscales déjà constatées en 2008. Si tel était le cas, le déficit public, prévu à 2,7% dans le budget, dépasserait la limite des 3% du PIB imposée par le pacte de stabilité de la zone euro, a reconnu le rapporteur lors d'un point presse.
Car le choix de Nicolas Sarkozy, qui a exclu toute augmentation des impôts et toute coupe claire dans les dépenses, est de laisser filer le déficit si la récession se confirme. "Si nous révisons la croissance, le déficit sera plus élevé", a prévenu Eric Woerth. A demi-mots, le ministre du Budget a reconnu que la France invoquerait les "circonstances exceptionnelles" prévues par le pacte de stabilité pour dépasser les 3% de déficit.
Les mesures de soutien à l'activité et à l'emploi que le gouvernement est en train de préparer devraient elles aussi creuser les dépenses. François Fillon n'hésite plus à prononcer le mot tabou de "relance". "Il fallait arrêter la crise financière. Il faut désormais relancer la machine économique", dit le Premier ministre dans des propos rapportés lundi par "Le Monde". Lors d'un point presse lundi, M. Fillon a précisé que cette relance de la machine économique devait avoir lieu "d'abord au plan européen", rappelant que le conseil européen avait demandé la semaine dernière à la Commission de faire des propositions.
Malgré tout, M. Woerth a assuré que son budget n'était pas caduc. "Le budget n'est pas indexé sur le dernier cours de bourse", s'est-il défendu, en insistant sur ce qui constitue selon lui sa "colonne vertébrale": la réduction du "poids exorbitant de la dépense".
Le gouvernement n'a pas convaincu la gauche, mais aussi une partie de sa majorité. L'opposition a dénoncé le caractère "irréel" de ce débat budgétaire. Le président PS de la commission des Finances Didier Migaud a estimé que les pertes de recettes "pourraient représenter jusqu'à 8,5 milliards d'euros" par rapport à l'estimation du budget 2009. Une fois de plus, les socialistes ont stigmatisé le paquet fiscal voté en 2007. "Le blizzard est venu et voici le gouvernement fort dépourvu", a ironisé M. Migaud.
Du côté de l'UMP, des voix s'élevaient lundi pour refuser toute révision du budget et réclamer davantage d'économies dans les dépenses. "Un budget n'est pas un outil ultra-conjoncturel. C'est un paquebot qui doit garder un cap clair. Votons-le et attaquons nous dès le 1er janvier 2009 au seul vrai chantier, celui de la dépense publique", a conseillé dans "Le Monde" le patron des députés UMP Jean-François Copé. AP
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