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Au magasin "Merci", chic et solidaire vont de pair

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - De la mode, des meubles, des fleurs, du neuf et de l'ancien, du luxe, de l'artisanat... et des bénéfices reversés à des oeuvres caritatives : "Merci", qui vient d'ouvrir à Paris, allie commerce et philanthropie.

Installée sur 1.500 m2 entre Bastille et République, cette caverne d'Ali Baba dotée d'une cour pavée devrait séduire les "bourgeois-bohèmes" férus d'authenticité, de belles choses et de bonnes actions, nombreux à vivre dans l'Est parisien.

Tous les bénéfices de ce lieu atypique qui emploie 35 personnes alimenteront un fonds d'aide aux enfants de Madagascar.

Ainsi en ont décidé les fondateurs, Bernard et Marie-France Cohen. Créateurs de la marque de vêtements pour enfants Bonpoint, qu'ils ont revendue il y a trois ans, ils ont renoncé à une retraite paisible pour se lancer un nouveau défi.

"Quand on a eu l'idée, il y a deux ans, ça ne semblait pas évident. Aujourd'hui, le succès va bien au-delà de nos espérances", déclare Bernard Cohen, de passage dans la cour du magasin où a lieu une séance de prise de photos de mode.

Selon sa direction, "Merci" a accueilli quelque 30.000 visiteurs depuis le jour de son ouverture, le 5 mars, et 5.000 dans la seule journée de samedi.

On y trouve des fleurs rangées dans une sorte de cabane de jardin jonchée de mousse, du parfum, des meubles, des objets, des livres, des vêtements pour tous les âges et à tous les prix, dans une ambiance de loft décoré "comme à la maison".

Un vase de Baccarat à 2.600 euros côtoie des verres à café à 12 euros, un trench Yves Saint Laurent voisine avec des robes vintage, une table design avec une oeuvre de la photographe Sarah Moon créée spécialement pour le magasin.

"La mise en scène est très belle, ils ont sélectionné ce qu'il y a de mieux, c'est top", déclarent Virgine Escande et Adrien Chicheportiche, deux clients venus "en voisin", près d'une colonne d'exemplaires du roman "Merci" de Daniel Pennac.

"ANTI BLING-BLING"

A côté du café où l'on s'enfonce dans des canapés anciens, une étagère de 15 mètres de long propose des livres d'occasion vendus quelques euros classés par thèmes, à la manière d'une bibliothèque. Editeurs et clients sont invités à venir déposer des ouvrages, qui seront ensuite triés et remis en vente.

De même, certains créateurs ont renoncé à tout ou partie de leur marge pour aider l'association.

"On propose une palette de couleurs, mais c'est vous le peintre", résume Jean-Luc Colonna d'Istria, responsable de la partie mobilier, évoquant un lieu "anti bling-bling", "anti total look", où "tout le monde se sent bien, avec des produits à 15 euros et d'autres à 1.500 euros".

"Une étudiante des Arts déco doit pouvoir y trouver une ampoule design pour une création et une femme de banquier, un objet d'art pour son salon", ajoute-il avant de s'interrompre pour donner à une dame venue avec son chien le prix d'un petit tabouret de ferme chinois en bois du XIXe siècle.

Pour ce spécialiste du commerce - il fonda la chaîne de magasins "bien-être" Résonances -, la crise actuelle est "une crise de l'offre autant qu'une crise de la demande".

"L'une des raisons pour lesquelles la consommation se crispe c'est qu'il y a eu toute une vague de suivisme. Tout le monde a voulu faire des sous-marques, et dans ces cas-là les gens préfèrent l'original", explique-t-il.

Concept store solidaire, "Merci" ne veut pas non plus tomber dans l'excès de caritatif.

"On ne veut pas faire pleurer Margot dans les chaumières, mais on alimente un fonds de dotation pour agir. Ça, c'est très contemporain, parce que trop souvent la charity joue sur la culpabilité".

Bernard Cohen dit vouloir utiliser au mieux les fonds récoltés en faveur de l'enfance malheureuse de Madagascar "où il y a tout à faire", dit-il "Je compte m'en occuper personnellement".

Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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