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Le débat des prétendants ne bouleverse pas la hiérarchie

reuters.com  |   |  921  mots
Le debat des pretendants s'enflamme sur la laicite[reuters.com]
(Crédits : Pool)

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le premier débat télévisé entre les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle a donné lieu lundi soir sur TFI et LCI à quelques poussées de fièvre sans bouleverser la hiérarchie ni apporter de véritables nouveautés sur le fond.

Les déboires judiciaires de Marine Le Pen et de François Fillon n'ont donné lieu qu'à de très rares allusions lors de ces échanges dont étaient exclus, à leur grande colère, les six prétendants les moins cotés dans les sondages.

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, a certes demandé à ne pas être mis "dans le même sac" que la présidente du Front national et le candidat de la droite.

"Il n'est pas interdit aux électeurs, sachant ce qu'ils savent, de récompenser les vertueux et de châtier ceux qui leur paraissent ne pas l'être", a-t-il déclaré.

Paradoxalement, François Fillon, fragilisé par l'affaire des emplois fictifs présumés dont sa famille aurait bénéficié, y a lui-même fait allusion en conclusion de ce débat de près de trois heures, après avoir promis une commission pour réfléchir à des mesures de transparence de la vie publique.

"J'ai pu commettre des erreurs, j'ai quelques défauts (...) mais j'ai l'expérience", a déclaré l'ancien Premier ministre, à la traîne dans les intentions de vote derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron, qui font la course en tête.

Il a fallu attendre près d'une heure pour que les échanges sortent du ronron dans lequel ils s'étaient installés, hormis quelques escarmouches sur la sécurité ou l'immigration.

Debout derrière des pupitres formant cercle au milieu de gradins, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon échangeaient des arguments convenus sur la laïcité, quand la présidente du Front national a lancé la première véritable attaque contre le candidat d'En Marche !

"PROVOCATIONS"

"Il y a quelques années, il n'y avait pas de burkini sur les plages. Je sais que vous êtes pour, M. Macron", a-t-elle dit.

Riposte de l'ex-ministre de l'Economie : "Je n'ai pas besoin d'un ventriloque (...) Le piège dans lequel vous êtes en train de tomber, Mme Le Pen, par vos provocations, c'est de diviser la société". Et d'accuser la candidate d'extrême droite de faire des Français musulmans des ennemis de la République.

Leurs échanges parfois vifs ont contribué à animer un débat qui a sombré par moment soit dans la cacophonie, soit dans l'exposé d'éléments de programmes déjà largement médiatisés.

Emmanuel Macron a ainsi vigoureusement attaqué Marine Le Pen sur ses positions anti-européennes et pro-russes et dit vouloir préserver l'indépendance de la France "avec les moyens (...), loin de l'insulte à l'égard de l'Europe".

"Je suis incapable de résumer votre pensée, vous n'avez rien dit, c'est le vide sidéral", a répliqué la présidente du FN.

Emmanuel Macron a aussi dû parer des attaques venant de sa gauche, en la personne de Benoît Hamon, qui l'a sommé de fournir des clarifications sur le financement de sa campagne et de garantir qu'il n'était pas sous l'influence de lobbies.

"Je prends l'engagement de n'être tenu par personne, M. Hamon", a répondu l'ancien banquier. "J'en prends l'engagement solennel. Je suis libre. Le financement est transparent."

Benoît Hamon s'en est également pris à Marine Le Pen en l'accusant d'être "droguée aux pages faits divers" des journaux.

Paradoxalement, les candidats les plus opposés se sont parfois retrouvés dans la même tranchée, comme lorsque François Fillon a attaqué Marine Le Pen sur son projet de sortie de la France de l'Union européenne et de l'euro.

MACRON LE PLUS CONVAINQUANT, SELON ELABE

Une telle politique entraînerait "le pays vers un véritable chaos économique et social", a lancé l'ancien Premier ministre, approuvé par Emmanuel Macron.

Quelques chiffres ont été lancés, comme la promesse de recruter 20.000 enseignants supplémentaires pour Benoît Hamon ou de créer 40.000 places de prison, pour Marine Le Pen.

François Fillon, dont le programme prévoit la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires en cinq ans, s'est posé en garant de la maîtrise des dépenses publiques.

"La seule réponse qui est apportée, c'est toujours plus d'effectifs", a-t-il déclaré à ses adversaires. "Ces solutions que vous proposez sont des solutions qui ne seront pas mises en oeuvre (...) ou en tout cas ce sont des promesses qui, si elles étaient tenues, conduiront à la faillite."

A 34 jours du premier tour de la présidentielle, ce débat, une première en France, avait un goût de séance de rattrapage pour les prétendants décrochés dans les sondages - François Fillon et, surtout, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

Selon un sondage Elabe publié après la fin de l'émission, Emmanuel Macron a été jugé le plus convaincant par 29% des sondés. Il est suivi par Jean-Luc Mélenchon (20%), François Fillon (19%), Marine Le Pen (19%) et Benoît Hamon (11%).

Deux autres débats sont programmés avant le premier tour, cette fois avec les 11 candidats en lice, l'un sur les chaînes d'information BFMTV et CNews, le 4 avril, l'autre sur France 2, le 20 avril.

(Avec Elizabeth Pineau, Myriam Rivet, Marine Pennetier et Simon Carraud)