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Première session de l'enquête publique sur la tragédie de la Grenfell Tower

reuters.com  |   |  619  mots
Premiere session de l'enquete publique sur la tragedie de la grenfell tower[reuters.com]
(Crédits : Stringer)

LONDRES (Reuters) - La commission d'enquête publique constituée après l'incendie de la Grenfell Tower qui a fait au moins 80 morts le 14 juin à Londres a tenu jeudi sa première séance, son président s'engageant à établir les causes de cette "tragédie sans précédent dans l'histoire moderne".

La tour d'habitations de 24 étages, qui faisait partie d'un ensemble de logements sociaux, a été ravagée par le feu qui a pris en pleine nuit dans un appartement situé au quatrième niveau.

La première session de la commission d'enquête publique a débuté par une minute de silence en mémoire des victimes, dont le nombre exact, signe de la virulence du brasier, demeure inconnu.

L'enquête publique, constituée en août, portera sur les causes du sinistre et de sa propagation, sur la conception, la construction et la rénovation de la tour, sur le respect des normes anti-incendie et la réaction des autorités. Elle ne touchera pas en revanche à des questions plus générales soulevées par cette tragédie, comme la politique du logement social.

"Cette enquête peut et doit apporter des réponses aux questions pressantes sur la manière dont une catastrophe de ce genre a pu se produire dans le Londres du XXIe siècle", a déclaré le président de la commission, Martin Moore-Bick, magistrat à la retraite, ajoutant espérer apporter "un peu de réconfort" aux proches des victimes.

Cette enquête ne vise pas à punir ou à accorder des indemnités, a-t-il ajouté. Une enquête de police est menée en parallèle et elle pourrait déboucher sur des inculpation pour homicide même si, pour l'heure, aucune arrestation ne s'est produite.

La commission chargée de mener cette enquête est toutefois visée par les critiques de ceux qui jugent que les survivants ont été mis de côté ou que ses membres sont trop blancs et ne représentent pas la diversité qui caractérisait les habitants de la tour.

Ces critiques soulignent en outre que les travaux de la commission débutent alors que beaucoup d'anciens occupants du bâtiment n'ont toujours pas été relogés en dépit des promesses exprimées par la Première ministre, Theresa May, qui s'était engagée à ce qu'ils retrouvent un foyer dans un délai de trois semaines.

"Nous avons tout perdu. C'est compliqué de se mettre à notre place", a commenté Miguel Alves, qui est parvenu à fuir les flammes avec sa famille.

"Aujourd'hui, je n'ai plus rien, je suis à l'hôtel, je dois m'occuper de ma famille. Ma fille vient d'entrer à l'école. Ma famille a besoin d'une stabilité que je peux pas lui offrir, c'est très difficile pour moi", a-t-il déploré.

Députée travailliste locale, Emma Dent Coad, a regretté que les prérogatives de la commission d'enquête ne soient pas suffisamment étendues et, tout en se disant persuadée que Martin Moore-Bick fera son correctement son travail, dit penser qu'il ne parviendrait pas à établir les causes profondes de la catastrophe.

Parmi les écueils auxquels la commission va se heurter figure notamment le fait que les habitants de la tour devront apporter des preuves, ce que beaucoup d'entre eux hésitent à faire car ils redoutent que leur statut d'immigrant soit examiné par la police et que les autorités les expulsent.

La police de Londres a déterminé que le feu était parti d'un réfrigérateur défaillant et que les plaques d'isolation de l'immeuble ne répondaient pas aux normes en vigueur.

(Estelle Shirbon avec Elisabeth O'Leary; Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)